Prophétique et vicariante !

« Un jour, connu de Dieu seul, la dimen­sion pro­phé­tique de notre démarche, dans la fidé­li­té à l’enseignement et à la pra­tique mul­ti-sécu­laires de l’Église, écla­te­ra aux yeux de tous. Et c’est der­rière nos évêques, qui auront ain­si renoué avec leur beau titre de “défen­seurs de la cité”, comme c’est le cas aux États-Unis, que nous mani­fes­te­rons notre atta­che­ment à la culture de vie. » Dès le départ de la 18e Marche pour la Vie, orga­ni­sée same­di en fin d’après-midi par Renais­sance catho­lique depuis Notre-Dame des Vic­toires, son pré­sident, Jean-Pierre Mau­gendre, devait rap­pe­ler avec le P. Jean-Noël (Fra­ter­ni­té de la Trans­fi­gu­ra­tion à Méri­gny), la nature et la spé­ci­fi­ci­té de cette pro­ces­sion catho­lique à ceux qui n’en sai­sissent pas tou­jours l’opportunité et l’actualité. En rap­pe­lant la por­tée sur­na­tu­relle de notre com­bat tem­po­rel, c’est-à-dire la dimen­sion escha­to­lo­gique de la lutte contre la culture de mort (com­men­cée et conti­nuée avec celui qui est homi­cide et men­teur depuis le com­men­ce­ment : cf. Pré­sent du 4 octobre), ils ont ain­si mon­tré l’aspect à la fois « pro­phé­tique » et vica­riant de cette mani­fes­ta­tion publique : « Ce sou­hait d’un enga­ge­ment plus déter­mi­né et public de nos pas­teurs dans le com­bat pour la défense de la vie n’est pas qu’un point de pas­sage obli­gé du dis­cours “reli­gieu­se­ment cor­rect” de notre famille d’esprit. Il est à la fois la prise en compte de réa­li­tés socio­lo­giques incon­tes­table (il y a encore 80% de la popu­la­tion fran­çaise qui est com­po­sée de bap­ti­sés catho­liques) et sur­tout de réa­li­tés sur­na­tu­relles liées à la nature excep­tion­nelle des rela­tions qui lient l’Église à la France…»

La prière et la péni­tence, la réci­ta­tion du cha­pe­let, la pro­ces­sion aux flam­beaux étaient en outre par­ti­cu­liè­re­ment d’actualité en cette année jubi­laire des appa­ri­tions mariales à Lourdes et après la venue du Saint Père en France. N’empêchant pas, au contraire, les slo­gans poli­tiques bran­dis sur les pan­cartes – « L’avortement tue des enfants », « Un peuple qui tue des enfants n’a pas d’avenir » –, car tout se tient au tem­po­rel et au spi­ri­tuel. Et la logique sur­na­tu­relle n’abolit pas la morale natu­relle, qu’elle soit per­son­nelle ou poli­tique, ni les don­nées de l’entendement le plus sûr : « Nous pou­vons, bien sûr, savoir, sim­ple­ment, par la rai­son et par l’observation scien­ti­fique que la vie com­mence à la concep­tion. De plus, au nom du prin­cipe selon lequel il ne faut pas faire aux autres ce qu’on ne vou­drait pas qu’ils nous fassent, la simple morale natu­relle suf­fit à condam­ner aus­si bien l’avortement que l’euthanasie… »

Para­doxa­le­ment, si les pas­teurs fai­saient défaut à cette marche aux flam­beaux (hor­mis bien sûr les quelques prêtres habi­tués de ces ras­sem­ble­ments pro-vie), les forces de l’ordre avaient été mas­si­ve­ment mobi­li­sées tout au long du par­cours, comme pour sou­li­gner le carac­tère poli­ti­que­ment et reli­gieu­se­ment signi­fiant de ce cor­tège pré­cé­dé d’une grand croix et avan­çant au son du Je vous salue Marie ampli­fié par une sono. Sous le soleil de cette fin d’après-midi d’octobre, ne man­quaient pas en revanche les per­son­na­li­tés et les repré­sen­tants des asso­cia­tions pro-vie (les doc­teurs Dor, Dickès, Pérel, l’amiral Ber­ger, J.-B. Gre­nouilleau…) accom­pa­gnés de quelques rares poli­tiques comme les fidèles Bae­cke­root…

Ce sont donc près d’un mil­lier de « pèle­rins de la vie » qui se sont ain­si ren­dus de Notre-Dame-des-Vic­toires jusqu’à la Basi­lique du Sacré-Cœur, accueillis par les ban­nières de Notre-Dame de Chré­tien­té et « la fête des Ven­danges », mais aus­si et sur­tout par un Salut du Saint-Sacre­ment, célé­bré à 20 heures par l’abbé Benoît Jayr devant une nef rem­plie. Mer­ci à eux d’être venus tenir ce rôle de témoins, priant pour les vic­times de la culture de mort.
Rémi Fon­taine

Article extrait du Pré­sent n° 6694 du Mar­di 14 octobre 2008