Psychodrame Le Pen et le programme du FN

Au cœur du psychodrame Le Pen : le programme du Front national

Introduction

Le Front natio­nal a pen­dant des années por­té les espoirs poli­tiques et élec­to­raux de nom­breux catho­liques atta­chés à la défense de la loi natu­relle et de la doc­trine sociale de l’Église. Aujourd’hui ce public assiste, atter­ré, aux échanges ver­baux vio­lents, par médias inter­po­sés entre Jean-Marie et Marine Le Pen. Dans son récent entre­tien à l’hebdomadaire Riva­rol ce qui était nou­veau dans le dis­cours de Jean-Marie Le Pen ce n’était pas son appel à la récon­ci­lia­tion entre gaul­listes et pétai­nistes mais la dénon­cia­tion ouverte du nou­veau pro­gramme du Front natio­nal.

Au-delà des ana­lyses freu­diennes sur le meurtre du père et le fait de savoir qui est le vrai calife au Front natio­nal il semble, à cette occa­sion, utile de s’interroger sur le pro­jet de gou­ver­ne­ment du par­ti depuis l’élection à la pré­si­dence de Marine Le Pen en 2011 et l’accession à la vice-pré­si­dence de Flo­rian Phi­lip­pot en 2012. Cette étude est éga­le­ment ren­due néces­saire par les suc­cès élec­to­raux du Front natio­nal et l’ambition de sa pré­si­dente de pas­ser d’une fonc­tion tri­bu­ni­tienne à des res­pon­sa­bi­li­tés de gou­ver­ne­ment. A plu­sieurs mois des pro­chaines échéances élec­to­rales notre sou­hait est de mener un débat de fond.

Méthode

Par delà les décla­ra­tions média­tiques la méthode la plus sûre pour connaître le pro­jet poli­tique du Front natio­nal est de tra­vailler sur le pro­gramme, éla­bo­ré à l’occasion de l’élection pré­si­den­tielle de 2012, tel qu’il est dis­po­nible à ce jour sur le site offi­ciel du FN. Il sera éga­le­ment pré­cieux de com­pa­rer ce pro­gramme à celui qui exis­tait depuis 1993 sous le titre : 300 mesures pour la Renais­sance de la France.

Les points positifs

Programme_du_FN.jpgSans sur­prise les points posi­tifs majeurs de ce pro­gramme ont trait à la volon­té de recou­vrer une véri­table indé­pen­dance natio­nale et de réins­tau­rer un état fort. Citons quelques mesures de bon sens : sor­tie du com­man­de­ment inté­gré de l’OTAN, carac­tère cru­cial d’une puis­sante flotte de guerre, expul­sion de tous les clan­des­tins, remise en cause des accords de Schen­gen, recen­trage de l’État sur ses fonc­tions réga­liennes, sup­pres­sion de l’AME (Aide Médi­cale d’État) et du regrou­pe­ment fami­lial, dimi­nu­tion dras­tique de l’immigration légale, pré­do­mi­nance de la loi fran­çaise sur les trai­tés euro­péens, créa­tion d’un reve­nu paren­tal « dès que les finances le per­met­tront » d’un mon­tant égal à 80% du SMIC, baisse à 14 ans de l’âge de l’apprentissage…

La sor­tie de l’Euro est éga­le­ment une mesure emblé­ma­tique dont, bien fran­che­ment, je ne sais pas si elle est encore pos­sible dans un pays dont l’endettement est égal au PIB annuel alors que la moi­tié de la capi­ta­li­sa­tion de la bourse de Paris est déte­nue par des fonds étran­gers.

Enfin cha­cun se réjoui­ra de l’annonce du refus du mariage homo­sexuel.

Les propositions surprenantes

De très nom­breux obser­va­teurs en ont fait la remarque : sous l’influence, semble-t-il, de Flo­rian Phi­lip­pot, énarque, fils d’enseignants et gaul­liste reven­di­qué le nou­veau pro­gramme du Front natio­nal fait la part belle à l’État.

