Mobiliser les catholiques pour la Vie,

— Renais­sance Catho­lique orga­nise, cette année encore, pour la 18e fois, une Marche aux flam­beaux pour la vie de la Basi­lique de Notre-Dame-des-Vic­toires à celle du Sacré-Cœur-de-Mont­martre. Quel est l’objectif de cette marche et quels ont été les résul­tats des années pré­cé­dentes ?

— L’avantage et l’inconvénient, conve­nons-en, de notre Marche est qu’elle n’est pas qu’une démarche publique à fina­li­té média­tique. Bien sûr, nous sou­hai­tons que cette mani­fes­ta­tion ras­semble le maxi­mum de per­sonnes et ait un reten­tis­se­ment le plus large pos­sible. Cepen­dant, l’essentiel est ailleurs. Cette marche de prière et de répa­ra­tion por­te­ra des fruits sur­na­tu­rels, mais aus­si natu­rels, à pro­por­tion de la fer­veur et du nombre de per­sonnes qui auront prié aux inten­tions de la défense de la vie humaine inno­cente de la concep­tion à la mort natu­relle ain­si qu’à la défense de la famille consti­tuée par l’union stable d’un homme et d’une femme entou­rés de leurs enfants. Le véri­table et prin­ci­pal ins­ti­ga­teur de la culture de mort est, très logi­que­ment, celui qui est homi­cide depuis le com­men­ce­ment : Satan lui-même. Ne pou­vant atteindre Dieu direc­te­ment, il s’attaque à Sa créa­tion et à l’élément le plus noble de la créa­tion : l’homme. La volon­té de Dieu, et la rai­son de l’incarnation du fils de Dieu, est que s’accomplisse le nombre des élus. Satan met tout en œuvre pour que cet accom­plis­se­ment ne soit pas atteint, d’une part en favo­ri­sant tous les com­por­te­ments qui, déri­vant de l’instinct sexuel, sont fer­més à la pro­créa­tion (homo­sexua­li­té, contra­cep­tion, ona­nisme…), d’autre part en condui­sant à la per­di­tion des être humains déjà conçus par la bana­li­sa­tion et la pro­mo­tion de toutes les formes d’immoralité. Igno­rer la dimen­sion escha­to­lo­gique du com­bat pour la vie c’est, me semble-t-il, pas­ser à côté de la réa­li­té pre­mière des faits et tom­ber dans un des nom­breux pièges de la laï­ci­té. Il n’est pas inutile de rap­pe­ler que pen­dant 18 ans nous avons main­te­nu, qua­si­ment seuls, le flam­beau de la défense de la vie par une mani­fes­ta­tion publique, exemple aujourd’hui heu­reu­se­ment sui­vi par d’autres. Notre ras­sem­ble­ment a son ori­gi­na­li­té propre qui est d’être une démarche mani­fes­te­ment et publi­que­ment catho­lique de prière et de répa­ra­tion. Le col­lec­tif « 30 ans ça suf­fit ! », dont nous fai­sons par­tie, a un objec­tif plus spé­ci­fi­que­ment poli­tique. Quant à la Life parade, son posi­tion­ne­ment se veut plus consen­suel, moins doc­tri­nal et reli­gieux.

— Cette défense de la vie est au cœur de la cam­pagne élec­to­rale pour les élec­tions pré­si­den­tielles amé­ri­caines. En France ce sujet n’est pas un enjeu élec­to­ral. Com­ment expli­quez-vous cette dif­fé­rence de situa­tion ?

— Je dis­cerne trois rai­sons prin­ci­pales.
Le noyau dur de la résis­tance à l’avortement et à la culture de mort est consti­tué aux États-Unis par les Églises évan­gé­listes et l’Église catho­lique. En France il n’y a pas d’Églises évan­gé­listes ayant un poids signi­fi­ca­tif et l’Église catho­lique ne veut pas ren­trer en conflit avec l’État sur les ques­tions de morale. Je n’écarte pas que, consciem­ment ou non, ce soit une forme de recon­nais­sance pour la coges­tion, de l’Église catho­lique en com­mun avec l’État, du sys­tème édu­ca­tif fran­çais. Que vont deve­nir nos écoles, qui sont tout ce qui nous reste de puis­sance et de recon­nais­sance sociale, si nous nous heur­tons de front à la puis­sance publique, pensent peut-être cer­tains ? A ma connais­sance aucun évêque fran­çais n’a refu­sé la com­mu­nion à un homme poli­tique publi­que­ment favo­rable à l’avortement, aucun évêque fran­çais ne par­ti­cipe phy­si­que­ment aux diverses mani­fes­ta­tions publiques orga­ni­sées pour la défense de la vie… Concé­dons cepen­dant que le temps d’une cer­taine forme « d’Église du silence » semble tou­cher à sa fin et que cer­tains évêques parlent désor­mais haut et clair, dans ce domaine, comme Mgr Rey à Fré­jus ou Mgr Cat­te­noz à Avi­gnon.

