Les bons et les mauvais terroristes :

Depuis les dra­ma­tiques évé­ne­ments des 8, 9 et 10 jan­vier, puis la mani­fes­ta­tion du 11 jan­vier, les appels à l’union natio­nale pour gagner la guerre « contre le ter­ro­risme » se mul­ti­plient. Cer­taines voix auto­ri­sées estiment qu’il n’est pas néces­saire de pré­ci­ser la nature de ce ter­ro­risme dont tout le monde observe cepen­dant qu’il est mené au nom de l’Islam par des musul­mans reven­di­qués. Mrs Fabius et Hol­lande, dont les com­pé­tences reli­gieuses nous avaient échap­pé, déclarent que les auteurs de ces atten­tats ne sont pas des musul­mans mais des « illu­mi­nés », des « fana­tiques ». D’autres affirment que créer un lien entre ter­ro­risme et islam revien­drait à stig­ma­ti­ser les musul­mans, démarche à la fois mal­séante, injuste et contre pro­duc­tive. Tout le monde s’accorde cepen­dant à pro­cla­mer, haut et fort, que le ter­ro­risme est la néga­tion même des valeurs de la démo­cra­tie et de la Répu­blique. Et on ne plai­sante pas avec les valeurs de la Répu­blique comme vient de l’expérimenter, une nou­velle fois, l’histrion Dieu­don­né pour­sui­vi pour apo­lo­gie du ter­ro­risme après avoir décla­ré « Je me sens Char­lie Cou­li­ba­ly ».

Qu’est-ce que le terrorisme ?

Avant de fus­ti­ger, ou non, le ter­ro­risme sans doute convien­drait-il de défi­nir le mot. Selon le Petit Robert le ter­ro­risme est l’ensemble des actes de vio­lence, des atten­tats, des prises d’otages civils qu’une orga­ni­sa­tion poli­tique com­met pour impres­sion­ner un pays (le sien ou un autre). On oppo­se­ra ain­si les actions de guerre qui visent des objec­tifs mili­taires (troupes en cam­pagne, arse­naux, dépôts d’armes…) et les actions ter­ro­ristes qui visent des objec­tifs civils mais aus­si des mili­taires en action non com­bat­tante. Per­sonne ne remet en cause le carac­tère ter­ro­riste de l’attentat qui le 23 octobre 1983, à Bey­routh, coû­ta la vie à cin­quante huit para­chu­tistes fran­çais dans l’explosion de l’immeuble du Drak­kar.Pen­dant des mil­lé­naires les guerres ont oppo­sé des armées plus ou moins régu­lières oppo­sées les unes aux autres. La paix de Dieu, au Moyen-Age, excom­mu­niait les com­bat­tants qui s’en pre­naient aux pay­sans et aux clercs c’est-à-dire aux civils, par oppo­si­tion aux com­bat­tants.

Les « bons » terroristes

La Révo­lu­tion Fran­çaise, parce qu’elle est por­tée par une vision idéo­lo­gique, intro­duit un nou­veau concept de guerre. Il avait exis­té des conflits civi­li­sa­tion­nels (les guerres médiques entre les cités grecques et l’empire perse, les chocs Islam-chré­tien­té, etc.), de simples luttes pour la pré­émi­nence poli­tique, mili­taire ou éco­no­mique (les conflits entre cités grecques, les luttes entre féo­daux au Moyen-Age, etc.) Le pro­jet des révo­lu­tion­naires fran­çais est plus ambi­tieux. Il s’agit de « régé­né­rer l’homme », c’est-à-dire non seule­ment de le sou­mettre phy­si­que­ment, ce que fai­saient toutes les armées en posi­tion de force sur un ter­ri­toire don­né, mais de le faire adhé­rer à l’idéologie du vain­queur. La Répu­blique en dan­ger ins­ti­tu­tion­na­lise la Ter­reur mise en œuvre par le Comi­té de Salut Public à la tête duquel se trouve Robes­pierre. Bon_Terrorisme.jpgLa Ven­dée est exter­mi­née, les colonnes infer­nales ravagent le pays pas­sant au fil de l’épée « bri­gands », femmes et enfants. La réac­tion ther­mi­do­rienne met fin à la Ter­reur mais tout au long du XXe siècle les his­to­riens mar­xistes titu­laires de la chaire d’histoire de la Révo­lu­tion Fran­çaise à la Sor­bonne (Soboul, Mat­thiez, Aulard…) n’auront de cesse de défendre la légi­ti­mi­té de la Ter­reur « pour sau­ver la Révo­lu­tion ». La socié­té fran­çaise reste, aujourd’hui encore, d’une immense com­plai­sance face au ter­ro­risme robes­pier­riste. Le grand lycée d’Arras porte le nom de Robes­pierre ain­si que de très nom­breuses rues de com­munes de gauche (Saint-Denis- 93) comme de droite (Issy-les-Mou­li­neaux- 92). A quand un lycée Koua­chi ?