L’ENM sera sup­pri­mée mais pas l’ENA qui accueille­ra des « fonc­tion­naires patriotes », les « ser­vices publics » seront sanc­tua­ri­sés, La Poste rede­vien­dra un éta­blis­se­ment public de l’État, la dis­tri­bu­tion de l’eau sera muni­ci­pa­li­sée.C’est cepen­dant à pro­pos de l’école que sont obser­vées les pro­po­si­tions les plus sur­pre­nantes. « L’école est un ser­vice orga­nique de la Répu­blique » affirme le pro­gramme insis­tant sur la « pré­pa­ra­tion à la citoyen­ne­té », et l’ « école de la Répu­blique ». Il n’y a aucune remise en cause du fonc­tion­ne­ment du Minis­tère de l’Éducation natio­nale. Il n’est fait aucune men­tion d’une pos­sible auto­no­mie accor­dée aux direc­teurs d’école ni de la coges­tion de l’enseignement par le tan­dem minis­tère-syn­di­cats. L’enseignement sous contrat, bien qu’il repré­sente 20% des effec­tifs sco­laires, n’est pas cité ni a for­tio­ri l’enseignement hors contrat. La seule men­tion des parents se trouve dans une injonc­tion les appe­lant à apprendre le fran­çais en rap­pe­lant que : « Le parent d’élève n’est pas le client du pro­fes­seur. » On pour­ra enfin s’étonner du regret affi­ché qu’il n’y ait pas plus d’enfants de moins de 3 ans en mater­nelle !!!

Éco­no­mi­que­ment ce pro­gramme est mar­qué par une pres­sion fis­cale accrue. De nou­veaux impôts seront ins­tau­rés sur les entre­prises délo­ca­li­sées, un taux d’IS (Impôt sur les Socié­tés) unique à 34% sera éta­bli, les « valeurs fon­cières sur­an­nées » seront revues ce qui entraî­ne­ra méca­ni­que­ment une hausse des impôts locaux, la TVA sera majo­rée pour les pro­duits de luxe, une « sur­taxe des super­pro­fits des grands groupes pétro­liers et gaziers » sera mise en place, une taxa­tion com­plé­men­taire des reve­nus du capi­tal finan­ce­ra les retraites, etc.

Programme_du_FN_-_Retraite_60_ans.pngPlus sur­pre­nant : « Les prix de cer­tains pro­duits ali­men­taires de pre­mière néces­si­té (lait, pain, beurre, farine…) feront l’objet d’un enca­dre­ment légal » et l’échelle mobile des salaires sera réta­blie.

Enfin l’âge légal de la retraite sera rame­né à 60 ans, le sys­tème de retraite par répar­ti­tion étant main­te­nu. Les salaires jusqu’à 1,4 fois le SMIC seront aug­men­tés de 200€.

Un choix de civilisation ?

Alors que nous fai­sons face, selon Mme Tau­bi­ra, à un chan­ge­ment de civi­li­sa­tion ce pro­gramme donne l’impression nette de pas­ser à côté de ces enjeux. Le terme de « rup­ture forte » n’est employé qu’à pro­pos de notre poli­tique étran­gère.

Dans l’introduction au pro­gramme de 1993 du Front natio­nal le mot de civi­li­sa­tion était employé onze fois en neuf pages. Cette civi­li­sa­tion, ancrée dans notre tra­di­tion, met­tait au pre­mier plan la défense de la famille et de la vie, la liber­té d’entreprendre et pour les parents d’éduquer leurs enfants selon leurs convic­tions, une volon­té de réduire le rôle d’un État omni pré­sent mais inca­pable d’assumer ses fonc­tions réga­liennes.

Concrè­te­ment la valo­ri­sa­tion de la famille et de la vie pas­sait par :

 la créa­tion d’un reve­nu paren­tal égal au SMIC

 la valo­ri­sa­tion légale du mariage

 le vote fami­lial, c’est-à-dire qu’à l’occasion des élec­tions, dans une famille le père aurait dis­po­sé des voix de ses gar­çons mineurs et la mère de celle de ses filles éga­le­ment mineures

 le dérem­bour­se­ment de l’avortement

 la faci­li­ta­tion de l’adoption pré natale

 la pro­tec­tion des enfants contre la por­no­gra­phie

 l’institution du chèque sco­laire, per­met­tant à chaque famille de finan­cer la sco­la­ri­sa­tion de ses enfants dans l’école de son choix

 la sus­pen­sion des droits de suc­ces­sion dans la famille afin de per­mettre la trans­mis­sion des patri­moines

