Simone Veil : inconscience ou manipulation ?

Son visage radieux fait la cou­ver­ture de toute la presse maga­zine.

Sa figure lumi­neuse irra­die tous les kiosques à jour­naux de France.

Même les oppo­sants à la bana­li­sa­tion de l’avortement : les évêques de France, Valeurs Actuelles chantent les louanges de la « femme cou­ra­geuse » qui a tou­jours consi­dé­ré l’IVG comme un « drame ».

La Répu­blique recon­nais­sante s’apprête à por­ter la sainte laïque sur les autels du Pan­théon.

Enfin, enfle la rumeur selon laquelle toute cri­tique serait, au fond, tein­tée d’un anti­sé­mi­tisme, par nature nau­séa­bond, à l’encontre de la res­ca­pée, née Jacob, de l’enfer d’Auschwitz.
Per­sonne ne peut l’ignorer : Simone Veil nous a quit­té pour un monde meilleur, en prin­cipe, mais en réa­li­té peut-être pire.

Les Faits.

Au-delà de l’hagiographie laïque quelle est la réa­li­té des faits ?

La dépé­na­li­sa­tion de l’avortement, en 1975, a été obte­nue par le trio Giscard/​Chirac /​ Veil à l’issue d’une for­mi­dable cam­pagne média­tique exploi­tant deux figures de dia­lec­tique majeures :

 une sur­éva­lua­tion mas­sive du nombre des avor­te­ments clan­des­tins, confor­tée par le « mani­feste des 343 salopes » (Cathe­rine Deneuve, Fran­çoise Sagan, Mar­gue­rite Duras, etc.) pro­cla­mant que, à l’encontre de la loi, elles avaient déjà avor­té.

 l’exacerbation émo­tion­nelle de faits divers dra­ma­tiques en lien avec des avor­te­ments clan­des­tins (pro­cès de Bobi­gny)

La dépé­na­li­sa­tion ayant été ins­tau­rée par la loi la bana­li­sa­tion de l’avortement s’est accen­tuée au fil du temps : report du délai légal d’IVG, consti­tu­tion du délit d’entrave à l’avortement, prise en charge par la Sécu­ri­té Sociale, sup­pres­sion de la notion de détresse… pour deve­nir un droit de la femme.
Le nombre des avor­te­ments reste à un niveau très éle­vé en France mal­gré une uti­li­sa­tion mas­sive de la contra­cep­tion.

La loi Veil a-t-elle été tra­hie ou n’est-elle allée qu’au bout de ses consé­quences ultimes ?

Les principes développent leurs conséquences.

Le drame, c’est que les prin­cipes posés déve­loppent ensuite leurs consé­quences indé­pen­dam­ment des inten­tions de leurs pro­mo­teurs.

Iné­luc­ta­ble­ment la nuée annonce l’orage.

Fata­le­ment les impôts pro­vi­soires ont voca­tion à deve­nir défi­ni­tifs.

Inévi­ta­ble­ment le slo­gan : Pas de liber­té pour les enne­mis de la liber­té engendre la ter­reur.

Inexo­ra­ble­ment si la vie humaine inno­cente n’est pas sacrée les rai­sons d’y mettre un terme ne ces­se­ront de se mul­ti­plier.

La voie d’eau créée dans la coque, sous la ligne de flot­tai­son du navire a voca­tion à s’élargir en rai­son de la for­mi­dable pres­sion exer­cée par l’océan. Le com­man­dant qui n’obstrue pas immé­dia­te­ment cette voie d’eau est un incons­cient, celui qui l’a créée un nau­fra­geur.

Dans ses Mémoires, Une vie, Simone Veil rap­pelle qu’à l’époque de la dépé­na­li­sa­tion de l’avortement l’épiscopat fran­çais ne s’était pas oppo­sé à cette mesure étant sur­tout pré­oc­cu­pé par le finan­ce­ment du sys­tème de retraite des reli­gieux.

Accueillir l’enfant à naître.

religieuse_et_enfant_abandonne.jpgÀ par­tir du Moyen-Age les « tours d’abandon » per­met­taient aux mères ne sou­hai­tant pas s’occuper de leurs enfants à leur nais­sance de les confier, ano­ny­me­ment, à l’Église, qui les éle­vait.

Comme il eut été pro­phé­tique que l’Église de France s’engageât dans une telle œuvre !

Enfin le rap­pel inces­sant de la dépor­ta­tion à l’âge de 16 ans de Simone Veil à Ausch­witz pro­cède de l’exploitation d’une fibre émo­tion­nelle bien sélec­tive. En quoi avoir été la vic­time d’un drame abo­mi­nable dis­pen­se­rait-il de s’interroger sur les éven­tuels actes condam­nables com­mis ulté­rieu­re­ment par cette même vic­time ? On a l’impression d’une sor­dide plai­doi­rie d’Assises : « Mon­sieur le pré­sident com­ment oser accu­ser mon client d’un tel for­fait quand on sait tout ce qu’il a subi dans sa jeu­nesse ».

En fait Simone Veil ne mérite ni tant d’honneurs ni tant d’opprobres. En rai­son de son sta­tut d’ancienne dépor­tée elle fut ins­tru­men­ta­li­sée par Gis­card qui pen­sait ain­si rendre impos­sible toute oppo­si­tion. À la même époque toutes les démo­cra­ties occi­den­tales léga­li­sèrent l’avortement. On note­ra enfin, clin d’œil de la Pro­vi­dence, que Simone Veil est ain­si la pre­mière mili­tante de La Manif Pour Tous à être accueillie au Pan­théon.

Seul le Sou­ve­rain Juge, qui sonde les reins et les cœurs, sait la part d’inconscience ou de mani­pu­la­tion qui fut celle de Simone Veil au regard des déve­lop­pe­ments ulté­rieurs de sa loi.

Ce que nous savons c’est que les mérites de la Pas­sion du christ sont infi­nis. Ils effacent tous les péchés regret­tés, confes­sés et absous.

C’est le secret des âmes, le secret de Dieu. Bien au-delà des hon­neurs fugaces et fac­tices du Pan­théon.

Jean-Pierre Mau­gendre