Que faites-vous le 13 janvier 2013 ?

La blo­go­sphère s’emballe, les esprits s’échauffent, les dîners mon­dains s’enflamment contre la volon­té du Pré­sident de la Répu­blique de léga­li­ser le mariage des duos homo­sexuels et de leur accor­der la pos­si­bi­li­té d’adopter des enfants.

Un succès inespéré

Les évêques, en masse, appellent à se joindre à la pro­chaine mani­fes­ta­tion uni­taire orga­ni­sée par le col­lec­tif La manif pour tous le 13 jan­vier pro­chain contre la déna­tu­ra­tion du mariage. Cer­tains annoncent même leur pré­sence.

Les mani­fes­ta­tions des 17 et 18 novembre puis du 8 décembre ont expri­mé un sur­saut inat­ten­du du pays réel. L’ampleur de la pro­tes­ta­tion contre Le mariage pour tous a sur­pris les médias, le pou­voir poli­tique et… les orga­ni­sa­teurs. Ain­si donc les évêques de France ont encore l’énergie de se battre pour défendre la loi natu­relle et, divine sur­prise, leur mobi­li­sa­tion est de nature à entraî­ner les foules car, tout le monde en convient, les mani­fes­tants sont très majo­ri­tai­re­ment issus des paroisses ou, au moins, de culture catho­lique. Que de grâces !

Cette incon­tes­table mobi­li­sa­tion popu­laire a été obte­nue par la mise en avant d’étranges porte-paroles : une « paro­diste », « catho déjan­tée », dont le nom est déjà tout un pro­gramme, Fri­gide Bar­jot, un homo­sexuel contre le mariage Gay, Xavier Bon­gi­bault, et une mili­tante de « La gauche pour le mariage répu­bli­cain », Lau­rence Tcheng.

Elle s’est tra­duite par des mani­fes­ta­tions qui se sont révé­lées très « poli­ti­que­ment cor­rectes » avec leur dress code (s’habiller en rose), l’appel à applau­dir les kiss-ins des pro­vo­ca­teurs homo­sexuels pré­sents, leur insis­tance à dis­si­mu­ler les prêtres catho­liques, la mise en valeur des repré­sen­tants de l’islam et de la « com­mu­nau­té » homo­sexuelle sans oublier les appels à la lutte contre l’homophobie.
Il faut ici saluer la réus­site tac­tique des orga­ni­sa­teurs de La manif pour tous. En fai­sant défi­ler des foules consi­dé­rables der­rière des slo­gans et des figures de proue dans les­quelles elles ne se recon­naissent pas (les témoi­gnages abondent), ils sont par­ve­nus à déso­rien­ter médias, com­men­ta­teurs et oppo­sants, sou­dain pri­vés de leurs cli­chés et de leurs cari­ca­tures. Gus­tave Le Bon aurait appré­cié en connais­seur.

Le para­doxe est qu’il semble que ce soit à ce prix que les évêques de France aient accor­dé, cette fois, un sou­tien mas­sif à des mani­fes­ta­tions clai­re­ment acon­fes­sion­nelles et apo­li­tiques. On ne se sou­vient pas d’un tel enthou­siasme pour des mani­fes­ta­tions publiques de prière, ouver­te­ment catho­liques et clai­re­ment poli­tiques, qui deman­daient, par exemple, le retrait des lois léga­li­sant l’avortement.

Des difficultés

Le pro­blème est que cela a conduit les figures média­tiques de la contes­ta­tion à s’en impa­tro­ni­ser les chefs, autour de mots d’ordre très étran­gers, sans doute, aux moti­va­tions de ceux qui sont des­cen­dus dans la rue, comme par exemple la reven­di­ca­tion de l’aménagement d’un « Pacs + » (on croit se sou­ve­nir que les mêmes mani­fes­tants étaient pour­tant des­cen­dus dans la rue, il y a treize ans, pour s’opposer à l’instauration du Pacs pur et simple !).

