Limites et grandeur de la politique

La foire élec­to­rale tem­po­rai­re­ment close, cha­cun est retour­né vaquer à ses occu­pa­tions domes­tiques. Emma­nuel Macron a com­men­cé à déployer, timi­de­ment, le pro­gramme sur lequel il a été élu : réforme du code du tra­vail, aug­men­ta­tion de la CSG, pro­mo­tion de la PMA pour tous, etc. En un refrain déjà mille fois répé­té, les vain­cus des der­nières joutes élec­to­rales se pré­parent pour les pro­chaines échéances et en appellent au ras­sem­ble­ment, cha­cun sou­hai­tant réunir les autres … der­rière lui. Les catho­liques, un peu conscients, s’émeuvent de l’extension de la PMA aux couples de les­biennes, y voyant une rup­ture anthro­po­lo­gique qui a, en fait, déjà eu lieu depuis bien long­temps. Ain­si va, mal, notre vie poli­tique.

Politique d’abord ?

Maurras.jpgLe célèbre slo­gan maur­ras­sien « Poli­tique d’abord », qui consti­tue le titre du cha­pitre VIII de la troi­sième par­tie de La Démo­cra­tie reli­gieuse, est pré­cé­dé de l’éclairant récit des mésa­ven­tures des cloches de Sur­esnes. Une sous­crip­tion venant d’être lan­cée pour rem­pla­cer les cloches de l’église de Sur­esnes, fon­dues pour éri­ger un bronze d’Émile Zola, le maître de Mar­tigues observe à la fois certes la géné­ro­si­té mais aus­si l’inanité du geste. À peine ins­tal­lées, ces cloches pour­ront être léga­le­ment dépo­sées pour « ser­vir à quelque sta­tue du traître Drey­fus ». Une nou­velle sous­crip­tion per­met­tra de réins­tal­ler des cloches qui seront alors envoyées à la fonte « pour la sta­tue équestre du traître Ull­mo » et ain­si de suite. Les fidèles sous­crip­teurs sont alors les « mou­tons tou­jours ton­dus de la pro­tes­ta­tion ora­toire et (les) labo­rieuses four­mis de la recons­truc­tion en vain » alors que « c’est à la place Beau­vau (siège du minis­tère de l’Intérieur) qu’il nous faut por­ter, non pas du bronze, non pas de l’or, mais du fer ».

Maur­ras observe par ailleurs que lorsque les reli­gieux furent chas­sés de France, les catho­liques « ne son­gèrent pas à chas­ser les expul­seurs du pou­voir ; ils s’appliquèrent à trou­ver des biais ingé­nieux pour faire ren­trer les expul­sés en confor­mi­té avec les lois exis­tantes ». Fort de ces obser­va­tions, le diri­geant de l’Action fran­çaise en appelle à un chan­ge­ment de régime et édicte son célèbre Poli­tique d’abord, dont le but ultime est la prise du pou­voir par tous les moyens « même légaux » afin que les cloches de l’église de Sur­esnes ne soient plus mena­cées par un pou­voir poli­tique fon­ciè­re­ment anti-catho­lique. Il n’y a rien à rétor­quer à cela. Il faut cepen­dant obser­ver que la res­tau­ra­tion, en France, par la voie démo­cra­tique, d’une auto­ri­té poli­tique légi­time ani­mée d’un réel sou­ci du bien com­mun se heurte à deux dif­fi­cul­tés majeures. Tout d’abord un sys­tème éta­bli, étran­ger à notre génie natio­nal, qui s’il gou­verne mal se défend bien ayant en par­ti­cu­lier à sa dis­po­si­tion l’ensemble des pou­voirs judi­ciaires, poli­ciers, finan­ciers et média­tiques. Ensuite l’affaissement d’un peuple arra­ché à ses racines, culpa­bi­li­sé par une repen­tance per­ma­nente, abru­ti par le zap­ping Inter­net, ren­du esclave de ses pas­sions consu­mé­ristes, n’ayant plus même l’instinct de sa sur­vie qui s’incarnerait dans la défense réso­lue de son iden­ti­té et la trans­mis­sion géné­reuse de la vie.

