Les Droits de l’homme et la souffrance des hommes (2)

Nous pour­sui­vons la publi­ca­tion de la com­mu­ni­ca­tion don­née par le Pré­sident de Renais­sance Catho­lique lors du Congrès de Lais­sez-Les-Vivre SOS Futures Mères, le 16 février der­nier à  Paris.

La souffrance des hommes

Quels sont les résul­tats de ces nou­veaux prin­cipes ? Ont-ils appor­té un bon­heur sans mélange à des popu­la­tions autre­fois « abru­ties » par la reli­gion et « oppri­mées » par des classes pos­sé­dantes insa­tiables ?

Pre­nons quelques chiffres dont il est légi­time de pen­ser qu’ils ne sont pas sans lien avec le bien-être ou le mal-être de nos contem­po­rains :

– Il y a en France, annuel­le­ment, plus de vic­times de sui­cides que d’accidents de la route, et le sui­cide est la pre­mière cause de mor­ta­li­té chez les 15–35 ans.

– Un mariage sur deux débouche sur un divorce.

– Une femme sur deux a avor­té.

– Plus de 200 000 avor­te­ments sont pra­ti­qués chaque année.

– 90 % des femmes sexuel­le­ment actives sont sous contra­cep­tion.

– Le syn­drome post-avor­te­ment n’en est qu’à ses pré­mices média­tiques et phy­sio­lo­giques et sera cer­tai­ne­ment un des élé­ments mar­quants des socié­tés futures.

– La pilule contra­cep­tive, qui était le sym­bole et le moyen de la « libé­ra­tion » de la femme, « un enfant si je veux, quand je veux, comme je veux », s’avère une ter­rible bombe à retar­de­ment ayant déjà pro­vo­qué le décès de plu­sieurs cen­taines d’utilisatrices. Nous n’en sommes là aus­si qu’au début de ses dom­mages col­la­té­raux.

– Un enfant sur cinq est éle­vé par un seul parent.

– Un enfant sur dix vit dans une famille recom­po­sée.

– Des mala­dies nou­velles sont appa­rues, dont le sida est la plus emblé­ma­tique. Mala­die qui affecte de manière par­ti­cu­liè­re­ment forte et dis­cri­mi­nante la com­mu­nau­té homo­sexuelle. En France, un nou­veau cas de sida sur deux est attri­bué à un membre de la com­mu­nau­té homo­sexuelle.planning_familial.jpg

Et si, au final, les Droits de l’homme se rame­naient à une chose bien simple, vigou­reu­se­ment fus­ti­gée par Ber­na­nos dans La grande peur des bien-pen­sants : « En réa­li­té la socié­té actuelle, socié­té de tran­si­tion, de com­pro­mis, dite moderne, n’a aucun plan, ne pose aucun but déter­mi­né, sinon celui de durer le plus long­temps pos­sible grâce à la méthode qui l’a ser­vie jusqu’ici, celle d’un dégoû­tant empi­risme. Après un siècle et demi elle souffre encore, elle souf­fri­ra tou­jours de sa tare ori­gi­nelle et d’avoir été pre­miè­re­ment conçue par des femmes qua­dra­gé­naires et par des cuistres, entre deux culbutes amou­reuses. Phi­lo­sophes à per­ruques et à jar­re­tières, bour­geoises opu­lentes, mar­quises vol­ca­niques, fortes et poi­lues comme des hommes, capables de cro­quer chaque jour un bar­ba­cole au des­sert, toute cette canaille dorée de mil sept cent qua­rante, pour­rie jusqu’à l’os du crou­pion, man­gée vive par les chancres et les gommes, et qui laisse dans l’histoire une odeur de culottes sus­pectes et de seins gras, n’avait sérieu­se­ment ser­vi, sous des noms divers, que la libé­ra­tion de la bra­guette. »
Bernanos.jpgAu-delà du lyrisme ber­na­no­sien, com­ment se fait-il que la reli­gion des Droits de l’homme, car c’en est une, avec « ses rites, (les élec­tions, les mani­fes­ta­tions de rue), ses grands prêtres (le pré­sen­ta­teur du jour­nal télé­vi­sé de 20 heures, les édi­to­ria­listes de la grande presse), ses mythes fon­da­teurs (la Révo­lu­tion fran­çaise, mai 68…), ses saints laïcs (Jean Jau­rès, le Mahat­ma Gand­hi, Che Gue­va­ra, Nel­son Man­de­la, Sté­phane Hes­sel…), ses péchés irré­mis­sibles (le fas­cisme, le racisme, l’intolérance…) et bien sûr sa Sainte Inqui­si­tion, char­gée de brû­ler en place publique les œuvres de ceux qui sont rétifs à l’ordre démo­cra­tique domi­nant. » Com­ment se fait-il que la Ter­reur et le mal­heur suivent de si près la Décla­ra­tion et la pro­cla­ma­tion des Droits sou­ve­rains de l’homme sans Dieu pour abou­tir, aujourd’hui, au pseu­do mariage de deux femmes ou de deux hommes entre eux ou elles et, demain, à la même sima­grée entre un homme et deux femmes ou une femme et un chim­pan­zé… « puisqu’ils s’aiment » ?

