L’Église et l’immigration

L’histoire a ses lois, aus­si impla­cables et incon­tour­nables que celles de la matière. Par­mi celles-ci, depuis la nuit des temps, il est écrit que les zones riches (ou répu­tées telles) de basse pres­sion démo­gra­phique sont une proie bien ten­tante pour les popu­la­tions issues des zones pauvres de haute pres­sion démo­gra­phique. Ce trans­fert de popu­la­tion s’opère soit paci­fi­que­ment, soit vio­lem­ment. Ain­si, les bar­bares fran­chissent paci­fi­que­ment le limes avant, un jour, de sub­ver­tir Rome. De même du XVIe au XXe siècle, l’Amérique voit affluer un flot conti­nu d’Européens chas­sés de leurs pays par la famine, la misère, la guerre ou la per­sé­cu­tion reli­gieuse. Les mal­heu­reux Amé­rin­diens sont, quant à eux, exter­mi­nés ou par­qués dans des réserves.

À l’époque contem­po­raine, la pen­sée du Magis­tère semble avoir sen­si­ble­ment évo­lué. Léon XIII dans Rerum Nova­rum (15 mai 1891) pose un constat : « Per­sonne ne consen­ti­rait à échan­ger contre une région étran­gère sa patrie et sa terre natale, s’il y trou­vait les moyens de mener une vie plus tolé­rable. » Plus tard Pie XII met­tra en garde contre les égoïsmes natio­naux, rap­pe­lant la des­ti­na­tion uni­ver­selle des biens de la terre. Il écrit aux évêques amé­ri­cains en 1948 : « La domi­na­tion de chaque nation, bien qu’elle doive être res­pec­tée, ne peut être envi­sa­gée au point que, si un endroit quel­conque de la terre offre la pos­si­bi­li­té de faire vivre un grand nombre d’hommes, on n’en inter­di­ra pas, pour des motifs insuf­fi­sants, et pour des causes non jus­ti­fiées, l’accès à des étran­gers néces­si­teux et hon­nêtes, sauf s’il existe des motifs d’utilité publique à peser avec les plus grand scru­pule ». Vingt ans plus tard, ces res­tric­tions « aux motifs d’utilité publique » auront dis­pa­ru de l’encyclique de Paul VI écrite en 1967, Popu­lo­rum Pro­gres­sio. En effet, le § 69 affirme que « le même accueil est dû aux tra­vailleurs immi­grés qui vivent (…) dans des condi­tions sou­vent inhu­maines » sans trai­ter des dif­fi­cul­tés géné­rées pour les pays d’accueil. Toute une géné­ra­tion de laïcs et de clercs s’engouffre dans la brèche.

À l’occasion de l’élection pré­si­den­tielle de 2007, la confé­rence des évêques de France publie la décla­ra­tion « Qu’as-tu fait de ton frère ?» qui, sous cou­leur de tenir la balance égale entre les par­ties est, en fait, un appel, qua­si­ment sans limite, à accueillir toute la misère du monde au nom d’une cha­ri­té com­pas­sion­nelle étran­gère au bien com­mun des pays d’accueil. De ce bien com­mun, il avait pour­tant été ques­tion au § 2241 du Caté­chisme de l’église catho­lique : « Les nations mieux pour­vues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de la sécu­ri­té et des res­sources vitales qu’il ne peut trou­ver dans son pays d’origine. Les pou­voirs publics veille­ront au res­pect du droit natu­rel qui place l’hôte sous la pro­tec­tion de ceux qui le reçoivent.

Les auto­ri­tés poli­tiques peuvent en vue du bien com­mun dont elles ont la charge subor­don­ner l’exercice du droit d’immigration à diverses condi­tions juri­diques, notam­ment au res­pect des devoirs des migrants à l’égard du pays d’adoption. L’immigré est tenu de res­pec­ter avec recon­nais­sance le patri­moine maté­riel et spi­ri­tuel de son pays d’accueil, d’obéir à ses lois et de contri­buer à ses charges. »

Dans Cari­tas in Veri­tate, Benoît XVI demande de « sau­ve­gar­der les exi­gences et les droits des per­sonnes et des familles émi­grées et, en même temps, ceux des socié­tés où arrivent ces mêmes immi­grés » (§62). C’est le bon sens. Cela d’autant plus que ces nou­veaux immi­grés sont de plus en plus nom­breux à être étran­gers à notre civi­li­sa­tion –comme on peut le lire sous la plume de Hou­ria Bou­teld­ja sur le site des Indi­gènes de la Répu­blique : « Aus­si dou­lou­reux que cela puisse être res­sen­ti par les écor­chés du dra­peau et les thu­ri­fé­raires d’une France éter­nelle et gau­loise, nous trans­for­mons la France. En d’autres termes, elle s’intègre à nous (…) Notre simple exis­tence, dou­blée d’un poids démo­gra­phique rela­tif (1 pour 6) afri­ca­nise, ara­bise, ber­bé­rise, créo­lise, isla­mise, noi­rise la fille aînée de l’église, jadis blanche et imma­cu­lée, aus­si sûre­ment que le sac et le res­sac des flots polissent et repo­lissent les blocs de gra­nit aux pré­ten­tions d’éternité.»

Les immi­grés qui, il y a un siècle, rêvaient de deve­nir Fran­çais se sentent et se veulent, pour beau­coup d’entre eux, aujourd’hui étran­gers au des­tin his­to­rique du pays qui les accueille. Il est à craindre que tout cela ne finisse bien tra­gi­que­ment, les pou­voirs publics refu­sant, pour des rai­sons idéo­lo­giques, d’agir sur les trois seuls moyens de cou­per les pompes aspi­rantes de l’immigration :

 relan­cer la nata­li­té fran­çaise,

 réser­ver les aides sociales et fami­liales aux natio­naux fran­çais,

 rendre à leurs pays res­pec­tifs les cadres natio­naux (méde­cins, ingé­nieurs…) sans les­quels aucun déve­lop­pe­ment ne sera pos­sible.

Il y fau­drait plus qu’un chan­ge­ment de poli­tique : une véri­table conver­sion.

Jean-Pierre Mau­gendre

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