Pourquoi l’enfant disparaît.

Pour la seconde année consé­cu­tive le chiffre des nais­sances est en baisse en France. Il est né 785 000 bébés en 2016 alors que 832 000 nais­sances avaient été enre­gis­trées en 2010. A défaut du chô­mage Fran­çois Hol­lande aura réus­si à faire bais­ser le nombre des nais­sances.

Face à cette réa­li­té il est de bon ton de for­mu­ler, géné­ra­le­ment d’un ton sen­ten­cieux, quatre affir­ma­tions stu­pides.

Tout va bien

Tout d’abord notre situa­tion ne serait pas tota­le­ment satis­fai­sante certes mais elle serait moins mau­vaise qu’ailleurs. La dure réa­li­té est qu’avec un taux de fécon­di­té d’1,93 enfants par femme en France les géné­ra­tions ne sont pas renou­ve­lées. Nous sommes plus dans une logique « encore un ins­tant mon­sieur le bour­reau » que dans une situa­tion réel­le­ment satis­fai­sante.

Ensuite tout cela ne serait pas bien grave car d’une part la pla­nète serait trop peu­plée et d’autre part grâce à l’immigration nos pays vieillis­sants seraient en passe d’être régé­né­rés par des masses de jeunes dyna­miques et entre­pre­nants qui paie­ront nos retraites et nous feront goû­ter aux charmes du métis­sage géné­ra­li­sé des corps et des cœurs. C’est ce que le patro­nat alle­mand, en mal de main d’œuvre, a exi­gé et obte­nu d’Angela Mer­kel avec les résul­tats que l’on sait. Le drame pour nos socié­tés est que cha­cun d’entre nous est d’abord un être cultu­rel avant d’être une enti­té éco­no­mique. De plus par­mi les réfu­giés que l’Europe accueille il y a plus d’analphabètes que de cher­cheurs en phy­sique nucléaire ou de doc­teurs en méca­nique des fluides.

« C’est d’abord parce que les Fran­çais sont inquiets sur l’évolution de leur niveau de vie » (Yves de Ker­drel Valeurs Actuelles du 26 jan­vier) que la nata­li­té chu­te­rait. L’éditorialiste du célèbre heb­do­ma­daire semble créer un lien direct de cause à effet entre les pers­pec­tives de pros­pé­ri­té maté­rielle et la fécon­di­té. S’il n’est pas ques­tion de nier que les dif­fi­cul­tés maté­rielles peuvent être un frein à la nata­li­té il n’est pas non plus légi­time de lier la nata­li­té uni­que­ment à des ques­tions éco­no­miques. Les pays les plus riches d’Europe (Alle­magne, Suisse, Autriche, Nor­vège, Suède, etc.) ne sont pas ceux à la nata­li­té la plus éle­vée. Citons les taux de fécon­di­té de l’Allemagne (1,44 enfants par femme), la Suisse (1,55), la Nor­vège (1,86), l’Autriche (1,46), etc.

La vérité sur le « baby boom »