Lénine ins­ti­tu­tion­na­lise « La ter­reur rouge » en Rus­sie.

Pol Pot pro­cède à l’élimination de 20% de la popu­la­tion khmère, sous les applau­dis­se­ments du quo­ti­dien Le Monde (« Un peuple en liesse accueille ses libé­ra­teurs » titrait le quo­ti­dien de réfé­rence au len­de­main de l’entrée des Khmers rouges dans Phnom Penh le 17 avril 1975) et meurt dans son lit vingt ans après son ren­ver­se­ment.

Pen­dant la seconde guerre mon­diale l’Air Mar­chall Arthur Har­ris, à la tête du Bom­ber Com­mand, orga­nise des « raids de ter­reur » aériens sur l’Allemagne. Il s’agit de bri­ser le moral de la popu­la­tion civile alle­mande et ain­si de la pous­ser à se sou­le­ver contre le régime nazi. L’échec de cette stra­té­gie est total mais se solde néan­moins par la dis­pa­ri­tion de 500 000 vic­times civiles.

Les bom­bar­de­ments ato­miques d’Hiroshima et Naga­sa­ki les 6 et 9 août 1945, seront eux cou­ron­nés de suc­cès, au prix de 200 000 vic­times civiles, condui­sant le Japon à la capi­tu­la­tion.

Les acces­sions à l’indépendance de nom­breux pays d’Afrique ou les chan­ge­ments bru­taux de régimes poli­tiques voient l’arrivée aux postes de res­pon­sa­bi­li­té de nom­breux anciens « ter­ro­ristes » deve­nus res­pec­tables : Nel­son Man­de­la (diri­geant de l’ANC en Répu­blique Sud-Afri­caine), Houa­ri Bou­me­diéne (diri­geant du FLN en Algé­rie), Robert Muga­bé (diri­geant de la ZANU au Zim­babwé, Yitz­hak Sha­mir (diri­geant du groupe Stern en Israël), Yas­ser Ara­fat (diri­geant de l’OLP en Pales­tine). Les exemples sont innom­brables.

Les mauvais terroristes

Cepen­dant cette com­plai­sance pour les atten­tats ou les vio­lences ayant fait des vic­times civiles ne sau­rait être géné­ra­li­sée.

Régu­liè­re­ment le Georges Ber­na­nos des Grands cime­tières sous la lune refait sur­face dénon­çant la répres­sion fran­quiste à Majorque.

L’image de l’OAS aura du mal à se défaire des 24 morts de l’attentat du 18 juin 1961 sur le train Stras­bourg-Paris.

Sad­dam Hus­sein puis Bachar-al-Assad furent dia­bo­li­sés pour leurs exac­tions, au demeu­rant tout à fait réelles, contre des popu­la­tions civiles.

Le ter­ro­risme isla­mique est aujourd’hui mis au ban des socié­tés démo­cra­tiques.

Mais quelle dif­fé­rence y a-t-il entre guillo­ti­ner madame Michu qui « n’ayant rien fait contre la Répu­blique, n’a non plus rien fait pour elle » et égor­ger un mécréant dont le seul tort est d’être chré­tien ? Aucune !

Une attitude schizophrénique

L’hypocrisie poli­tique dans laquelle nous vivons est que les actes ter­ro­ristes ne sont plus appré­ciés en fonc­tion de leur nature mais au regard de leur fina­li­té. Pour la vul­gate poli­ti­co média­tique les atten­tats de l’ETA en Espagne sont légi­times, Fran­co régnant, mais deviennent illé­gi­times quand la démo­cra­tie est res­tau­rée à Madrid. Dans un cas la police fran­çaise col­la­bore avec la police espa­gnole dans l’autre non.

