Philippe de Villiers et le génie de Saint Louis

Nous avons posé trois ques­tions à l’auteur du Roman de Saint Louis qui est déjà un suc­cès de librai­rie. Cet entre­tien fait com­prendre pour­quoi il serait utile de s’inspirer aujourd’hui de l’exemple de ce roi.

Nous atten­dons un public très nom­breux le 8 décembre lors de la 22è Fête du Livre à Grand’Maisons (Vil­le­preux) pour écou­ter Phi­lippe de Vil­liers pour­suivre cet entre­tien sur son livre, dédi­ca­cer ce der­nier et répondre à vos ques­tions.Renais­sance Catho­lique : Pour­quoi avoir écrit Le roman de Saint Louis ?

Phi­lippe de Vil­liers : J’ai écrit ce livre (1) à l’occasion du 800ème anni­ver­saire de la nais­sance de Saint Louis comme le jour­nal intime d’un grand carac­tère. Quand la mai­son s’écroule, il est urgent d’aller cher­cher un mur por­teur. Le mur por­teur de la France, c’est Saint Louis. En effet, il porte encore aujourd’hui l’idée qu’on se fait de la légi­ti­mi­té, de la digni­té, de la jus­tice. J’ai écrit aus­si en pen­sant aux nou­velles géné­ra­tions qui voient la France choir et la gent poli­tique se traî­ner au cani­veau. Ce livre se veut un retour à la source pri­mor­diale à laquelle buvait l’Occident lorsque, croyant en lui, il se construi­sait sans se mépri­ser. villiers2-2.jpg

Je l’ai écrit comme une cinés­cé­nie lit­té­raire. J’ai char­gé ma plume d’une encre 3D pour y mettre le relief, la cou­leur, le suc qui donnent au récit une urgence vitale. Par­fois, j’ai écrit avec les mots du Moyen ge parce que cette langue est plus expres­sive que le fran­çais asep­ti­sé d’aujourd’hui, pas­sé au micro-ondes de la socié­té média­tique. J’ai vou­lu dépo­ser le vitrail de Saint Louis. Je l’ai ensuite remon­té en m’assurant que le livre le fai­sait à nou­veau res­pi­rer. Je vou­lais retrou­ver un Saint Louis vivant, vibrant, pétri d’humanité.

RC : Quel a été l’accueil de ses pre­miers lec­teurs et com­men­ta­teurs ?

Ph. de V. : L’accueil des pre­miers lec­teurs et com­men­ta­teurs a été remar­quable. Le livre flambe. En quelques heures, il a décol­lé. Sans doute parce que, dans cette période de désar­roi, c’est un livre qui traite autant de notre aujourd’hui que de cette his­toire loin­taine et fas­ci­nante. J’ai vou­lu que ce livre fût un guide de sur­vie et aus­si un manuel de gou­ver­nance, un psau­tier du sur­saut pour les veilleurs.

Saint Louis a tra­mé deux vies dans la même et il en a lais­sé le fil à la médi­ta­tion de celui qui, échap­pant au vacarme, est encore capable de réflé­chir. Il ne res­semble à per­sonne et pour­tant cha­cun lui res­semble un peu. C’est un roi d’apogée, un roi d’altitude qui nous tire vers les éthers. Mais c’est aus­si un roi de souf­france et d’échecs. Dans la val­lée des larmes qu’il tra­verse, il nous laisse en dépôt son huma­ni­té. Dans l’épreuve et l’adversité, il porte une part de nous-mêmes. Il connaît l’hésitation, le doute et jusqu’à la ten­ta­tion d’abdiquer. Il apprend aus­si l’amour, les riva­li­tés de famille, l’omniprésence de la tra­hi­son et de la lâche­té autour de lui.

Et fina­le­ment, ce roi-là va finir comme un nomade, bat­tu par les vents de sable, allon­gé dans une longue che­mise de lin trem­pée, les bras en croix sur un lit de cendre, confi­gu­ré au Roi des rois : roi de pous­sière qui retourne à la pous­sière. Il va cher­cher sa sain­te­té dans son huma­ni­té. Il n’est pas sur­hu­main. Il ajoute sim­ple­ment à sa nature d’homme pro­fond un peu plus de véri­té, de beau­té, de cha­risme et de gran­deur.

RC : Quelles leçons les par­ti­ci­pants de notre Fête du Livre qui vien­dront vous écou­ter le 8 décembre peuvent déjà tirer de ce livre ?

