On est puni par où l’on a péché.

Par un été aus­si cani­cu­laire que le nôtre il y a tout juste cin­quante-quatre ans c’est déjà l’Islam, indi­rec­te­ment, qui fai­sait la une de l’actualité esti­vale avec l’indépendance de l’Algérie le 3 juillet 1962. Épi­logue san­glant d’une guerre qui fit en quelques mois plus de vic­times que n’en avaient cau­sées les huit années pré­cé­dentes.

L’exode de l’été 1962

Aus­si­tôt se met­tait en place, avec la com­pli­ci­té pas­sive des auto­ri­tés gaul­listes, un pro­ces­sus d’épuration eth­nique et reli­gieuse ini­tié par les mas­sacres d’Oran du 5 juillet qui firent plus de 2 000 vic­times euro­péennes civiles, l’armée fran­çaise res­tant l’arme aux pieds pen­dant les mas­sacres. S’ensuivit l’exil en métro­pole d’un mil­lion de pieds-noirs et le retour au compte-goutte des sup­plé­tifs musul­mans qui avaient ser­vi dans l’armée fran­çaise. En effet les ordres, for­ma­li­sés par des direc­tives offi­cielles, étaient for­mels : désar­mer les har­kis, les aban­don­ner à leur sort et sur­tout ne pas les rapa­trier en métro­pole. 100 000 har­kis et leurs familles furent mas­sa­crés dans des condi­tions de cruau­té indi­cibles (émas­cu­lés, énu­cléés, ébouillan­tés, évis­cé­rés, égor­gés, etc.) pen­dant que 40 000 par­ve­naient à rejoindre la métro­pole grâce à des réseaux orga­ni­sés par leurs offi­ciers.

L’Église et l’Algérie

La pré­dic­tion de 1917 du père de Fou­cauld à René Bazin se réa­li­sait : Ma pen­sée est que si, petit à petit, dou­ce­ment, les musul­mans de notre empire colo­nial du nord de l’Afrique ne se conver­tissent pas, il se pro­dui­ra un mou­ve­ment natio­na­liste ana­logue à celui de la Tur­quie (…) Si nous n’avons pas su faire des Fran­çais de ces peuples, ils nous chas­se­ront. Le seul moyen qu’ils deviennent Fran­çais est qu’ils deviennent chré­tiens. Dès la conquête de 1830 l’Église catho­lique avait été en butte à l’hostilité des pou­voirs publics qui crai­gnaient que toute forme de pro­sé­ly­tisme en Algé­rie ne déclenche de nou­velles révoltes. Il n’y eut donc pas, pen­dant cent cin­quante ans, d’action orga­ni­sée d’apostolat des musul­mans et, en consé­quence, très peu de conver­sions. En 1962 l’Église de France ne mit aucun empres­se­ment à accueillir les pieds-noirs, à l’exception notable de Mgr Rod­hain, fon­da­teur du Secours Catho­lique. Elle se refu­sa, ensuite, à toute action orga­ni­sée d’évangélisation des har­kis. Mgr Duval, arche­vêque d’Alger, res­té en Algé­rie après l’indépendance et deve­nu citoyen algé­rien en 1965 reçut la même année, du pape Paul VI, le cha­peau de car­di­nal.

«  Le lâche soulagement » du peuple français

Quant au peuple fran­çais par le vote mas­sif (91% de oui, 9% de non), réser­vé aux métro­po­li­tains, du 1 juillet il avait don­né qui­tus au gou­ver­ne­ment pour mettre en œuvre les accords d’Évian et pro­cé­der à l’abandon de l’Algérie. L’aura du géné­ral De Gaulle avait, seule, per­mis cette issue tra­gique, après une vic­toire mili­taire fran­çaise sur le ter­rain aujourd’hui lar­ge­ment recon­nue. Déchar­gée du poids finan­cier (plan de Constan­tine) et mili­taire (ser­vice mili­taire de dix-huit voire vingt-huit mois) de l’Algérie la France allait pou­voir, enfin, s’adonner aux délices de la socié­té de consom­ma­tion …

Marechal_Juin_-_Bone.jpgDés le 2 juillet le maré­chal Juin, ori­gi­naire de Bône, dépar­te­ment de Constan­tine s’insurgeait et pro­phé­ti­sait : Que les Fran­çais en grande majo­ri­té aient par réfé­ren­dum, confir­mé, approu­vé l’abandon de l’Algérie (…) qu’ils aient ain­si été com­plices du pillage, de la ruine, du mas­sacre des Fran­çais d’Algérie, de leurs familles, de nos frères musul­mans, de nos anciens sol­dats qui avaient une confiance totale en nous et ont été tor­tu­rés, égor­gés dans des cir­cons­tances abo­mi­nables sans que rien n’ait été fait pour les pro­té­ger cela je ne le par­don­ne­rai jamais à mes com­pa­triotes. La France est en état de péché mor­tel. Elle connaî­tra un jour le châ­ti­ment.

