Le retour de l’anneau

Il est de bon ton, et le pro­pos n’est pas sans fon­de­ments, de se lamen­ter sur les mal­heurs des temps, de déplo­rer le déclin de la France, de fus­ti­ger les oli­gar­chies qui nous dirigent – on n’ose plus par­ler d’élites lorsqu’un ministre nous parle des « jour­nals » qu’il lit et qu’un autre confond la semaine de Pâques avec la semaine sainte –, etc. Tout cela est vrai ! Cepen­dant, il ne faut jamais perdre de vue que cet état de fait est le fruit d’une lutte qua­si­ment per­ma­nente, depuis plus de deux siècles, des auto­ri­tés poli­tiques et intel­lec­tuelles de notre pays contre l’âme de la France, son His­toire, son peuple, sa mémoire, ses tra­di­tions, ses racines…

Les sursauts français

L’Histoire nous a cepen­dant mon­tré à plu­sieurs reprises que ce peuple que l’on croyait mort n’était, en fait, qu’en dor­mi­tion. Le renou­veau catho­lique du XIXe siècle après les folies révo­lu­tion­naires, le sur­saut de Ver­dun et l’Union sacrée dans les tran­chées après des décen­nies de per­sé­cu­tions anti-catho­liques, l’avènement d’un gou­ver­ne­ment, issu de la Chambre du Front popu­laire, sou­hai­tant la mise en valeur du Tra­vail, de la Famille et de la Patrie, après la pire défaite mili­taire qu’ait jamais subie notre pays, les foules euro­péennes et musul­manes du 13 mai 1958, à Alger, ras­sem­blées autour du pro­jet d’une Algé­rie fran­çaise et fra­ter­nelle ; l’ampleur et la jeu­nesse, en 2013, du mou­ve­ment de résis­tance à la déna­tu­ra­tion du mariage, etc. Tous ces évé­ne­ments se sont pro­duits à contre cou­rant d’un pré­ten­du sens de l’Histoire qui condui­rait irré­sis­ti­ble­ment à l’avènement de l’individu-roi et à la des­truc­tion des com­mu­nau­tés natu­relles et enra­ci­nées. Pen­dant ces années d’épreuve, la Pro­vi­dence ne s’est pas dés­in­té­res­sée du sort de la France. La Très Sainte Vierge Marie se dépla­çant elle-même pour l’appeler à la prière et à la conver­sion en 1871 à Pont­main, en 1876 à Pel­le­voi­sin et en 1947 à L’Île-Bouchard.

Une caste dirigeante indigne

Les classes diri­geantes de notre pays par­tagent ensemble, au mieux une indif­fé­rence polie vis-à-vis d’un héri­tage mul­ti­mil­lé­naire qui les écrase, parce qu’elles sont intel­lec­tuel­le­ment inca­pables de le com­prendre, et spi­ri­tuel­le­ment hors d’état de le vivre ; au pire une haine féroce d’un pas­sé pres­ti­gieux qui les ren­voie à la médio­cri­té de leurs egos hyper­tro­phiés et de leurs com­bines de bou­ti­quiers. L’hostilité au catho­li­cisme reste un mar­queur majeur, au-delà du pré­ten­du cli­vage droite-gauche, entre « hommes de pro­grès ». Les récentes curées, si j’ose dire, média­tiques contre NNSS Aillet et Bar­ba­rin en sont une illus­tra­tion symp­to­ma­tique.

Des familles fidèles

Jeanne_d_Arc_Puy_du_Fou.resized.jpgContre les vents domi­nants de la pen­sée unique, de la faci­li­té et de l’égoïsme triom­phants, des familles de France ont, envers et contre tout, conti­nué à trans­mettre d’abord la vie, ensuite un pré­cieux patri­moine intel­lec­tuel, cultu­rel, spi­ri­tuel mais aus­si maté­riel et fami­lial. Elles ont trans­mis à leurs enfants des repères qui sont des phares dans la tem­pête. Le phare ne peut mettre fin à la tem­pête – seul le Sei­gneur peut l’apaiser –, mais il montre la voie du Salut et signale les écueils à évi­ter. Ces familles, mépri­sées par les auto­ri­tés poli­tiques, long­temps igno­rées – au mieux, par les auto­ri­tés reli­gieuses qui contes­taient l’enseignement d’Humanæ Vitæ – ont main­te­nu dans leurs mains trem­blantes la petite flamme vacillante de la pié­té filiale, de l’espérance sur­na­tu­relle, de la foi inté­grale et de la cha­ri­té agis­sante. Elles ont pré­pa­ré le ter­reau sur lequel pour­ront pous­ser les fleurs de sain­te­té mili­tante qui per­met­tront à la France de renouer avec sa voca­tion de Fille aînée de l’Église. Cepen­dant ne nous leur­rons pas : « Jeanne n’est pas un fruit pure­ment spon­ta­né ; il y avait en France, à l’époque, des mil­liers de familles offrant un ter­rain d’éclosion humai­ne­ment assez riche pour qu’y pût naître une Jeanne d’Arc. » Dom Gérard (Demain la chré­tien­té, Édi­tions Sainte-Made­leine)

Le poids démographique

Or un des aspects majeurs de notre drame est que, dans le choc des civi­li­sa­tions que nous vivons, la sur­vie de la France a repo­sé sur trop peu de familles. Les réa­li­tés démo­gra­phiques sont impla­cables. Le rayon­ne­ment de la France aux XVIIIe et XIXe siècles est en bonne part lié à son poids démo­gra­phique en Europe. En 1800, la France compte 29 mil­lions d’habitants face à 22 mil­lions d’Allemands, dés­unis, 10 mil­lions d’habitants du Royaume Uni et 17 mil­lions d’Italiens, dés­unis. En 1910, la France compte 40 mil­lions d’habitants, l’Allemagne, unie 58 mil­lions, le Royaume Uni 45 mil­lions et l’Italie 34 mil­lions. C’en est irré­mé­dia­ble­ment fini de l’hégémonie fran­çaise en Europe !

Ce qui vaut pour la France en Europe vaut éga­le­ment pour l’Europe dans le monde. L’Algérie qui comp­tait 3 mil­lions d’habitants en 1850 en compte aujourd’hui 40 ; le Maroc est pas­sé de 6 mil­lions en 1900 à 33 mil­lions en 2016 ; l’Égypte est pas­sée en un siècle de 10 à 80 mil­lions d’habitants, etc. Sauf miracle, immé­ri­té, notre ave­nir est écrit dans ces chiffres, dans le silence pesant de l’ensemble des res­pon­sables poli­tiques de tous bords.

Le miracle de l’anneau

Cepen­dant, alors que tout sem­blait écrit, il arrive que l’imprévu sur­gisse en His­toire et modi­fie le cours qui sem­blait iné­luc­table des évè­ne­ments. Ain­si, c’est à l’occasion de la fête des Rameaux – la solen­ni­té litur­gique du Christ, roi des cœurs, des intel­li­gences et des volon­tés –, que Phi­lippe de Vil­liers a ras­sem­blé une foule immense pour accueillir, de retour d’Angleterre, comme il se devait, l’anneau de Jeanne d’Arc au Puy-du-Fou (cf. repor­tage page 8). Il s’agit là de l’unique relique qui nous soit par­ve­nue de la sainte. Qui aurait ima­gi­né, il y a quelques semaines, un évè­ne­ment d’une telle ampleur ? Per­sonne ! Il semble bien que la Pro­vi­dence n’ait pas dit son der­nier mot et qu’elle conti­nue de veiller sur notre pays. Nous hono­re­rons comme il convient, lors de notre pro­chaine Uni­ver­si­té d’été, cette pré­cieuse relique et nous vous invi­tons, dès main­te­nant, à rejoindre « la com­mu­nau­té de l’anneau ».

Jean-Pierre Mau­gendre

Vous aimerez aussi...

1 réponse

  1. Kinga dit :

    Le retour de l’anneau
    Tant que les catho­liques Français, à l’instar de leur gou­ver­ne­ment, lais­se­ront piller économiquement et poli­ti­que­ment le cÅ“ur de l’Europe par leurs alliés alle­mands ou cher­che­ront un salut spi­ri­tuel chez les popes de Pou­tine, ils res­te­ront impuis­sants et de plus en plus méprisés par le monde.

    Car le vrai com­bat pour l’Europe chrétienne, et ô com­bien féroce, est aujourd’hui mené en Hon­grie et en Pologne.

    J’observe avec tris­tesse, et jusque dans nos rangs, le désintérêt et le silence médiatique autour des grandes manÅ“uvres entre­prises par le Par­le­ment Européen en col­la­bo­ra­tion avec les héritiers autoch­tones du com­mu­nisme, pour déstabiliser la Pologne qui s’est dotée d’un président et d’un pre­mier ministre reven­di­quant les racines chrétiennes de leur pays.

    Une nou­velle « drôle de guerre » ?