Le pari bénédictin

rob_dreher_RC_148_Indica.jpgDepuis plu­sieurs décen­nies, des intel­lec­tuels chré­tiens comme le tchèque Vaclav Ben­da (La polis paral­lèle) ou l’américain Rod Dre­her (Com­ment être chré­tien dans un monde qui ne l’est plus) ont fait le constat que les pou­voirs en place, enne­mis des com­mu­nau­tés natu­relles et des tra­di­tions natio­nales, étaient à la fois irré­for­mables et indé­lo­geables, sauf évé­ne­ments à la fois bru­taux et impré­vus. Pen­sons à la défaite de juin 1940, à la mani­fes­ta­tion du 13 mai 1958 à Alger, à la chute du mur de Ber­lin, etc. Pour ces auteurs, contre la « dis­so­cié­té moderne » dénon­cée par le phi­lo­sophe Mar­cel De Corte, la prio­ri­té est à la recons­ti­tu­tion et au déve­lop­pe­ment de socié­tés natu­relles qui repo­se­ront d’abord sur des familles stables et fécondes. Ces familles, natu­rel­le­ment, et sur­na­tu­rel­le­ment pro­cé­de­ront d’une contre-culture chré­tienne et se tien­dront en dis­si­dence par rap­port à la socié­té moderne post-chré­tienne. L’essentiel est la consti­tu­tion de com­mu­nau­tés réen­ra­ci­nées dans leurs tra­di­tions natio­nales et reli­gieuses, orga­ni­sées autour de leurs églises, leurs écoles, leurs uni­ver­si­tés, leurs entre­prises où se vivent les valeurs de l’Évangile. Rod Dre­her pro­pose ce qu’il nomme « le pari béné­dic­tin » : main­te­nir des îlots de civi­li­sa­tion au milieu de l’ensauvagement géné­ral, comme le fit saint Benoît au VIe siècle alors que l’Empire romain d’Occident s’effondrait sous les assauts des Bar­bares. Il s’agit alors de « vivre dans la véri­té » en accep­tant une forme d’originalité, voire de mar­gi­na­li­sa­tion, inhé­rente à la situa­tion de celui qui cherche à vivre inté­gra­le­ment sa foi dans une socié­té sécu­la­ri­sée en pro­fon­deur.

Tenir les deux bouts de la chaîne

Archimede_148_Indica.jpgGar­dons-nous d’opposer ces deux constats. « Quand Syra­cuse est prise, Archi­mède est égor­gé et tant pis pour le théo­rème » (Maur­ras). Les îlots de chré­tien­té sont néces­saires mais ils ne peuvent se dis­pen­ser de la poli­tique qui a pour voca­tion d’organiser la vie des hommes en com­mun. Une école pros­père peut être sup­pri­mée d’un trait de plume et un vil­lage res­plen­dis­sant rayé de la carte par un rez­zou isla­miste en quelques ins­tants. Bien sûr les erreurs anthro­po­lo­giques et les erre­ments cultu­rels et socié­taux qui minent nos socié­tés ne seront pas réso­lus que par l’élection ! Force est cepen­dant de consta­ter, qu’à contre cou­rant de la déca­dence géné­rale de l’Occident, des gou­ver­ne­ments, régu­liè­re­ment élus, ont entre­pris des œuvres de redres­se­ment natio­nal en Rus­sie, Pologne, Hon­grie, etc. Bien voter, c’est, aujourd’hui, sou­vent gagner un délai pré­cieux avant la « chute finale » qui, à vue humaine, pour­rait prendre la forme d’une sub­mer­sion isla­mo-ter­ro­riste.

Une fois encore, au lieu d’opposer il s’agit de « dis­tin­guer pour unir ». À cha­cun selon son cha­risme propre et les oppor­tu­ni­tés de s’engager là où il esti­me­ra être le plus utile. « Là où vos talents et les besoins du monde se ren­contrent, là se trouve votre voca­tion » (Aris­tote).

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *