Nicolas Sarkozy : une confession sans contrition ni  »¦absolution.

Dans l’hebdomadaire Valeurs Actuelles du 6 août 2015 Nico­las Sar­ko­zy est inter­ro­gé par les jour­na­listes Y. de Ker­drel et G. Lejeune. On peut pen­ser que chaque mot de cet entre­tien, publié sous le titre : La confes­sion, a été soi­gneu­se­ment sou­pe­sé ce qui donne à ce texte une incon­tes­table auto­ri­té pour com­prendre la pen­sée et les pro­jets de l’ancien pré­sident de la Répu­blique. Une bonne confes­sion, cela se pré­pare !

L’aveu des péchés

La pre­mière étape de la confes­sion est l’aveu de ses péchés pré­cé­dé d’un exa­men de conscience sérieux. Or Nico­las Sar­ko­zy n’a pas conscience d’avoir com­mis de faute. En effet : « Je ne dirai jamais que tout a été réus­si. Et il nous fau­dra tirer les leçons de ce qui n’a pas bien fonc­tion­né. » Trois années après son échec l’ancien Pré­sident de la Répu­blique n’a pas eu le temps de faire son exa­men de conscience ! D’ailleurs aurait-il péché que le mari de Car­la Bru­ni ajou­te­rait que ce serait moins que F. Hol­lande : « J’aimerais qu’on com­pare avec le bilan de mon suc­ces­seur, après trois années de man­dat ». Résu­mons cette pre­mière étape de la « confes­sion » sar­ko­zyenne : « Mon père, je ne suis pas un saint mais je n’ai pas eu le temps, depuis trois ans, de prendre du recul afin de savoir si j’avais fait des bêtises. En tout cas si c’était le cas, ces bêtises seraient moins graves que celles accom­plies par mon suc­ces­seur. J’ai peut-être une paille dans l’œil mais lui il a cer­tai­ne­ment une poutre ! »

Notons éga­le­ment qu’il est pos­sible de pécher par omis­sion. Trois mots sont « étran­ge­ment » absents de ce long entre­tien de six pages : Islam, France et Famille.

Le ferme propos

Sans recon­nais­sance de ses fautes le ferme pro­pos de ne plus les renou­ve­ler devient, bien sûr, sans objet. Nous igno­re­rons donc si Nico­las Sar­ko­zy renou­vel­le­rait le hold-up anti-démo­cra­tique qui consis­ta à faire adop­ter par le Congrès en 2008 le trai­té sur la consti­tu­tion euro­péenne qui avait été refu­sé par réfé­ren­dum en 2005, s’il regrette d’avoir eu comme ministre de la culture, Fré­dé­ric Mit­ter­rand, figure emblé­ma­tique de la gauche bobo, socia­liste, homo­sexuel et pédo­phile reven­di­qué selon son auto­bio­gra­phie La mau­vaise vie, s’il est tou­jours contre ce qu’il appe­lait la double peine c’est-à-dire le fait qu’un délin­quant étran­ger soit immé­dia­te­ment expul­sé vers son pays d’origine, s’il estime encore judi­cieuse l’intervention mili­taire de la France en Libye, si la baisse conti­nue des cré­dits de nos forces armées sous son quin­quen­nat témoi­gnait d’une bonne anti­ci­pa­tion des conflits à venir, etc.

Les résolutions

Il res­sort de cette « confes­sion » que Nico­las Sar­ko­zy croit sin­cè­re­ment que la crise que nous vivons est d’abord éco­no­mique et finan­cière. Ce sont donc des mesures éco­no­miques qu’il pré­co­nise pour sor­tir de l’ornière : réforme du code du tra­vail, sim­pli­fi­ca­tions nor­ma­tives, etc. Enfin, bien sûr, notre péni­tent impé­ni­tent ne peut s’empêcher de dire du mal de son voi­sin, en l’occurrence le Front natio­nal. Il rap­pelle sans don­ner aucune expli­ca­tion qu’il a inter­dit tout type d’accord avec ce par­ti, dénon­çant, en fin d’entretien, le « pro­gramme éco­no­mique de Marine Le Pen (…) le même que celui de Mélen­chon ». Le débat est ouvert mais cha­cun peut lire dans le Pro­gramme poli­tique du Front natio­nal au cha­pitre sur le Redres­se­ment éco­no­mique et social § Retraites et dépen­dance : « L’âge légal (de départ à la retraite) sera pro­gres­si­ve­ment rame­né à 60 ans ». C’est un fait.

