Les ennemis de nos ennemis sont-ils nos amis ?

Atta­qué par le sec­taire ministre de l’Intérieur, Dieu­don­né devien­drait ain­si un allié objec­tif de la France franà§aise. Cela n’a aucun sens.


Parmi les retom­bées inat­ten­dues de l’affaire Dieu­don­né, on ne peut nier le regain de com­plai­sance, voire de sym­pa­thie dont le bouf­fon a béné­fi­cié dans les milieux natio­naux voire même catho­liques. Objec­ti­ve­ment atta­qué par la dic­ta­ture socia­liste repré­sen­tée par le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, Dieu­don­né M’Bala M’Bala est deve­nu pour beau­coup le sym­bole de la résis­tance au sys­tème. Il méri­te­rait pour cette rai­son notre consi­dé­ra­tion, voire notre sou­tien.

C’est oublier un peu vite que l’humoriste, adepte de l’humour Canal+, a lar­ge­ment contri­bué, par la déri­sion sys­té­ma­tique, à la remise en cause de toutes les ins­ti­tu­tions et valeurs sur les­quelles repose notre socié­té. La seule dif­fé­rence avec ses com­parses habi­tuels est qu’il est allé, lui, jusqu’au bout de sa logique nihi­liste. Si rien n’est sacré et si rien ne doit échap­per à la déri­sion pour­quoi la shoah serait-elle l’unique sujet dont il serait inter­dit de se moquer et de faire rire ?

Contre l’inconscient, les ombra­geux gar­diens du Temple de la Pen­sée Unique ont ful­mi­né, comme aux plus beaux temps de l’inquisition tant hon­nie, une excom­mu­ni­ca­tion vitan­dus, c’est-à-dire que tout contact avec le cou­pable est inter­dit sous peine d’être soi-même exclu de la com­mu­nion socialo-droit-de-l’hommiste.
Tout cela au grand dam des sou­tiens, fort divers, de l’histrion came­rou­nais : jeunes des ban­lieues ravis de cho­quer le bour­geois blanc, repré­sen­tants de la « France bien éle­vée » pour qui toute vic­time de Manuel Gaz béné­fi­cie d’emblée d’un capi­tal de sym­pa­thie, jeunes natio­naux déra­ci­nés en quête de repères iden­ti­taires pour mar­quer leur refus du pou­voir en place, etc.

Après avoir assis­té, médu­sés, au dyna­mi­tage en règle de tout ce en quoi ils croyaient, cer­tains se sont com­plus dans la joie amère de voir, enfin, mis à mal le der­nier tabou : la sacra­li­sa­tion de la shoah comme l’ultime refuge du sacré et de l’intouchable, le der­nier inter­dit jus­ti­fiant qu’on réprime l’irrespect et l’indélicatesse comme un blas­phème
Atta­qué par le sec­taire ministre de l’Intérieur, Dieu­don­né devien­drait ain­si un allié objec­tif de la France fran­çaise. Cela n’a aucun sens. Comme si la véri­té était le contraire de l’erreur alors que ce contraire est tout au plus une erreur d’un autre ordre.

Staline atta­qué par notre enne­mi Hit­ler en serait-il deve­nu plus fré­quen­table ? Ce n’est pas ce que pen­sait le grand pape Pie XII, à l’inverse des Roo­se­velt, Chur­chill, De Gaulle… Trots­ky, assas­si­né par Sta­line, reste une cra­pule. Dieu­don­né se serait, nous dit-on « conver­ti ». Après nous être réjouis de la conver­sion du pécheur, qu’il nous soit cepen­dant per­mis de juger de son ferme pro­pos sur des actes.

Ne per­dons pas de vue trois réa­li­tés :

- La fameuse que­nelle est une variante du bras d’honneur, voire du doigt d’honneur, ce qui en fait, par nature, un geste obs­cène. Il est déso­lant de le voir se répandre chez des jeunes éle­vés par leurs parents dans le rejet de la vul­ga­ri­té et de la bas­sesse et qui s’y croient auto­ri­sés parce qu’il est sot­te­ment pour­sui­vi par nos adver­saires.

- Faire rire de ce qui ne nous touche pas direc­te­ment, mais qui paraît pré­cieux à d’autres, est une bien pitoyable revanche quand on a soi-même souf­fert des rires d’une foule de sots exci­tée par des gueux.

- La liber­té d’expression n’est pas un abso­lu. « Les doc­trines men­son­gères, peste la plus fatale de toutes pour l’esprit ; (…) les vices qui cor­rompent le cœur et les mœurs, il est juste que l’autorité publique emploie à les sup­pri­mer sa sol­li­ci­tude, afin d’empêcher le mal de s’étendre pour la ruine de la socié­té », enseigne Léon XIII dans Liber­tas Praes­tan­tis­si­mum (20 juin 1888).

