Les derniers Jours : la fin de l’empire romain d’Occident, par Michel De Jaeghere



Si vous ne voyez pas la vidéo, vous pou­vez cli­quer sur le lien sui­vant : http://youtu.be/H73WYvQh0cA


Retrou­vez Michel De Jae­ghere à la 23e Fête du Livre de Renais­sance Catho­lique, le dimanche 7 décembre 2014 à Grand’Maisons (Vil­le­preux) où il dédi­ca­ce­ra ses ouvrages.


Vous venez de publier Les der­niers jours : la fin de l’Empire romain d’Occident. Pour quelle rai­son avez-vous écrit ce livre ?

Michel De Jae­ghere : Il me semble que si l’histoire a une uti­li­té, un sens, c’est de nous per­mettre de réflé­chir sur le pas­sé et éven­tuel­le­ment pour en tirer des leçons pour l’avenir ; et pour tirer des leçons de l’histoire, il faut savoir com­ment les choses se sont pas­sées exac­te­ment. C’est pour ça que j’ai écrit Les der­niers jours, ce livre qui est un récit du der­nier siècle de l’Empire romain, des inva­sions bar­bares et des méca­nismes qui pro­gres­si­ve­ment ont conduit à la dis­lo­ca­tion de l’Empire romain d’Occident. Ce sujet n’a-t-il pas déjà été abor­dé par d’autres his­to­riens ?

L’histoire de la chute de l’Empire romain a été magni­fi­que­ment racon­tée au XVIIIe siècle par l’historien bri­tan­nique Édouard Gib­bon, qui avait déve­lop­pé dans un très beau style, une écri­ture très autom­nale, l’idée que le chris­tia­nisme était res­pon­sable du déli­te­ment, de la déca­dence de l’Empire romain et que les bar­bares, au fond, avaient cueilli un orga­nisme en pleine déli­ques­cence du fait de sa chris­tia­ni­sa­tion. Il y a un consen­sus des his­to­riens pour dire que la thèse de Gib­bon ne tient pas la route, parce qu’elle fait fi de la chro­no­lo­gie. En effet, depuis la conver­sion de Constan­tin et le IVe siècle, les scru­pules que cer­tains chré­tiens avaient pu avoir par­fois pour por­ter les armes avaient été balayés, le concile d’Arles en 314 avait même excom­mu­nié les chré­tiens qui refu­se­raient de por­ter les armes au ser­vice de l’Empire. Les Pères de l’Église sont tous des patriotes qui, dans leurs cor­res­pon­dances, dans leurs livres, exaltent le patrio­tisme romain et consi­dèrent au contraire l’Empire romain comme une pré­pa­ra­tion au salut de l’humanité. Donc, l’idée selon laquelle le chris­tia­nisme aurait démo­ra­li­sé l’Empire romain, l’aurait pré­pa­ré à être cueilli par les bar­bares et aurait entre­te­nu un esprit de désar­me­ment et de paci­fisme ne résiste pas à l’analyse hon­nête des sources. C’est un des aspects qu’évidemment je traite dans mon livre.

Par­ta­gez-vous cette ana­lyse sur les causes de la chute de l’Empire romain ?

J’ai tra­vaillé une quin­zaine d’années sur ce sujet et, au bout de quinze ans, ma convic­tion est qu’on ne peut pas affec­ter une cause unique à la chute de l’Empire romain : c’est ce que Paul Veyne appelle une « conca­té­na­tion de causes mul­tiples », dont cer­taines sont impor­tantes, d’autres sont secon­daires, cer­taines sont fon­da­men­tales, d’autres sont acci­den­telles. Si leçon il y a à tirer de la chute de l’Empire romain, elle peut être celle qu’il est très dif­fi­cile ou pro­ba­ble­ment illu­soire de faire sur­vivre une zone de civi­li­sa­tion et de pros­pé­ri­té entou­rée d’une zone d’anarchie tri­bale, parce que les gens qui vivent dans la misère à la péri­phé­rie auront tou­jours ten­dance à essayer par tous les moyens de péné­trer dans la zone de pros­pé­ri­té et, au contraire, les habi­tants de la zone de civi­li­sa­tion et de pros­pé­ri­té étant adon­nés aux dis­ci­plines de la paix sont moins por­tés à la guerre et donc moins prêts à défendre leurs fron­tières que les agres­seurs à les fran­chir.

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