 la sup­pres­sion pro­gres­sive de l’IRPP

Aucune de ces mesures, sauf la faci­li­ta­tion de l’adoption pré­na­tale, n’a été rete­nue dans le nou­veau pro­gramme. Il s’agit, bien sûr, d’un choix volon­taire mené parce que les temps auraient chan­gé. Certes depuis 1993 les temps ont chan­gé. Ce qui n’a pas chan­gé ce sont les attaques constantes contre le modèle fami­lial tra­di­tion­nel (un père, une mère et leurs enfants com­muns) dont, semble-t-il, peu de diri­geants du Front natio­nal semblent être les adeptes à défaut d’être les théo­ri­ciens. Or tout dans la socié­té repose sur la famille : la trans­mis­sion de la vie qui assure la péren­ni­té de la socié­té, sou­tient la consom­ma­tion et finance les retraites, l’éducation qui trans­met les valeurs d’une civi­li­sa­tion, réduit les besoins d’aides sociales et de…police, les véri­tables soli­da­ri­tés qui s’exercent d’abord entre per­sonnes ayant des liens de sang, des valeurs ou des inté­rêts com­muns. Sans remise en cause radi­cale des para­digmes actuels on ne voit pas ce qui jus­ti­fie­rait l’affirmation opti­miste selon laquelle : « Notre dés­équi­libre démo­gra­phique est pro­vi­soire. »

En ne pre­nant pas posi­tion sur ces ques­tions de civi­li­sa­tion ce pro­gramme semble por­teur de deux dif­fi­cul­tés. D’abord il réduit la crise que vit notre pays à des notions maté­ria­listes de chô­mage, de pou­voir d’achat, de niveau de vie ce qui est une erreur. Ensuite il rend peu cré­dible la cohé­rence d’un gou­ver­ne­ment par­ta­gé entre laï­cards fré­né­tiques et catho­liques de convic­tion, mili­tants LGBT et tenants du mariage tra­di­tion­nel, éta­tistes et libé­raux, etc.

La pros­pé­ri­té et le déve­lop­pe­ment de notre civi­li­sa­tion ont éga­le­ment été bâtis autour de la notion de res­pon­sa­bi­li­té. Comme l’avait déjà dénon­cé en 1840 Alexis de Toc­que­ville dans son célèbre ouvrage : De la démo­cra­tie en Amé­rique la socié­té moderne se carac­té­rise par un tota­li­ta­risme mou dans lequel cha­cun a abdi­qué à l’État sa part de liber­té contre la pro­tec­tion que lui assure « le plus froid des monstres froids. » Force est bien de consta­ter que dans notre pays : les pré­lè­ve­ments obli­ga­toires ont atteint un niveau confis­ca­toire, la mul­ti­pli­ca­tion des contraintes légales et régle­men­taires étouffe toute ini­tia­tive, la pro­li­fé­ra­tion des organes dits repré­sen­ta­tifs ou consul­ta­tifs pèse d’un poids sans cesse crois­sant sur les forces pro­duc­tives. 

Les chefs d’entreprise auraient sans doute appré­cié de trou­ver dans ce pro­gramme, au-delà de l’annonce d’une Grande Réforme de la Sim­pli­fi­ca­tion que l’on aurait sou­hai­tée plus concrète, des pro­po­si­tions sur : la sim­pli­fi­ca­tion du mille feuille syn­di­cal qui mul­ti­plie le nombre d’élus dans des ins­tances aux res­pon­sa­bi­li­tés redon­dantes et donc les réunions plus ou moins utiles(CE , DP, DS, CHSCT), le finan­ce­ment des syn­di­cats et la ges­tion des heures de délé­ga­tion, la véri­té du bul­le­tin de salaire, la remise en cause des 35h, l’assouplissement du contrat de tra­vail, la refonte du code du tra­vail et ses 10 628 articles…

Dans un sou­ci de jus­tice on regret­te­ra que n’aient pas été abor­dés quelques « irri­tants sociaux » par­ti­cu­liè­re­ment emblé­ma­tiques comme les condi­tions de retraites des fonc­tion­naires par rap­port à celles des sala­riés du pri­vé sans oublier les béné­fi­ciaires des régimes spé­ciaux (SNCF, EDF, etc.), les condi­tions de paie­ment de l’État envers ses four­nis­seurs, le retour à une poli­tique effec­ti­ve­ment fami­liale, et non pure­ment sociale, des diverses allo­ca­tions dites, à tort fami­liales, car étant de plus en plus sous condi­tions de res­sources. On peut éga­le­ment s’interroger sur la péren­ni­té de notre sys­tème de pro­tec­tion sociale dans lequel soli­da­ri­té rime plus avec assis­ta­nat qu’avec res­pon­sa­bi­li­té.

