Les Black Blocs sont plus démocrates que La Manif Pour Tous

Cer­tains esprits se sont éton­nés de la man­sué­tude dont ont béné­fi­cié les émeu­tiers, essen­tiel­le­ment issus du mou­ve­ment d’extrême gauche dit Black Blocs, qui ont sac­ca­gé le centre de Nantes le 22 février der­nier. Cet éton­ne­ment était ren­for­cé par la véri­table per­sé­cu­tion poli­cière et judi­ciaire dont sont, au contraire, vic­times depuis un an les mili­tants de La Manif Pour Tous (LMPT) et, d’une manière géné­rale, les oppo­sants à  la poli­tique de Franà§ois Hol­lande.


Les faits

Rap­pe­lons quelques faits. Le 21 février 2013, Jean-Paul Dele­voye, pré­sident du Conseil Éco­no­mique, Social et Envi­ron­ne­men­tal, déclare irre­ce­vable la péti­tion de 700 000 citoyens deman­dant au Conseil de rendre un avis sur le pro­jet de loi en dis­cus­sion déna­tu­rant le mariage.

Le 24 mars 2013, LMPT, qui ras­semble à Paris 1,5 mil­lion de per­sonnes, donne lieu à des gazages volon­taires de femmes et d’enfants par les forces de police, entraîne 350 inter­pel­la­tions bien qu’aucune vitrine n’ait été bri­sée ni aucune voi­ture incen­diée.

La mani­fes­ta­tion de Jour de Colère qui ras­semble, le 26 jan­vier 2014, près de 20 000 per­sonnes donne lieu à 260 inter­pel­la­tions sans qu’une seule voi­ture ait été rayée. Un ami s’est vu noti­fier comme motif d’interpellation : « Pris dans une nasse… »

Le 22 février 2014, à l’occasion d’une mani­fes­ta­tion contre l’aéroport Notre-Dame-des-Landes ras­sem­blant 20 000 per­sonnes et sou­te­nue par plu­sieurs membres du gou­ver­ne­ment, un mil­lier de ner­vis d’extrême gauche mettent à sac le centre de Nantes avec incen­die de voi­tures, érec­tion de bar­ri­cades, des­truc­tion de vitrines… Il y a 12 inter­pel­la­tions, un juge­ment immé­diat et … une remise en liber­té des pro­ta­go­nistes.

La démo­cra­tie moderne

Manuel Valls n’étant pas spé­cia­le­ment un far­ceur incons­cient, ni sa col­lègue Tau­bi­ra une gagueuse invé­té­rée, il doit bien exis­ter des rai­sons à ces faits, au pre­mier abord incom­pré­hen­sibles, et pour­tant bien conformes à ce qu’est la démo­cra­tie moderne.

Le bon peuple croit que la démo­cra­tie c’est le pou­voir du peuple, par le peuple, pour le peuple, la volon­té du peuple s’exprimant par les élec­tions. Pieuses pen­sées pro­pa­gées par les dévots de la reli­gion démo­cra­tique mais en contra­dic­tion avec la manière dont sont accueillis par les « auto­ri­tés morales » cer­tains votes « non conformes » comme, par exemple, le Non au réfé­ren­dum sur la consti­tu­tion euro­péenne en France en 2005 ou la récente vota­tion suisse sur la limi­ta­tion des droits des immi­grés dans la Confé­dé­ra­tion Hel­vé­tique. Il ne s’agit plus alors, selon la doxa média­tique, de « votes popu­laires » mais de « pul­sions popu­listes » ce qui est tout autre chose…

Cer­tains démo­crates disons « pri­maires » se sont éga­le­ment éton­nés de la faci­li­té avec laquelle ont été pas­sés par pertes et pro­fits les ren­ver­se­ments de gou­ver­ne­ments pour­tant légi­times, plus ou moins démo­cra­ti­que­ment élus, comme ceux de Moha­med Mor­si en Égypte ou Vik­tor Ianou­ko­vitch en Ukraine. Pour­quoi cer­taines mani­fes­ta­tions seraient-elles l’expression d’une réelle volon­té démo­cra­tique et d’autres non ? Pour­quoi le dis­cré­dit de Vik­tor Ianou­ko­vitch devrait-il le contraindre à quit­ter le pou­voir alors que Fran­çois Hol­lande se sou­cie de son impo­pu­la­ri­té comme de sa pre­mière maî­tresse ? Les débats qui ont entou­ré le vote de la loi déna­tu­rant le mariage nous donnent la réponse à ces ques­tions.

