Primes d’ancienneté et droits politiques

Extrait de la revue Renais­sance Catho­lique n° 131Notre pays se com­plaît dans les para­doxes. Ain­si la prime d’ancienneté fait par­tie des sacro-saints droits acquis et la juris­pru­dence accepte le fait que le fameux slo­gan « À tra­vail égal, salaire égal » soit pon­dé­ré par la prise en compte du temps pas­sé par cha­cun dans l’entreprise. La jus­ti­fi­ca­tion morale en est que si l’entreprise Dutruc est ce qu’elle est aujourd’hui, c’est en par­tie parce que M. Dupont est pré­sent depuis vingt ans et a, à sa place, contri­bué à l’existence, voire au déve­lop­pe­ment, de la socié­té. Son col­lègue Durand qui a été embau­ché plus récem­ment contri­bue de la même manière actuel­le­ment au bon fonc­tion­ne­ment de l’entreprise mais objec­ti­ve­ment sa contri­bu­tion dans le temps est moindre, ce qui jus­ti­fie un écart de rému­né­ra­tion entre ces deux per­sonnes.

Vive la prime d’ancienneté !

La quin­tes­sence de ce sys­tème est atteinte dans la fonc­tion publique avec le célèbre avan­ce­ment à l’ancienneté. Il appa­raît ain­si légi­time à tous que l’ancienneté dans une entre­prise per­mette de béné­fi­cier d’avantages finan­ciers.

Pas de prime d’ancienneté en poli­tique !
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Trans­po­sons main­te­nant cette pro­po­si­tion consen­suelle du domaine social au domaine poli­tique : il est juste et légi­time que ceux qui, eux-mêmes ou par leurs ancêtres, ont plus contri­bué à l’existence de la France aient des avan­tages poli­tiques sur les nou­veaux venus qui béné­fi­cient du capi­tal consti­tué par d’autres. Devant une telle affir­ma­tion, les grand-prêtres de la Pen­sée unique n’ont pas fini de déchi­rer leur robe et de s’exclamer : « Il a blas­phé­mé ». Le nou­vel aca­dé­mi­cien, Alain Fin­kiel­kraut, l’a expé­ri­men­té à ses dépens ayant été l’objet d’un véri­table lyn­chage média­tique après avoir osé rap­pe­ler qu’il exis­tait en France, aus­si, des « Fran­çais de souche ».

Les com­mé­mo­ra­tions du cen­te­naire du déclen­che­ment de la Pre­mière Guerre mon­diale ont déjà lar­ge­ment com­men­cé. Il n’est pas une famille de ces Fran­çais de souche tant hon­nis et vili­pen­dés qui n’ait son nom ins­crit sur les monu­ments aux morts de nos cime­tières. N’en dou­tons pas : le Cata­lan ombra­geux qui dirige le gou­ver­ne­ment, le déma­gogue sici­lien qui pré­side l’Assemblée natio­nale, la toute jeune retrai­tée espa­gnole qui gou­verne Paris, etc. trou­ve­ront des mots émou­vants pour hono­rer le sacri­fice de nos Anciens qui ne sont pas, bio­lo­gi­que­ment, les leurs, c’est un fait. Il n’en res­te­ra pas moins que le plus humble et le plus oublié des arrière-petits-fils de Poi­lus aura plus, par sa famille, fait de sacri­fices pour la France, que ces nou­veaux venus dont la morgue n’est géné­ra­le­ment sur­pas­sée que par l’incompétence. Tous les talents sont les bien­ve­nus au ser­vice de la France et de sa voca­tion. Des obs­curs légion­naires deve­nus « fils de France non par le sang reçu mais par le sang ver­sé » aux plus célèbres ser­vi­teurs de l’État ou artistes : Maza­rin, Lul­ly, le géné­ral Wey­gand… monument-au-morts-de-jonzac.jpg

La Répu­blique contre la réa­li­té

Une autre réa­li­té s’impose, oppor­tu­né­ment mise en valeur dans un récent livre de Marie-Pau­line Des­warte, La Répu­blique orga­nique en France : une nation n’est pas un ras­sem­ble­ment d’individus mais une socié­té de familles. Ce sont des familles, et non des indi­vi­dus, qui nous relient aux acteurs de la Pre­mière Guerre mon­diale. La nation est ain­si une socié­té (de socius, l’ami) de familles, ce qui explique que les enne­mis de la famille sont aus­si, sou­vent, ceux de la nation, enfer­més dans l’immédiateté de l’instant, inca­pables d’assumer un pas­sé qui les écrase et de pré­pa­rer un ave­nir qui les dépasse. À ces ilotes déra­ci­nés ne res­tent que les incan­ta­tions décla­ma­toires aux mânes de la Répu­blique qui effec­ti­ve­ment ne connaît pas la famille et ne fait géné­ra­le­ment réfé­rence à la tra­di­tion dite répu­bli­caine que lorsqu’il s’agit de défendre les pri­vi­lèges de cer­tains élus ou fonc­tion­naires.

Pour une Répu­blique orga­nique

La Répu­blique démo­cra­tique moderne ne recon­naît comme citoyen qu’un indi­vi­du indif­fé­ren­cié, « né enfant trou­vé et mort céli­ba­taire », sans racines ni res­pon­sa­bi­li­tés, lié momen­ta­né­ment, par contrats rési­liables ad libi­tum à d’autres fils d’enfants trou­vés pour « jouir sans entraves » de l’instant pré­sent. Le suf­frage du sym­pa­thique « idiot du vil­lage », éter­nel assis­té, sans res­pon­sa­bi­li­tés sociales ni des­cen­dance, pèse du même poids que celui du chef de famille, père de nom­breux enfants et res­pon­sable de plu­sieurs emplois dans sa com­mune. Le vote du nou­vel arri­vant d’origine étran­gère dont le seul mérite est d’être né sur le sol fran­çais vaut celui du fran­çais de souche dont la liste des ancêtres « morts pour la France » cou­vri­rait plu­sieurs pages de l’annuaire télé­pho­nique.

Ce sys­tème est injuste car arti­fi­ciel et donc por­teur de toutes les mys­ti­fi­ca­tions et mani­pu­la­tions. C’est aus­si à ce niveau de réflexion que doivent se posi­tion­ner les moyens de sor­tir de la crise intel­lec­tuelle, morale et iden­ti­taire que nous vivons. Depuis deux siècles, le mythe des bonnes élec­tions a la vie dure. C’est l’ensemble du sys­tème poli­tique qu’il faut repen­ser et refon­der à par­tir du réel qui est certes la situa­tion pré­sente mais aus­si le poids des morts et de l’Histoire.

C’est ce à quoi nous vous invi­tons à l’occasion de notre pro­chaine Uni­ver­si­té d’été à laquelle nous vous atten­dons nom­breux, du 11 au 14 juillet, au Car­rou­sel de Baron­ville, non loin de Chartres.

Jean-Pierre Mau­gendre

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