Nous n’avons pas la naï­ve­té de croire que toute la jus­tice serait pos­sible tout de suite. Ce serait oublier l’inévitable imbri­ca­tion du bien et du mal dans toute socié­té humaine et le pitoyable état de la socié­té fran­çaise. Il ne faut pas que le remède tue le malade certes mais il ne faut pas non plus cacher au malade que, eu égard à son état, sa gué­ri­son néces­si­te­ra de sérieux efforts voire quelques sacri­fices. Ce pro­gramme pro­met une gué­ri­son sans effort car qui peut espé­rer être élu sur une pers­pec­tive de sang et de larmes ? Ain­si un sujet de fond n’est pas évo­qué, celui de l’avenir des mil­lions de per­sonnes qui de RMI en RSA ont été ins­tal­lées dans l’assistanat. Com­ment leur rendre leur digni­té, les mettre au tra­vail et les sor­tir de leur logique d’assistés ?

Analyse

FN_immigration.pngA la lec­ture de ce pro­gramme il appa­raît clai­re­ment qu’il n’est pas un pro­gramme de rup­ture avec la situa­tion pré­sente. Deux bouc-émis­saires sont pré­sen­tés comme res­pon­sables de qua­si­ment tous nos maux :

 l’immigration

 le grand patro­nat et les mul­ti natio­nales du CAC 40, « ivres d’expansion mon­diale ». La finance qu’il s’agit de « mettre au pas ».

René Girard a magis­tra­le­ment démon­tré que la théo­rie du bouc émis­saire per­met à une socié­té de s’exonérer de ses propres fautes et de mas­quer ses échecs. Hier c’était le Juif, les 200 familles ou les congré­ga­tions, aujourd’hui c’est l’immigré et la finance inter­na­tio­nale. Inter­ro­gé sur les moyens de finan­cer le retour à la retraite à 60 ans, la Sécu­ri­té Sociale, les retraites des fonc­tion­naires, les ser­vices publics… Louis Alliot vice-pré­sident du Front natio­nal répon­dait le 12 décembre 2014 dans un entre­tien aux Quatre véri­tés Heb­do : « Nous pen­sons qu’il existe d’énormes sources d’économie (coût de l’immigration, de l’Union euro­péenne, de la fraude…) et qu’il n’est pas néces­saire d’abaisser le niveau de pro­tec­tion sociale dans notre pays. » Le fait est qu’il n’y a plus un seul pays d’Europe occi­den­tale dont l’âge de la retraite ne soit pas déjà effec­tif ou pro­gram­mé à 65 ans. Par quel miracle échap­pe­rions-nous au lot com­mun ?

Les rai­sons avan­cées de la dette publique laissent de même pan­tois :

 « forte baisse des recettes fis­cales avec les cadeaux fis­caux suc­ces­sifs aux entre­prises et aux contri­buables les plus riches

 inter­dic­tion de finan­cer les défi­cits par la banque cen­trale

 varia­tion des taux d’intérêt »

S’il est pré­vu de finan­cer l’augmentation de salaire de 200€ des bas salaires par une taxe de douane sur les pro­duits impor­tés rien ne semble pré­vu pour le finan­ce­ment, de l’inéluctable aug­men­ta­tion des salaires, au-des­sus de ces salaires les plus bas. Qui croi­ra que le petit chef payé 150 € de plus que son col­la­bo­ra­teur va accep­ter de voir celui-ci deve­nir plus payé que lui ?

Le modèle jaco­bin est omni­pré­sent. Il est sans cesse ques­tion de l’Etat, « fort » et « stra­tège ». Les récents déboires d’Areva devraient, peut-être, incli­ner à plus de modes­tie sur les ver­tus de l’État stra­tège cela d’autant plus que peu de diri­geants du Front natio­nal semblent pou­voir s’enorgueillir de suc­cès entre­pre­neu­riaux hors du com­mun.

Concer­nant l’école il s’agit de se réap­pro­prier « la culture des hus­sards noirs de la Répu­blique ». Le pro­gramme de 1993 affir­mait au contraire : « Nous enten­dons rendre aux citoyens et d’abord aux familles le droit de choi­sir l’école qu’ils veulent. Ils sont maîtres de l’éducation et de l’enseignement de leurs enfants. »

Pas une seule fois le mot de sub­si­dia­ri­té n’est employé. Bien au contraire il s’agit de « détruire les féo­da­li­tés », trans­fé­rer à l’État les trans­ports régio­naux et l’action éco­no­mique, natio­na­li­ser les banques en dif­fi­cul­té, « mieux contrô­ler » l’enseignement supé­rieur…

