Un livre pour le dire Confiteor ou la paix de l’Église par Michel De Jaeghere

Au cœur du Vati­can, le face-à -face entre le car­di­nal pré­fet du Saint-Office et un vieil évêque, fon­da­teur d’une Fra­ter­ni­té dis­si­dente, tan­dis que dans les cou­loirs s’agitent les adver­saires de toute récon­ci­lia­tion. Telle est la trame de Confi­teor ou la paix de l’Eglise, la nou­velle pièce publiée par Michel De Jae­ghere chez Renais­sance catho­lique (89, rue, Pierre-Bros­so­lette, 92130 Issy-les-Mou­li­neaux), après son fameux Ite mis­sa est (Pré­sent du 25 juillet 2008).


On l’aura com­pris, il s’agit, avec les liber­tés et les contraintes de la fic­tion théâ­trale, de rejouer le dénoue­ment his­to­rique de 1988 par lequel Mgr Lefebvre allait se déci­der, mal­gré le pro­to­cole d’accord sug­gé­ré par le car­di­nal Rat­zin­ger, à consa­crer des évêques contre la volon­té du Pape, dans ce qu’il appe­lait un état de néces­si­té et une opé­ra­tion sur­vie en plein déluge moder­niste.

Oppo­sé aux funestes inno­va­tions conci­liaires et sen­tant sa mort pro­chaine, Mgr Ver­dière, fon­da­teur de la Fra­ter­ni­té du Christ-Rédemp­teur, hésite donc à accep­ter les pro­po­si­tions de paci­fi­ca­tion que lui fait le car­di­nal Hoff­bauer, pré­fet du Saint-Office, au nom du Pape. Sur fond d’intrigues et de com­bi­nai­sons machia­vé­liques fomen­tées notam­ment par le car­di­nal Casa­nos­tra, Camer­lingue du Sacré Col­lège, Mgr Mal­ver­si­ni, sub­sti­tut, et quelques pré­lats fran­çais…

Res­pec­tant les trois uni­tés clas­siques (lieu, temps, action), la pièce qui com­prend dix scènes et un finale, consti­tue un chef-d‘œuvre de syn­thèse vivante, à la fois his­to­rique, psy­cho­lo­gique et théo­lo­gique. C’est bien un drame, « une tra­gé­die » (p. 204) qui se joue, avec un dilemme et un pal­pi­tant huis clos, qui nous font davan­tage pen­ser à Cor­neille qu‘à Molière, en dépit des per­son­nages pit­to­resques du second plan (car­di­nal Tod­di, Mgr Gro­gi­bus…).

C’est aus­si un écho très authen­tique de ses pro­me­nades romaines que livre ain­si Michel De Jae­ghere, avec une grande connais­sance des arcanes et des mœurs de la curie romaine. Pour avoir été, avec lui, infor­ma­teur reli­gieux au fameux Synode extra­or­di­naire qui eut lieu à l’occasion des 20 ans du Concile, peu de temps avant cet épi­sode déci­sif de 1988, je peux attes­ter que l’ambiance et la res­sem­blance de ses per­son­nages avec cer­taines per­sonnes ayant réel­le­ment exis­té ne relèvent pas en effet de la pure coïn­ci­dence et que de nom­breux détails ou faits inci­dem­ment rap­por­tés au cours des dia­logues, voire même cer­taines répar­ties, ne sont pas tota­le­ment inven­tés…

Au cœur de ce décor romain, il met ain­si aux prises deux per­son­na­li­tés connues qui, cha­cune à leur manière, cherchent à ser­vir l’Eglise du Christ. Avec le talent et l’impartialité qu’on avait déjà appré­ciés dans Ite mis­sa est, Michel De Jae­ghere donne à cha­cun ses inten­tions, ses rai­sons et ses états d‘âme. C’est l’affrontement, pour­rait-on dire, entre l’homme de prin­cipes et l’homme de pru­dence dans un cruel para­doxe de ce temps en forme d’aporie (p. 204) :


— On ne se sanc­ti­fie pas en bafouant la dis­ci­pline de l’Eglise : vous devriez le savoir mieux que per­sonne.

— On ne sauve pas son âme au prix d’un renie­ment de la doc­trine irré­for­mable des saints pères.

Ou encore (p. 192) :

— Dieu vous a don­né la grâce de faire par­tie de l’Eglise ensei­gnante, il ne vous a pas char­gé de son gou­ver­ne­ment. Vous n‘êtes pas le pape, Excel­lence, moi non plus. C’est à lui que nous devons obéis­sance, même lorsqu’il nous arrive de mal com­prendre sa conduite. Il n’y a rien de plus catho­lique que cette sou­mis­sion de l’intelligence à la hié­rar­chie, il me semble. Qu’en serait-il, sans elle, de l’unité de l’Eglise ?

— Quelle signi­fi­ca­tion peut avoir l’obéissance, lorsque le pape dit chaque jour le contraire de ce qu’ont ensei­gné ses pré­dé­ces­seurs avant lui ? L’unité de l’Eglise ne se déploie pas seule­ment dans l’espace, mais aus­si dans le temps…

On mesure com­bien cette pièce allé­go­rique, qui regorge de tels pro­pos, arrive à point nom­mé après la levée des excom­mu­ni­ca­tions des évêques sacrés par Mgr Lefebvre. Elle est, après coup, une mine péda­go­gique de réflexions sur le pro­ces­sus qui a conduit à ces sacres et à leur sanc­tion : cette inter­rup­tion volon­taire de tra­di­tion que s’efforce aujourd’hui de répa­rer Benoît XVI par la rup­ture de la rup­ture et la réforme de la réforme, autre­ment dit l’« her­mé­neu­tique de conti­nui­té ». Qu’on trouve fon­dée ou non l’option extra­or­di­naire des sacres, le débat se pour­suit aujourd’hui en quelque sorte entre les héri­tiers de Mgr Lefebvre et celui qui est deve­nu Benoît XVI, pour savoir si le Saint-Père, par les actes déter­mi­nants de son pon­ti­fi­cat (07–07-07, 21–01-09 entre autres), n’a pas ren­du obso­lète cette logique des sacres. Même si tout est loin d‘être réglé, ne pro­pose-t-il pas ain­si de sor­tir pro­gres­si­ve­ment de l’impasse d’une apo­rie dans laquelle il n’est jamais bon de demeu­rer trop long­temps cap­tif, en hors piste cano­nique, le mieux étant éga­le­ment l’ennemi du bien ?

— Je suis aus­si réa­liste et je sais qu’il serait déjà beau qu’on nous laisse faire libre­ment l’expérience de la Tra­di­tion. pour qu’au moment où s’effondreront les illu­sions pro­gres­sistes, Rome puisse trou­ver en nous les témoins de la Tra­di­tion catho­lique et les ouvriers du redres­se­ment de l’Eglise (Mgr Ver­dière, p. 195).

N’est-ce pas cette pos­si­bi­li­té, voir ce « ser­vice » (p. 202), qu’offre aujourd’hui le sou­ve­rain pon­tife à la FSSPX, dans l’Eglise, sans plus faire « Eglise à part » (Mgr William­son) ou en res­tant « en réserve » (p. 203) ? Le dilemme res­sur­git pour Mgr Fel­lay en quelque sorte à l’envers…

REMI FONTAINE

Article extrait du n° 6793 de Pré­sent du jeu­di 5 mars 2009

Via Le Forum Catho­lique

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