Faut-il, plus fon­da­men­ta­le­ment, voler au secours de l’ennemi du sys­tème, sous pré­texte qu’il a été dési­gné à notre sym­pa­thie par ce même sys­tème ? N’est-ce pas consen­tir à ce que, après avoir pré­ten­du dési­gner nos lea­ders natu­rels (ceux qui « passent bien à la télé », quand même ils n’ont plus tout à fait nos idées), l’appareil de l’État nous choi­sisse désor­mais nos amis et nous dicte nos mots d’ordre, quand même ceux-ci seraient com­plè­te­ments étran­gers à nos convic­tions pro­fondes ?

Les démê­lés de Dieu­don­né avec Manuel Valls ne nous concernent pas. La résis­tance au sys­tème qui s’acharne à détruire la France ne passe pas plus aujourd’hui par la pra­tique de la que­nelle qu’elle ne pas­sait hier par la col­la­bo­ra­tion avec le nazisme, sous pré­texte qu’il était l’ennemi de nos adver­saires.

La résis­tance au sys­tème passe par la fidé­li­té à notre tra­di­tion natio­nale et reli­gieuse. Elle est sans doute moins ludique et moins osten­ta­toire, moins roman­tique qu’une adhé­sion com­pul­sive à des pro­vo­ca­tions brouillonnes. Elle est cepen­dant autre­ment féconde et méri­toire.

Jean-Pierre Mau­gendre

3 réponses

  1. saucissoche dit :

    Les enne­mis de nos enne­mis sont-ils nos amis ?
    Mer­ci bcp .
    Et en effet on com­prend mieux son double lan­gage qu’il cache aux français, par son petit côté musul­man « les chrétiens qui sont aujourd’hui per­dus doivent rejoindre l’islam,[..] ouvert qu’à lancé l’imam Kho­mei­ni [dans ce mvt de révolutions]» et par sa volonté de choc des civi­li­sa­tions manichéen antisémite à sa façade anti­sio­niste.

    Inter­view de Dieu­donné MBa­la MBa­la a la TV ira­nienne SAHAR 1/​2

    Inter­view de Dieu­donné MBa­la MBa­la a la TV ira­nienne SAHAR 2/​2

  2. Lahaz dit :

    Les enne­mis de nos enne­mis sont-ils nos amis ?
    Bien vu, bien dit. Mer­ci Jean-Pierre
    E Tou­zot

  3. José dit :

    Les enne­mis de nos enne­mis sont-ils nos amis ?
    Mon­sieur Mau­gendre,

    Pour une fois je ne serait pas d’accord avec vous, mal­gré votre argu­men­ta­tion et votre éloquence.
    je passe sur le terme « bouf­fon», qui rabaisse l’argumentaire à celui d’un jeune de ban­lieue, et j’en vient au fait : la proxi­mité idéologique plus ou moins éloignée du catho­li­cisme, dont vous faites l’argument de votre démonstration, n’est qu’un élément secon­daire dans cette affaire. Le fait est que le procès admi­nis­tra­tif et judi­ciaire qui est fait à Dieu­donné est à la fois illégal, non fondé et injuste. Peu importe ses idées, qui sont les siennes et que l’on n’est pas obligé de cau­tion­ner, il reste que c’est la liberté de s’exprimer, même des idio­ties ou des erreurs, qui est en jeu : en soit cela fait de lui une per­sonne à sou­te­nir dans son droit à s’exprimer tel qu’il l’entend.
    Pour retour­ner votre argu­ment, c’est comme si les américains ne vou­draient pas faire la guerre à Hit­ler parce que l’on allait être iden­ti­fié à Sta­line qui lui fai­sait la guerre. Car lais­sez faire c’est créer un précédent, c’est jus­ti­fier qu’un jour ce soit Renais­sance Catho­lique qui soit dia­bo­lisé. Et de vous désolidariser de sa liberté d’expression pour des rai­sons secon­daires ne vous fera pas mieux voir par le pou­voir, car le pou­voir n’a que faire de votre sou­tien, il ne vous en méprisera d’autant.
    Votre cita­tion de Léon XIII n’est pas per­ti­nente car Dieu­donné n’a pas de « doc­trine», c’est un simple
    humo­riste, à moins que ce qu’il révèle avec humour soit une vérité que vous ne vou­lez pas non plus entendre ?
    Il me semble que vous tom­ber dans le tra­vers du « Qui veut faire l’ange fait la bête » !
    M. Yves le Gal­lou ne dirait je pense pas autre­ment, et je vous livre son ana­lyse sur la dia­bo­li­sa­tion, qui peux très bien s’appliquer au cas Dieu­donné, et au tra­vers dont me parait souf­frir votre édito :http://www.ndf.fr/poing-de-vue/17–10-2013/dissidents-toutes-tendances-unissez
    Que Dieu nous garde !
    José