L’individu se retrouve seul face à l’État : « La Répu­blique ne recon­naît aucune com­mu­nau­té. » Les « valeurs répu­bli­caines » sont un leit­mo­tiv récur­rent sans qu’elles ne soient jamais défi­nies

Ce pro­gramme se révèle en défi­ni­tive très… confor­miste :

 « le sta­tut de la fonc­tion publique sera pré­ser­vé » Or ce sta­tut, adop­té en 1946 à l’initiative de Mau­rice Tho­rez, ministre com­mu­niste de la fonc­tion publique, aurait cer­tai­ne­ment besoin d’une réac­tua­li­sa­tion car en soixante dix années le monde a sen­si­ble­ment chan­gé.

 pour lut­ter contre le ter­ro­risme il s’agira « d’identifier les pré­di­ca­teurs reli­gieux défen­dant des thèses poli­tiques extré­mistes » S’agit-il des ado­ra­teurs de l’oignon ? Per­sonne ne le sait. Ce qui est cer­tain c’est que si le mot isla­misme est employé plu­sieurs fois, le mot islam n’est pas uti­li­sé une seule fois. Mais où est la fron­tière entre l’Islam et l’islamisme qui en plus peut être radi­cal. Est-ce uni­que­ment le recours au ter­ro­risme ?

 le nombre de familles mono­pa­ren­tales est déplo­ré mais sans cher­cher à expli­quer les rai­sons de l’ampleur d’un tel phé­no­mène

 la lutte contre les com­mu­nau­ta­rismes est décla­rée mais il n’y a rien sur les lob­bys, les cercles, les clubs qui dirigent la Répu­blique.

Les fac­teurs éco­no­miques pré­do­minent sys­té­ma­ti­que­ment.

Dans les trois rai­sons qui imposent de mettre fin à l’immigration les deux pre­mières sont éco­no­miques (moyen du patro­nat pour agir sur les droits sociaux, coût pour la col­lec­ti­vi­té), seul la troi­sième observe qu’il s’agit d’une « source de ten­sion dans la Répu­blique. »

Concer­nant la famille il est plus sou­vent ques­tion de poli­tique « nata­liste » (pour payer les retraites) que de poli­tique « fami­liale » pour per­mettre aux parents d’avoir le nombre d’enfants qu’ils sou­haitent sans être péna­li­sés finan­ciè­re­ment. « Le pou­voir d’achat consti­tue la pre­mière pré­oc­cu­pa­tion de mil­lions de nos com­pa­triotes. » Est-ce cer­tain ? N’est-ce pas plu­tôt notre perte d’identité ? Qui aujourd’hui sur la défense du pou­voir d’achat peut ras­sem­bler les foules qui défilent contre le mariage pour tous ?

Toutes les hypo­thèses éco­no­miques reposent sur un retour au plein emploi pro­duit par une taxe de douane de 3% sur les pro­duits impor­tés (Contri­bu­tion Sociale aux Impor­ta­tions).

La cohé­rence de ce pro­gramme semble ain­si mise à mal par la volon­té d’éviter de se mettre à dos un cer­tain nombre de groupes de pres­sion ou de com­mu­nau­tés dont, au mini­mum la neu­tra­li­té, semble indis­pen­sable à l’accession au pou­voir par la voie démo­cra­tique. Qui pour­rait pré­tendre accé­der à la fonc­tion suprême en ayant remis en cause les avan­tages par­ti­cu­liers (en fran­çais pri­vi­lèges) des fonc­tion­naires, des béné­fi­ciaires des régimes spé­ciaux, des syn­di­ca­listes, etc. La dis­cré­tion sur la pré­sence de 7 mil­lions de musul­mans en France est éga­le­ment très symp­to­ma­tique.

Conclusion

La tona­li­té géné­rale de ce pro­gramme est à mille lieues des 300 mesures pour la renais­sance de la France de 1993. Une approche orga­ni­ciste et incar­née de la socié­té à lais­sé la place à une concep­tion maté­ria­liste et assis­tée des rela­tions sociales.

Ce pro­gramme ne rompt pas avec la logique de l’État-Providence. Il s’efforce de ras­su­rer les lais­sés pour compte de la mon­dia­li­sa­tion en leur fai­sant croire que la crise que nous vivons est d’abord éco­no­mique, finan­cière et ins­ti­tu­tion­nelle. Or la crise que nous vivons est sur­tout morale, intel­lec­tuelle, iden­ti­taire voire spi­ri­tuelle. En témoignent la per­ma­nence de l’opposition à la loi Tau­bi­ra et le suc­cès du livre d’Eric Zem­mour : Le sui­cide fran­çais. « Faites moi de la bonne poli­tique je vous ferai de bonnes finances » pro­met­tait le baron Louis à Charles X.