La pénitence et l’absolution

Il est à craindre, pour lui, que mon­sieur Sar­ko­zy ne puisse béné­fi­cier d’une abso­lu­tion ni de son confes­seur ni du peuple fran­çais. En effet son ferme pro­pos de ne plus renou­ve­ler les erreurs pas­sées semble bien incer­tain. Ain­si concer­nant l’Europe Nico­las Sar­ko­zy déclare : « Le fonc­tion­ne­ment de la zone Euro comme celui de l’Europe doivent être inté­gra­le­ment repen­sés car il nous faut déci­der vite et réagir sans délai ». Le sta­tut de pro­vince fran­çaise de l’Union Euro­péenne dont béné­fi­cie encore notre pays qui n’est plus maître ni de sa mon­naie, ni de sa jus­tice, ni de l’élaboration de ses lois ni de ses enga­ge­ments mili­taires convient tout à fait à l’ancien pré­sident de la Répu­blique. Ce qu’il demande c’est uni­que­ment que les gau­lei­ters Jun­cker, Mer­kel et Schäuble décident plus vite.

Le futur can­di­dat de 2017 dénonce le « déni de réa­li­té ». Il affirme doc­te­ment « Du par­ler vrai naî­tra la confiance ». Il dis­cerne même : « L’inquiétude pro­fonde des Fran­çais sur nos valeurs et notre iden­ti­té » sans jamais cepen­dant défi­nir ces valeurs ni expo­ser par quoi elles pour­raient bien être mena­cées.

Au final tout cela paraît bien nébu­leux. Nico­las Sar­ko­zy semble n’avoir qu’un objec­tif : conqué­rir le pou­voir. Pour le reste on ver­ra après. Alors que nous sommes, même Manuel Valls s’en est aper­çu, à l’heure d’une véri­table « guerre de civi­li­sa­tion » cet entre­tien-confes­sion appa­raît d’une ter­ri­fiante incon­sis­tance face aux enjeux contem­po­rains. Nous vivons une crise majeure : intel­lec­tuelle, morale, spi­ri­tuelle, démo­gra­phique et civi­li­sa­tion­nelle. Face à cela le came­lot qui a déjà fait faillite une fois demande qu’on lui fasse de nou­veau confiance sur un pro­gramme… qui reste à défi­nir.

Allez en paix ?

Sol­li­ci­tant l’absolution du peuple fran­çais pour ses man­que­ments, qui ont été per­çus par cer­tains comme des tra­hi­sons, Nico­las Sar­ko­zy, en fait, conti­nue d’ignorer que le sujet d’angoisse majeur des Fran­çais est l’avenir de la France et la péren­ni­té de leur mode de vie. Il s’est sépa­ré du père Joseph qui, à défaut de lui apprendre à se confes­ser, était en mesure de lui com­mu­ni­quer les attentes et les espoirs du peuple fran­çais. Il n’est certes pas pec­ca­mi­neux d’être marié à une ita­lienne issue de la jet set ni d’être le fils d’un immi­gré hon­grois et d’une fran­co-grecque séfa­rade ; il faut cepen­dant recon­naître que cela rend plus dif­fi­cile l’appréhension des aspi­ra­tions pro­fondes d’un peuple plus que mil­lé­naire ayant don­né nais­sance à la plus ancienne nation d’Europe. Dans leur livre, Le mys­tère Vil­liers, E. Bran­ca et A. Folch rap­portent l’anecdote sui­vante : « Les deux hommes, qui se tutoient, n’ont jamais été intimes. Leur der­nier déjeu­ner com­mun remonte à 1999, peu après les euro­péennes où la liste Pas­qua-Vil­liers avait devan­cé celle du duo Sar­ko­zy-Made­lin. Alors en pleine tra­ver­sée du désert, le dépu­té-maire de Neuilly avait eu cette phrase, à l’adresse du Ven­déen – qui n’est pas prêt de l’oublier : « Tu as de la chance, Phi­lippe, toi tu aimes la France, son his­toire, ses pay­sages. Moi, tout cela me laisse froid. Je ne m’intéresse qu’à l’avenir … » Certes les cou­rants affec­tifs ne s’alimentent ni d’impératifs caté­go­riques ni de leçons de morale cepen­dant dans cer­taines situa­tions le défi­cit affec­tif peut être rédhi­bi­toire

Pour être par­don­né, il faut aimer !