baby_boom_France_1946.jpgC’est au géné­ral De Gaulle et à la poli­tique nata­liste impul­sée par le Conseil Natio­nal de la Résis­tance que serait dû le redres­se­ment démo­gra­phique de la France après la seconde guerre mon­diale, le fameux « baby boom ». Il se trouve que c’est à la IIIe Répu­blique confor­tée par les mesures de l’État Fran­çais que l’on doit le redres­se­ment de notre nata­li­té à par­tir de …1943 et cela mal­gré l’absence de 1 850 000 pri­son­niers. En effet l’année 1943 enre­gistre 589 000 nais­sances contre 576 000 en 1938 et 580 000 en 1939. Que s’est-il pas­sé ? Tout d’abord de nom­breuses mesures légis­la­tives ont été adop­tées : loi Lan­dry du 11 mars 1932 qui ins­taure des sur­sa­laires fami­liaux pour les familles de plus de deux enfants, décret-loi du 12 novembre 1938 qui crée des Allo­ca­tions Fami­liales pro­gres­sives et indé­pen­dantes du salaire, code de la famille du 29 juillet 1939 qui pro­meut une prime à la nais­sance et une allo­ca­tion de mère au foyer. L’inspirateur de ces mesures est un démo­graphe fon­da­teur de l’Institut Natio­nal d’Études Démo­gra­phiques, Alfred Sau­vy, membre du cabi­net de Paul Rey­naud en 1940. À ces mesures maté­rielles vient s’adjoindre la pro­mo­tion, que l’on qua­li­fie­rait aujourd’hui de média­tique, par l’État fran­çais de la femme de France comme épouse et comme mère. Le maré­chal Pétain ne cesse d’exalter ce rôle dans de très nom­breux dis­cours confor­mé­ment à la devise « Tra­vail, Famille, Patrie ». La mesure emblé­ma­tique de cet état d’esprit sera, bien sûr, l’institution de la Fête des Mères en 1941. Les lois sur le divorce deviennent plus res­tric­tives. Le CNR ne fera que pro­lon­ger et confor­ter cette poli­tique qui sera au fil du temps réduite à néant. D’une part finan­ciè­re­ment, les Allo­ca­tions Fami­liales deve­nant un ins­tru­ment de redis­tri­bu­tion sociale contrai­re­ment à leurs intui­tions d’origine, et d’autre part média­ti­que­ment par la déva­lo­ri­sa­tion constante de la mater­ni­té et de la femme qui se consacre à l’éducation de ses enfants. Logi­que­ment le taux de nata­li­té com­mence à flé­chir au milieu des années 1970 qui sont encore une période de forte crois­sance et de pros­pé­ri­té. Les consé­quences de l’esprit de mai 68 sont éga­le­ment per­cep­tibles dans ce domaine et ce n’est pas en pro­po­sant, plus ou moins consciem­ment, Bri­gitte Bar­dot comme modèle de la femme moderne et libé­rée que la droite se montre capable de redres­ser la barre. Tout cela pour abou­tir à la situa­tion ubuesque où s’occuper des enfants des autres est admi­rable mais s’occuper des siens est l’objet d’un pro­fond mépris de la part de la classe poli­ti­co média­tique. Comme le notait jus­te­ment Alfred Sau­vy : « La seule qui n’ait pas droit à une retraite nor­male est la mère de plu­sieurs enfants ».

Notons enfin, avec tris­tesse, que l’Église qu’il est mal­adroit mais com­mode de qua­li­fier de conci­liaire est dans une posi­tion pour le moins ambi­guë sur le sujet. Mise à part l’Irlande les pays où la pra­tique reli­gieuse reste signi­fi­ca­tive ou impor­tante : Espagne, Ita­lie, Pologne sont aus­si ceux qui ont des taux de nata­li­té par­ti­cu­liè­re­ment bas, entre 1,3 et 1, 5 enfants par femme. On aura du mal à croire que ces chiffres sont la consé­quence d’une maî­trise par­ti­cu­liè­re­ment remar­quable des méthodes de régu­la­tion natu­relle des nais­sances pro­mues par l’encyclique de Paul VI Huma­nae Vitae à l’exclusion de l’avortement et de la contra­cep­tion arti­fi­cielle…
 

Une expérience à suivre

Il semble donc que le redres­se­ment de la nata­li­té fran­çaise, condi­tion de la sur­vie de la France, soit à la conjonc­tion de deux fac­teurs. D’une part des sou­tiens finan­ciers qui per­mettent à chaque nais­sance de ne pas se concré­ti­ser, comme aujourd’hui, par une baisse de l’ordre de 20% du niveau de vie de la famille concer­née. D’autre part un cli­mat géné­ral de valo­ri­sa­tion de la mater­ni­té mais aus­si de sta­bi­li­sa­tion des unions. Pour des rai­sons évi­dentes l’instabilité des couples ne faci­lite pas la trans­mis­sion de la vie. La seule expé­rience d’envergure aujourd’hui menée dans ce domaine a lieu dans la Rus­sie de Vla­di­mir Pou­tine. Il sera inté­res­sant d’en obser­ver les résul­tats. Quant à la France ce sujet ne semble guère inté­res­ser les actuels pré­ten­dants à la magis­tra­ture suprême.

                                                                 Jean-Pierre Mau­gendre