La Creuse est beau­coup plus pauvre que la Seine-Saint-Denis mais la vio­lence y est moins pré­sente. On peut pen­ser que c’est ce que Patrick Buis­son a essayé d’expliquer à Nico­las Sar­ko­zy mais il n’y a pas de Patrick Buis­son auprès de Marine Le Pen.

Epilogue : Damnabilis sed non damnandus ?

On prête à Saint Pie X, pres­sé de condam­ner l’Action Fran­çaise la célèbre for­mule Dam­na­bi­lis sed non dam­nan­dus. Elle est condam­nable mais elle ne doit pas être condam­née. Il ne s’agit pas bien sûr, ici, de condam­ner qui que ce soit mais d’attirer l’attention sur les dés­illu­sions à venir. En effet les remèdes à la crise pro­po­sés par le FN, d’inspiration natio­nale-répu­bli­caine ne feront, au mieux, que ralen­tir la chute de notre pays vers le pré­ci­pice mais ne lui per­met­tront pas de remon­ter la pente. A ce pro­jet tech­no­cra­tique il manque une vision, un souffle et, très pro­saï­que­ment, un pré­am­bule qui iden­ti­fie­rait les causes réelles de notre déca­dence et pro­po­se­rait des voies de renou­veau. Or sans vision les peuples meurent. Lors d’un entre­tien à TV Liber­tés le 5 Novembre 2014, le direc­teur du FNJ, Gaë­tan Dus­sau­saye, nom­mé à ce poste de confiance par Marine Le Pen expli­quait que ses trois phi­lo­sophes pré­fé­rés étaient Aris­tote, Rous­seau, qui libère l’homme de la socié­té et Karl Marx à cause de son point de vue maté­ria­liste sur l’histoire. Tout com­men­taire semble super­flu.

Ce nou­veau pro­gramme ne sau­rait donc sus­ci­ter l’enthousiasme des familles de France, mépri­sées dans leurs res­pon­sa­bi­li­tés édu­ca­tives et dont les enfants ne sont consi­dé­rés que comme futurs contri­bu­teurs pour payer les retraites de demain. Or ces familles tra­vailleuses, dis­crètes, fécondes, dévouées au bien com­mun sont la colonne ver­té­brale de notre nation et le vivier dans lequel existent les cadres aptes à diri­ger un grand pays comme le nôtre. Elles attendent un chan­ge­ment com­plet de para­digme que le pré­sent pro­gramme ne leur pro­pose pas.
Notre civi­li­sa­tion est aujourd’hui frap­pée au cœur. Il ne lui est ici pro­po­sé que quelques remèdes antal­giques, certes sou­vent de bon sens et popu­laires comme en témoigne la satis­fac­tion des habi­tants qui ont élu un maire FN au prin­temps 2014. Cepen­dant ces mesures ne remettent pas en cause les prin­cipes indi­vi­dua­listes, hédo­nistes et uti­li­ta­ristes dont nous voyons les consé­quences mor­ti­fères se déployer sous nos yeux.

L’enjeu, pour la sur­vie de notre pays, n’est pas de rem­pla­cer une classe poli­tique par une autre mais de fédé­rer une élite de rem­pla­ce­ment avant tout sou­cieuse du bien com­mun et res­pec­tueuse de la loi natu­relle. La res­pon­sa­bi­li­té des élites poli­tiques n’est pas d’en appe­ler sans cesse à la volon­té popu­laire, la déma­go­gie est alors une ten­ta­tion trop forte, mais d’indiquer les voies d’un authen­tique renou­veau, sur­tout si elles sont exi­geantes. Une socié­té ne peut conti­nuer d’exister que si cette péren­ni­té a du sens pour elle. L’héritier conscient de la valeur de l’héritage qu’il a reçu s’efforce de le trans­mettre, si pos­sible enri­chi, à ses enfants. Il n’est qu’un pas­seur mais plus l’héritage est pré­cieux plus il est atta­ché à le trans­mettre. Cou­pé de ses racines, né enfant trou­vé, on com­prend que l’homme moderne ne se sente guère moti­vé pour trans­mettre quoi que ce soit si ce qu’il doit trans­mettre se limite au capi­tal qu’il a lui-même consti­tué. Ain­si meurent les civi­li­sa­tions. A une France en désar­roi, sans repères, il faut pro­po­ser un pro­gramme qui donne du sens à son exis­tence. Ce pro­jet mal­heu­reu­se­ment n’en donne pas. Il défend des acquis sociaux dont les béné­fi­ciaires se plaignent, en fait, du nombre crois­sant d’ayants droits. La France ne fera pas l’économie, pour sur­vivre, d’un chan­ge­ment com­plet de para­digmes qui sans doute néces­si­te­ra un chan­ge­ment de régime. Au-delà des diver­gences d’analyses poli­tiques et des conflits de géné­ra­tion le cœur de la lutte entre Jean-Marie Le Pen et sa fille est sans doute là : il s’agit d’une dif­fé­rence sub­stan­tielle de pro­gramme poli­tique.