Ph. de V. : Ils peuvent tirer de ce livre des leçons de vie, des leçons de poli­tique et de méta­po­li­tique. J’ai vou­lu faire appa­raître Saint Louis comme un roi vision­naire. Il fut de son temps et de tous les temps. Sa pen­sée oscil­la toute sa vie entre les deux Jéru­sa­lem : la céleste et la ter­restre. Il fut un roi d’anticipation. Il voyait plus tôt que les autres ce qui affleu­rait. Der­rière l’État féo­dal, il a vu poindre l’État moderne avec la loi sous­traite à la cou­tume, la jus­tice sous­traite aux barons, la mon­naie reti­rée aux sei­gneu­ries, le droit de décla­rer la guerre inter­dit à ses vas­saux. Der­rière l’Église pos­sé­dante, il vit émer­ger et favo­ri­sa l’Église men­diante. Der­rière la croi­sade, il vit affleu­rer la mis­sion de conver­sion en pen­sant que la langue de feu des apôtres irait plus loin que le feu gré­geois des arba­lé­triers. Et il com­prit qu’il fal­lait ordon­ner l’art du gou­ver­ne­ment au gou­ver­ne­ment des arts. Il enlu­mi­na son royaume, comme un copiste au secret de sa plume d’or, de mou­tiers, d’abbayes et de mai­sons-Dieu.

On parle aujourd’hui du « siècle de Saint Louis » ; j’ai vou­lu faire com­prendre l’accord pro­fond entre un règne et un royaume.

Saint Louis, c’est tout à la fois le rayon­ne­ment de l’art gothique, pre­mier pro­duit d’exportation de la France – toute l’Europe s’arrache nos archi­tectes de cathé­drales -, la gloire de l’Université de Paris – la pre­mière uni­ver­si­té du monde -, l’expansion de la langue fran­çaise, la créa­tion du pre­mier sys­tème hos­pi­ta­lier du monde : les pauvres furent ses com­men­saux.

La moder­ni­té de Saint Louis est impres­sion­nante. C’est le pre­mier chef d’État qui inter­dit les cadeaux aux offi­ciers royaux, les baillis et les pré­vôts. C’est aus­si un roi de la Croi­sade. Il connaît le dji­had et il le com­bat. La Croi­sade n’est pas pour lui une guerre d’agression mais de légi­time défense, c’est-à-dire la recon­quête du ber­ceau du chris­tia­nisme, le lieu même où le Christ est mort et res­sus­ci­té. Pour lui, la fron­tière de la chré­tien­té latine est le Jour­dain. Il assume tout de ce qu’il est et il est le bou­clier de la chris­tia­ni­tas.

Dans toutes les contro­verses de son temps, Saint Louis montre qu’il a l’esprit clair. Il voit bien le carac­tère irré­duc­tible du chris­tia­nisme à l’islam. Dans son entre­vue de Clu­ny avec le pape, il déve­loppe son idée de la laï­ci­té : le tem­po­rel et le spi­ri­tuel doivent s’irriguer l’un l’autre mais ils ne doivent pas se confondre et il ose dire au pape : « Vous n’êtes pas là pour dépo­ser les empe­reurs et les rois. » Il ne recon­naît aucun supé­rieur en son royaume au tem­po­rel. Toute sa vie, il culti­ve­ra la leçon de son grand-père Phi­lipe Auguste, la leçon de Bou­vines : « Pro­tège les faibles, ils te pro­té­ge­ront. »

Il laisse la trace d’un roi qui a su réunir sur lui la potes­tas et l’auc­to­ri­tas. Quand on voit le spec­tacle lamen­table de la vie poli­tique de notre quo­ti­dien, on ne peut pas ne pas son­ger à la pente des­cen­due : pour Saint Louis, le pou­voir était un ser­vice, aujourd’hui, pour les poli­ti­ciens, il est une consom­ma­tion, dont ils n’ont gar­dé d’ailleurs que les appa­rences pour mieux en jouir. La potes­tas est par­tie à Bruxelles et l’auc­to­ri­tas dans les médias. Louis IX – Hol­lande 1er : le roi est nu. Fer­mez le ban !

Phi­lippe de Vil­liers

(1) Le roman de Saint Louis, Albin Michel, 528 pages, 22 €.


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1 réponse

  1. wylleman maurice dit :

    Phi­lippe de Vil­liers et le génie de Saint Louis
    Phil­lipe de Vil­liers apporte par ses livres sur Cha­rette et Saint Louis l’idée qu’il s’est fait de la Vendée et de la France.….terrible contraste avec l’esprit de nos médiocres gou­ver­nants depuis le départ du général De Gaulle…
    Il nous reste l’espérance -Celle de Charles Péguy -qui for­ti­fie notre foi pour la France et son éternité.