La loi civile

Pour la démo­cra­tie moderne, il n’existe rien au-des­sus de la loi civile, expres­sion d’une mys­té­rieuse mais impla­cable « volon­té géné­rale ». « Non à une loi morale qui pri­me­rait la loi civile », décla­rait Jacques Chi­rac en 1995, quelques jours après la pro­mul­ga­tion de l’encyclique Evan­ge­lium Vitæ. La légi­ti­mi­té de ces lois civiles ne repose que sur le res­pect des normes juri­diques de leur éla­bo­ra­tion, qui en consti­tue la seule limite. Le « vrai démo­crate » est ain­si anti-dog­ma­tique par défi­ni­tion. Il refuse, logi­que­ment, tout déter­mi­nisme sexuel, natio­nal, reli­gieux, fami­lial, natio­nal, eth­nique… pre­nant acte, comme l’écrit Caro­line Fou­rest, que « la loi natu­relle est fas­ciste », actua­li­sa­tion du célèbre slo­gan « Ni Dieu ni maître ». Cette défi­ni­tion explique la com­plai­sance dont, depuis ses ori­gines, le com­mu­nisme a béné­fi­cié de la part des démo­crates, fussent-ils chré­tiens. La célèbre for­mule de Jean-Jacques Rous­seau dans le Contrat social : « On le for­ce­ra d’être libre » s’éclaire alors d’un jour nou­veau : libé­rer l’homme c’est l’arracher à tous les déter­mi­nismes et à toutes les iden­ti­tés. Reti­rer l’enfant à sa famille c’est donc, pour un démo­crate consé­quent, le libé­rer. Ain­si, Manuel Valls est-il très nor­ma­le­ment, intel­lec­tuel­le­ment et pra­ti­que­ment, plus proche des émeu­tiers d’extrême gauche avec qui il par­tage une com­mune vision de l’Homme Nou­veau, fruit d’un construc­ti­visme idéo­lo­gique, que des tenants, plus ou moins conscients, de l’existence d’un ordre natu­rel indé­pen­dant de la volon­té humaine et supé­rieur à elle.

Pas de liber­té pour les enne­mis de la liber­té

Les milices d’extrême gauche, ces Black Blocs, ne sont pas l’écume du chan­ge­ment de civi­li­sa­tion en cours. Elles en sont le bras armé comme, à un autre niveau, les élus socia­listes de Jean-Pierre Michel à Erwann Binet, les magis­trats du Syn­di­cat de la magis­tra­ture, les jour­na­listes du Monde ou de Libé­ra­tion, les membres du CESE, etc. Ces anti­fas cas­qués et bot­tés sont les enfants ter­ribles de la gauche. Leur impu­ni­té n’est pas une négli­gence ou une fai­blesse mais une conni­vence poli­tique entre « vrais répu­bli­cains » conscients que « ce qui consti­tue une répu­blique, c’est la des­truc­tion totale de ce qui lui est oppo­sé » (Saint-Just).

À suivre : La Manif Pour Tous est-elle démo­crate ?

Jean-Pierre Mau­gendre

Biblio­gra­phie :

La démo­cra­tie peut-elle deve­nir tota­li­taire ? : [ICI sur le site de Renais­sance Catho­lique

 >https://www.renaissancecatholique.org/La-Democratie-peut-elle-devenir.html]

L’Ordre immo­ral : ICI sur le site de Renais­sance Catho­lique