La loi naturelle

Il semble que la rai­son essen­tielle de ces aber­ra­tions soit très simple. Il existe des lois sociales aus­si impla­cables que les lois phy­siques. Il ne vien­drait à l’idée de per­sonne, doué de rai­son, de se jeter du pre­mier étage de la tour Eif­fel sous pré­texte que la loi de la gra­vi­ta­tion uni­ver­selle est une into­lé­rable atteinte à sa digni­té et à sa volon­té de voler comme les oiseaux, puisque l’observation de la réa­li­té nous a depuis long­temps démon­tré qu’il est pos­sible de se mou­voir dans l’espace aérien tout en étant plus lourd que l’air. Celui qui ne res­pecte pas cette loi se condamne à quelques décon­ve­nues et ce n’est qu’en connais­sant cette loi qu’il sera pos­sible, dans une cer­taine mesure, de s’en affran­chir.

S’il existe des lois régis­sant la vie des hommes en socié­té c’est parce qu’il existe une nature humaine. Or les Droits de l’homme, qui sont sur­tout l’exaltation de l’individualisme hédo­niste sans frein, ne prennent pas en compte la nature sociale de l’homme. C’est cet homme moderne « né enfant trou­vé et mort céli­ba­taire », selon l’expression d’Ernest Renan, qui refuse toute déter­mi­na­tion : celle de l’histoire, de la langue et de la famille, et même, aujourd’hui, celle du sexe. L’homme des droits de l’homme se suf­fit à lui-même. Or telle n’est pas la nature de l’homme. Il est au contraire le plus dépen­dant des êtres du monde ani­mal.
Nous lisons ain­si, sous la plume de Charles Maur­ras dans la Pré­face de Mes idées poli­tiques ces pro­pos très éclai­rants : « Le petit pous­sin brise sa coquille et se met à cou­rir. Peu de chose lui manque pour crier : « je suis libre »… Mais le petit homme ?

Au petit homme, il manque tout. Bien avant de cou­rir, il a besoin d’être tiré de sa mère, lavé, cou­vert, nour­ri. Avant que d’être ins­truit des pre­miers pas, des pre­miers mots, il doit être gar­dé de risques mor­tels. Le peu qu’il a d’instinct est impuis­sant à lui pro­cu­rer les soins néces­saires, il faut qu’il les reçoive, tout ordon­nés, d’autrui.

Il est né. Sa volon­té n’est pas née, ni son action pro­pre­ment dite. Il n’a pas dit Je ni Moi, et il en est fort loin, qu’un cercle de rapides actions pré­ve­nantes s’est des­si­né autour de lui. Le petit homme presque inerte, qui péri­rait s’il affron­tait la nature brute, est reçu dans l’enceinte d’une autre nature empres­sée, clé­mente et humaine : il ne vit que parce qu’il en est le petit citoyen. mes_idees_politiques.jpg

Son exis­tence a com­men­cé par cet afflux de ser­vices exté­rieurs gra­tuits. Son compte s’ouvre par des libé­ra­li­tés dont il a le pro­fit sans avoir pu les méri­ter, ni même y aider par une prière, il n’en a rien pu deman­der ni dési­rer, ses besoins ne lui sont pas révé­lés encore. Des années pas­se­ront avant que la mémoire et la rai­son acquises viennent lui pro­po­ser aucun débit com­pen­sa­teur. Cepen­dant, à la pre­mière minute du pre­mier jour, quand toute vie per­son­nelle est fort étran­gère à son corps, qui res­semble à celui d’une petite bête, il attire et concentre les fatigues d’un groupe dont il dépend autant que de sa mère lorsqu’il était enfer­mé dans son sein.

Cette acti­vi­té sociale a donc pour pre­mier carac­tère de ne com­por­ter aucun degré de réci­pro­ci­té. Elle est à sens unique, elle pro­vient d’un même terme. Quant au terme que l’enfant figure, il est muet, infans, et dénué de liber­té comme de pou­voir ; le groupe auquel il par­ti­cipe est par­fai­te­ment pur de toute éga­li­té : aucun pacte pos­sible, rien qui res­semble à un contrat. Ces accords moraux veulent que l’on soit deux. Le moral de l’un n’existe pas encore. »

(à suivre)