Jean-Pierre Mau­gendre

4 réponses

  1. xulito dit :

    Psy­cho­drame Le Pen et le pro­gramme du FN
    Bra­vo Mon­sieur Mau­gendre pour cette ana­lyse menée avec une grande luci­dité. Mili­tant de l” « Alliance Royale», il me semble que vos pro­pos ne diffèrent en rien de l’analyse que j’ai faite de l’évolution du FN. Aus­si je pense à l’instar de l’Alliance Royale » que seul le retour à une monar­chie où le Roi gou­ver­ne­rait mais où le peuple aurait sa dignité et son mot à dire via des référendums est la solu­tion pour « sau­ver notre France ».
    Le néo-FN n’est que le sous-pro­duit de lob­bies dont l’opportunisme pour­rait sur­prendre Marine elle-même qui pour­rait bien se voir confis­quer la place de can­di­date à la présidentielle par Phil­li­pot qui à mon sens n’est qu’un dévoyé des par­tis dits du « système » dans lequel il a réussit à faire entrer ce néo-fn afin de leur­rer la France avec une variante des UMP et PS dont les Français ne veulent plus.
    Cor­dia­le­ment.

  2. Anonyme dit :

    Psy­cho­drame Le Pen et le pro­gramme du FN
    Très bonne ana­lyse mais en serions nous là si JMLP n’avait pas laissé les clefs du pou­voir à sa fille alors que des cadres très compétents (Mar­ti­nez ; Goll­nish…) étaient là pour sa suc­ces­sion ? En clair est ce que le FN n’est pas le propre acteur de son echec ?

  3. Thibaut de La Tocnaye dit :

    Psy­cho­drame Le Pen et le pro­gramme du FN
    Cher Jean-Pierre,
    Chers amis de Renais­sance Catho­lique,

    Je dois vous avouer que j’ai été très cho­qué par cette ana­lyse « Ã  charge » du Pro­gramme du FN de 2012.

    Le Qui­pro­quo vient peut-être du fait que l’auteur du Texte (Jean-Pierre ?!…)n’a pas sou­haité consul­ter et ETUDIER l’ensemble des Mesures de détail présentées très clai­re­ment (une mesure = une ligne)sur le net à la suite du Pro­gramme rédigé dans un Tableau de présentation synop­tique des Mesures sur 5 pages d’une qua­ran­taine de lignes cha­cune soit au total plus de 200 Mesures. L’originalité et la rela­tive « force » de ce Tableau, c’est qu’il apporte un chif­frage cohérent et com­plet des Mesures.

    Ain­si par exemple , l’auteur se trompe (il me semble !…) lorsqu’il dit que la fis­ca­lité aug­men­te­rait avec ce Pro­gramme : jus­te­ment le cha­pitre Fis­ca­lité du Tableau fait apparaître une par­faite neu­tra­lité au niveau de la fis­ca­lité : des aug­men­ta­tions vis-à-vis par exemple des entre­prises for­te­ment capitalisées sont compensées par des baisses signi­fi­ca­tives pour les PME/​PMI…

    Autre exemple par­mi tant d’autres, je pense que notre cher Jean-Pierre aurait plus objec­tif dans son attaque du Pro­gramme sur la poli­tique familiale(je peux rejoindre cer­taines des remarques impor­tantes de JP mais pas de cette manière… avec autant de rac­cour­cis, d’oublis et de plu­sieurs mau­vaises interprétations… cela n’est pas pos­sible) s’il avait vu que concer­nant la Famille, les Allo­ca­tions fami­liales, réservées aux seuls Français, allaient aug­men­ter de 10 Mil­liards en 5 ans !… cela com­pen­sant évidemment lar­ge­ment le fait que le Reve­nu Paren­tal n’est QUE de 80 % du SMIC mais pèse tout de même pour 21,875 mil­liards sur 5 ans (une des trois mesures les plus impor­tantes et les plus lourdes en mon­tant du Pro­gramme).