Tout cela nous rap­pelle quelque chose : « Que faut-il pen­ser (…) de l’audace et de la légè­re­té d’esprit d’hommes qui se disent catho­liques qui rêvent de refondre la socié­té (…) et d’établir sur terre « le règne de la jus­tice et de l’amour » avec des ouvriers venus de toute part, de toutes reli­gions ou sans reli­gions, avec ou sans croyances pour­vu qu’ils oublient ce qui les divise : leurs convic­tions reli­gieuses et phi­lo­so­phiques et qu’ils mettent en com­mun ce qui les unit : un géné­reux idéa­lisme et des forces morales prises « où ils peuvent » (…) Ce sera une agi­ta­tion tumul­tueuse, sté­rile pour le but pro­po­sé et qui pro­fi­te­ra aux remueurs de masses moins utopistes…Nous ne connais­sons que trop les sombres offi­cines où l’on éla­bore ces doc­trines délé­tères qui ne devraient pas séduire des esprits clair­voyants. Les chefs (…) n’ont pu s’en défendre ; l’exaltation de leurs sen­ti­ments, l’aveugle bon­té de leur cœur, leur mys­ti­cisme phi­lo­so­phique mêlé d’une part d’illuminisme les ont entraî­nés vers un nou­vel évan­gile. » Ain­si s’exprimait saint Pie X, dans sa lettre condam­nant le Sillon du 25 août 1910. Ces pro­pos résonnent aujourd’hui d’une sin­gu­lière actua­li­té à l’écoute des décla­ra­tions des chefs de file de la mani­fes­ta­tion du 13 jan­vier 2013. Tout y est : la géné­ro­si­té, le syn­cré­tisme phi­lo­so­phique et reli­gieux, une forme de mes­sia­nisme…

Sans doute l’union de toutes les bonnes volon­tés est-elle néces­saire lorsqu’il ne s’agit que de s’opposer à une mau­vaise loi. Mais le mes­sage doit alors se limi­ter à deman­der le retrait du pro­jet en cours, sans s’empêtrer dans des reven­di­ca­tions « posi­tives » comme l’aménagement du PACS ou la lutte contre la « vraie homo­pho­bie ». Quant à por­ter ce mes­sage dans l’aconfessionnalité et la laï­ci­té, qui est l’interdiction de l’expression des reli­gions sur le ter­rain public, est-ce une habi­le­té tac­tique ou une tra­hi­son scé­lé­rate ?

Une fois encore la ligne de frac­ture passe comme l’écrivait Dom Gué­ran­ger entre « ceux qui avaient comme pre­mier sou­ci la liber­té de l’Église et le main­tien de ses droits dans une socié­té encore chré­tienne, et ceux qui pre­miè­re­ment s’efforceraient de déter­mi­ner la mesure de chris­tia­nisme que la socié­té moderne pou­vait sup­por­ter pour ensuite invi­ter l’Église à s’y réduire. »

Un siècle et demi plus tard le débat est tou­jours d’actualité, avec comme avan­tage le recul de l’histoire qui fai­sait écrire à René Bazin : « Les hommes utiles dans les révo­lu­tions sont ceux qui ne leur accordent rien ; tous les autres font leur jeu. »

On ne peut que se réjouir de voir les évêques de France éle­ver cou­ra­geu­se­ment la voix, après une longue période de silence, contre la déna­tu­ra­tion du mariage. Mais Mgr Aillet (Bayonne, Les­car et Olo­ron) sera-t-il rap­pe­lé à l’ordre le 13 jan­vier 2013, comme le fut ce prêtre lors de la mani­fes­ta­tion du 8 décembre, à Lille, s’il s’avise de répondre aux ques­tions d’un jour­na­liste ? Mgr Cen­tène (Vannes) devra-t-il ôter sa croix pec­to­rale ? Mgr de Ger­mi­gny (Blois) devra-t-il applau­dir un kiss-in homo­sexuel avant d’écouter reli­gieu­se­ment un imam ou un homo­sexuel célèbre prendre la parole devant la foule assem­blée ?

Tous présents

Alors qu’un puis­sant mou­ve­ment de résis­tance popu­laire se lève contre la déna­tu­ra­tion du mariage nous ne man­que­rons pas de par­ti­ci­per à ce ras­sem­ble­ment natio­nal. Mais nous sou­hai­tons du fond du cœur pou­voir le faire, en com­mu­nion avec nos évêques, avec nos prêtres, et dire publi­que­ment, selon ce que nous sommes, et non dans la qua­si-clan­des­ti­ni­té, notre oppo­si­tion publique à ce nou­vel ava­tar de la culture de mort qu’avait dénon­cée Jean-Paul II.

Jean-Pierre Mau­gendre