Sans doute ce jour est-il venu !

De curieuses déclarations ecclésiales

Le père Bar­rielle, des Coopé­ra­teurs Parois­siaux du Christ-Roi, et pré­di­ca­teur émé­rite des Exer­cices Spi­ri­tuels de saint Ignace rap­pe­lait régu­liè­re­ment à ses retrai­tants : Il n’y a pas de saint bal­lot. Quand on apprend que le ter­rain sur lequel a été bâtie la mos­quée joux­tant l’église dans laquelle a été égor­gé le père Hamel avait été offert gra­cieu­se­ment à la com­mu­nau­té musul­mane par la paroisse, l’incrédulité le dis­pute à l’abattement.

pape_francois_refugies_syriens.jpgLes décla­ra­tions du pape Fran­çois ne sont guère de nature à remon­ter le moral du fidèle catho­lique un peu abat­tu par les révé­la­tions pré­cé­dentes. Je n’aime pas par­ler de vio­lence isla­mique parce qu’en feuille­tant les jour­naux je ne vois tous les jours que des vio­lences même en Ita­lie : celui-là qui tue sa fian­cée, tel autre qui tue sa belle-mère, et un autre…et ce sont des catho­liques bap­ti­sés, hein ! Ce sont des catho­liques vio­lents. Si je parle de vio­lence isla­mique je dois par­ler de vio­lence catho­lique. Non, les musul­mans ne sont pas tous vio­lents, les catho­liques ne sont pas tous vio­lents. Un enfant du caté­chisme sait, ou savait, que celui qui tue sa fian­cée ou sa belle-mère est en contra­dic­tion radi­cale avec l’exemple de la vie du Christ et l’enseignement de l’Église. La vie de Maho­met et le Coran sont en revanche emplis de meurtres et de mas­sacres.

Que le pape Fran­çois n’ait rame­né de son séjour à Les­bos en avril 2016 que des familles de réfu­giés musul­mans ali­mente une incon­tes­table confu­sion.

Épilogue

Sans doute allons-nous vers des jours bien dif­fi­ciles par refus de regar­der la réa­li­té en face. Trans­po­ser nos valeurs à un sys­tème qui lui est, par nature, étran­ger est à la fois une forme sub­tile et per­verse de néo­co­lo­nia­lisme et une erreur cri­mi­nelle. Si l’Église a ces­sé depuis cin­quante ans de pro­cla­mer qu’elle est la seule arche du salut on ne sache pas que l’Islam se soit livré à un tel aggior­na­men­to. Il reste nos­tal­gique d’Al Anda­lus et de la conquête de Byzance en 1453. Il n’y a que Manuel Valls et Flo­rian Phi­lip­pot à croire que la France est atta­quée parce qu’elle serait la Patrie des droits de l’Homme et de la laï­ci­té. Dans tous leurs com­mu­ni­qués les isla­mistes dési­gnent la France comme le pays des croi­sés. Ils nous inter­rogent ain­si sur ce que nous sommes. De la qua­li­té de notre réponse dépend notre capa­ci­té à résis­ter à une offen­sive démo­gra­phique, mili­taire, reli­gieuse et cultu­relle dont la guerre d’Algérie n’était qu’une étape.

Jean-Pierre Mau­gendre.

1 réponse

  1. Cougar dit :

    On est puni par où l’on a péché.
    L’Algérie abandonnée (ou plutôt bradée car l’Armée avait gagné la guerre sur le ter­rain) par De Gaulle. De Gaulle, le grand résistant contre les Français ; et contre les­quels, d’ailleurs, il n’a cessé de com­battre durant sa vie entière ! Suite à ce « lar­gage», l’opprobre jetée sur l’Armée et toutes les valeurs de ser­vice et de sacri­fice qui façonnèrent 15 siècles de notre His­toire. L’apothéose – si l’on ose dire – de 1968 par­ache­va la des­truc­tion. Et il existe encore dans l’Hexagone des nos­tal­giques de l’homme de « Colombey-les-deux-Mosquées » ! Eh bien, ce pays tom­be­ra encore plus bas qu’il n’est. Rien, aucune élection, aucun mou­ve­ment, aucun vÅ“u, aucune prière n’y chan­ge­ra quoi que ce soit. Pour être par­donné, il faut d’abord reconnaître se fautes, et pour reconnaître ses fautes, il faut un peu de mémoire et beau­coup d’humilité.
    Après la guerre de 1870 et les hor­reurs de la Com­mune, les Français bâtirent le Sacré-CÅ“ur : ce qui leur conféra assez de force et de grâces pour vaincre en 1918. Aujourd’hui, nous en sommes à des années-lumière…