    Je pour­rai conti­nuer en par­ti­cu­lier sur l’Entreprise où nous pro­po­sons une dizaine de Mesures abso­lu­ment uniques et puis­santes pour la relance des Entre­prises à taille humaine et pour la ré-industrialisation mais nous n’avons pas le temps ici et je conseille vrai­ment aux membres et sym­pa­thi­sants de Renais­sance Catho­lique de se repor­ter au fameux Tableau en ligne qui fait par­tie INTEGRANTE du Pro­gramme de 2012 autant que le Pro­gramme rédigé.

    Très ami­ca­le­ment.

    Thi­baut de La Toc­naye,
    Ingénieur Cen­tra­lien, 3e Cycle HEC
    Diri­geant-fon­da­teur
    d’entreprises High Tech
    Membre du Bureau poli­tique du FN
    Délégué Natio­nal à la For­ma­tion
    Coor­di­na­teur du Chif­frage du
    Pro­gramme présidentiel et
    législatif du FN de 2012

  4. Thibaut de La Tocnaye dit :

    Psy­cho­drame Le Pen et le pro­gramme du FN
    Cher Jean-Pierre,
    Chers amis de Renais­sance Catho­lique,

    Je dois vous avouer que j’ai été très cho­qué par cette ana­lyse « Ã  charge » du Pro­gramme du FN de 2012.

    Le Qui­pro­quo vient peut-être du fait que l’auteur du Texte (Jean-Pierre ?!…)n’a pas sou­haité consul­ter et ETUDIER l’ensemble des Mesures de détail présentées très clai­re­ment (une mesure = une ligne)sur le net à la suite du Pro­gramme rédigé dans un Tableau de présentation synop­tique des Mesures sur 5 pages d’une qua­ran­taine de lignes cha­cune soit au total plus de 200 Mesures. L’originalité et la rela­tive « force » de ce Tableau, c’est qu’il apporte un chif­frage cohérent et com­plet des Mesures.

    Ain­si par exemple , l’auteur se trompe (il me semble !!…) lorsqu’il dit que la fis­ca­lité aug­men­te­rait avec ce Pro­gramme : jus­te­ment le cha­pitre Fis­ca­lité du tableau fait apparaître une par­faite neu­tra­lité au niveau de la fis­ca­lité : des aug­men­ta­tions vis-à-vis par exemple des entre­prises for­te­ment capitalisées sont compensées par des baisses signi­fi­ca­tives pour les PME/​PMI…

    Autre exemple par­mi tant d’autres, je pense que notre cher Jean-Pierre aurait été plus objec­tif dans son attaque du Pro­gramme sur la poli­tique fami­liale (je peux rejoindre cer­taines des remarques impor­tantes de JP mais pas de cette manière… avec autant de rac­cour­cis, d’oublis et de mau­vaises interprétations des Mesures réelles … cela n’est pas possible)s’il avait vu que, concer­nant la Famille, les Allo­ca­tions fami­liales, réservées aux seuls Français, allaient aug­men­ter de 10 Mil­liards en 5 ans !… cela com­pen­sant évidemment lar­ge­ment le fait que le Reve­nu Paren­tal n’est QUE de 80 % du SMIC mais pèse tout de même pour 21,875 mil­liards sur 5 ans (une des trois mesures les plus impor­tantes et les plus lourdes en mon­tant du Pro­gramme).

    Je pour­rai conti­nuer en par­ti­cu­lier sur l’Entreprise où nous pro­po­sons une dizaine de Mesures abso­lu­ment uniques et puis­santes pour la relance des Entre­prises à taille humaine et pour la ré-industrialisation mais nous n’avons pas le temps ici et je conseille vrai­ment aux membres et sym­pa­thi­sants de Renais­sance Catho­lique de se repor­ter au fameux Tableau en ligne qui fait par­tie INTEGRANTE du Pro­gramme de 2012 autant que le Pro­gramme rédigé.

    Très ami­ca­le­ment.

    Thi­baut de La Toc­naye,
    Ingénieur Cen­tra­lien, 3e Cycle HEC
    Diri­geant-fon­da­teur
    d’entreprises High Tech
    Membre du Bureau poli­tique du FN
    Délégué Natio­nal à la For­ma­tion
    Coor­di­na­teur du Chif­frage du
    Pro­gramme présidentiel et
    législatif du FN de 2012