Cette posi­tion est intel­lec­tuel­le­ment et mora­le­ment très fra­gile.

Intel­lec­tuel­le­ment le ter­ro­risme est l’arme des faibles : un pou­voir qui se sait mino­ri­taire ou une oppo­si­tion qui n’arrive pas à prendre le des­sus sur son adver­saire. Le plus faible aura beau jeu de dau­ber sur la ver­tu intran­si­geante du plus fort si celui-ci a lui-même usé du ter­ro­risme. Les condam­na­tions ver­tueuses du ter­ro­risme pales­ti­nien par l’état d’Israël perdent de leur cré­di­bi­li­té pour qui a lu la vie et les exploits de Zeev Jabo­tins­ky et de ses émules de l’Irgoun ou du groupe Stern. Le faible qui recou­rait au ter­ro­risme devient le fort qui dénonce le ter­ro­risme des autres, ce qui est logi­que­ment assez dif­fi­cile. Il n’en reste pas moins que cette arme du faible au fort est d’une sin­gu­lière effi­ca­ci­té car elle fait trois vic­times : l’ennemi qui est éli­mi­né, l’observateur qui est ter­ro­ri­sé et le com­plice, plus ou moins volon­taire, qui est impli­qué sans pos­si­bi­li­té de retour en arrière.

revolution-robespierre-lenine.jpgMora­le­ment un acte est objec­ti­ve­ment bon ou mau­vais en lui-même. Tuer un inno­cent pour quelque rai­son que ce soit ne peut jamais être un acte ver­tueux. La concep­tion machia­vé­lienne, pour ne pas dire machia­vé­lique, de la poli­tique selon laquelle : « La fin jus­ti­fie les moyens » est la néga­tion de la jus­tice dans l’ordre social. C’est au nom de len­de­mains radieux à bâtir qu’ont été per­pé­trés les grands mas­sacres de l’époque contem­po­raine. Sous cet aspect l’islamisme est bien, comme l’écrivait Jules Mon­ne­rot, le com­mu­nisme du XXI ème siècle.

Le gou­ver­ne­ment fran­çais gagne­rait en cré­di­bi­li­té et en cohé­rence dans sa lutte contre le ter­ro­risme s’il com­men­çait par jeter à bas les icônes ter­ro­ristes média­tiques aujourd’hui por­tées au pinacle que sont Robes­pierre, Lénine ou le frère No1, alias Pol­pot.

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1 réponse

  1. Dofiar dit :

    Les bons et les mau­vais ter­ro­ristes :
    Excellent article sur ces républicains ter­ro­ristes qui ont sou­mis par le génocide (comme en Orient Maho­met les chrétiens) une France fidèle à son Dieu et à son Roi. Elle l’est tou­jours d’ailleurs : le lavage de cer­veau de l’Éducation natio­nale n’a pas eu les résultats escomptés. Les républicains n’ont seule­ment arrêté le génocide des catho­liques que parce que les francs-maçons se sont aperçus que les mar­tyrs étaient de la semence de Chrétiens (je cite la franc-maçonnerie). Alors, les persécutions ont conti­nué de façon ver­bale pour impo­ser l’athéisme, puis le pro­tes­tan­tisme, enfin l’islam à la Fille aînée de l’Église. « Le Siècle des Lumières n’est en définitive que la conti­nua­tion des Guerres de reli­gion, plus exac­te­ment de l’offensive pro­tes­tante dans les pays demeurés catho­liques, à cette différence que la guerre est deve­nue intel­lec­tuelle.  » (Yves-Marie Ade­line, « His­toire mon­diale des idées poli­tiques ») L’immigrationnisme des gens du Magh­reb et de l’Afrique noire est fait pour cela, car deux génocides en France en 200 ans (la Révolution dite française par les républicains et le nazisme (juifs, prêtres, tzi­ganes, handicapés) pen­dant la Seconde Guerre mon­diale), cela ne suf­fit pas aux républicains, il leur en faut un troisième : le Grand Rem­pla­ce­ment ! « Quand on hait les tyrans, il faut aimer les rois.  » (Vic­tor Hugo) Vive Louis XX ! À bas la république des tyrans !