La seconde rai­son est que plus d’un siècle de sépa­ra­tion de l’Église et de l’État a pro­vo­qué de pro­fonds ravages dans les men­ta­li­tés. Pour beau­coup de nos conci­toyens la loi civile prime effec­ti­ve­ment sur la loi morale, ou plus pré­ci­sé­ment devient moral ce qui est auto­ri­sé par la loi posi­tive ! C’est là l’héritage de la phi­lo­so­phie des Lumières et de la Révo­lu­tion fran­çaise. Remettre en cause la loi civile c’est se com­por­ter en hors-la-loi. La socié­té amé­ri­caine, moins dog­ma­tique, accepte plus faci­le­ment la remise en cause des situa­tions exis­tantes. On observe d’ailleurs qu’une par­tie des mili­tants les plus actifs des mou­ve­ments pro-vie sont des femmes qui ont eu recours à l’avortement et qui, au contact de la réa­li­té des faits, ont décou­vert qu’on leur avait men­ti. Les pro­grès scien­ti­fiques et la bana­li­sa­tion des écho­gra­phies jouent éga­le­ment un rôle de sen­si­bi­li­sa­tion impor­tant sur la prise de conscience du carac­tère humain du fœtus. En France, nous res­tons fidèles au vieux prin­cipe de Rous­seau dans son Intro­duc­tion sur l’origine de l’inégalité par­mi les hommes : « Écar­tons tous les faits ».

Enfin, les États-Unis res­tent un pays de liber­tés et conservent en par­ti­cu­lier, jalou­se­ment, la pos­si­bi­li­té pour les par­ti­cu­liers de faire ce qu’ils veulent de leur argent. La pres­sion fis­cale en France, une des plus éle­vées au monde, fait que c’est en réa­li­té l’État qui décide quelles sont les actions et les œuvres à sou­te­nir et celles qui ne méritent aucune aide. La part de nos reve­nus pré­le­vée par l’État pour faire vivre une admi­nis­tra­tion plé­tho­rique, une Édu­ca­tion natio­nale que nous n’utilisons qua­si­ment pas sauf dans les études supé­rieures, et une mul­ti­tude d’associations et d’organismes sub­ver­sifs (HALDE, Plan­ning fami­lial, Gay Pride…) pour­rait contri­buer –uti­li­sée au ser­vice de la vie– à ren­ver­ser la dic­ta­ture du mora­le­ment cor­rect. Les mou­ve­ments pro-vie aux États-Unis dis­posent, dans une socié­té de liber­té, de moyens finan­ciers sans com­mune mesure avec ceux dont dis­posent les mou­ve­ments pro-vie en France. Nos impôts sub­ven­tionnent régu­liè­re­ment le Plan­ning fami­lial mais jamais la Fon­da­tion Jérôme-Lejeune ! Je lance à cet égard un appel à vos lec­teurs. Le mon­tant des dons que nous rece­vons pour nous aider et cou­vrir les frais de notre marche baisse régu­liè­re­ment. Nous avions obser­vé en 2007 un tas­se­ment de la par­ti­ci­pa­tion des mar­cheurs, vrai­sem­bla­ble­ment dû à la finale de la coupe du monde de rug­by. Nous atten­dons, cette année, un sur­saut quan­ti­ta­tif et finan­cier, qui nous montre la volon­té de la Pro­vi­dence que cette marche per­dure.

— Concrè­te­ment ?

— Le ren­dez-vous est fixé devant la basi­lique Notre-Dame-des-Vic­toires (M° Bourse) à par­tir de 17 h 30, le same­di 11 octobre. Après une prière et la céré­mo­nie de départ nous nous diri­ge­rons, à un rythme de marche per­met­tant aux familles de che­mi­ner pai­si­ble­ment, vers la basi­lique du Sacré-Cœur où nous serons accueillis par un Salut du Saint-Sacre­ment à 20 h. Ce Salut, célé­bré dans la splen­dide basi­lique éle­vée par nos pères après le désastre de Sedan, est tou­jours un moment d’intense émo­tion. C’est aux pieds du Christ, pré­sent sous les appa­rences du pain, que nous venons dépo­ser nos prières et nos sacri­fices, mais aus­si nos com­bats et nos espoirs.

Pro­pos recueillis par Fran­çois Franc
Article extrait de Pré­sent n° 6688 du same­di 4 octobre 2008