Le poids des idéologies. Le choc des réalités

Le poids de la pen­sée unique s’avère ter­ri­fiant. Lorsque Jean-Marie Le Méné ose affir­mer qu’il est pour l’avortement zéro dans tous les cas et toutes les cir­cons­tances, ses inter­lo­cu­teurs affirment en res­ter sans voix, avant de se remettre à  débi­ter leur dis­cours idéo­lo­gique. En effet, qui peut s’arroger le droit de déci­der de la vie ou de la mort d’un autre être humain, inno­cent, déjà  exis­tant ? Per­sonne !


La Marche pour la vie du 19 jan­vier der­nier a été mar­quée par une pro­gres­sion très sen­sible du nombre de mar­cheurs cepen­dant que les médias s’enflammaient au sujet du pro­jet de loi débat­tu à l’Assemblée natio­nale, pro­jet pré­voyant d’une part l’abandon de la notion de détresse pour auto­ri­ser le recours à l’avortement et d’autre part l’interdiction « d’empêcher ou de ten­ter d’empêcher de pra­ti­quer ou de s’informer sur une inter­rup­tion de gros­sesse ou les actes préa­lable… » Ces deux évé­ne­ments, sans doute en par­tie liés, ont eu l’immense mérite de remettre sur le devant de la scène la ques­tion de l’avortement.

Le débat sur l’avortement est de retour

Qu’il s’agisse d’une manœuvre poli­ti­cienne pour faire oublier la pro­gres­sion conti­nue du chô­mage et de l’insécurité, les gali­pettes du loca­taire de l’Élysée, la dété­rio­ra­tion régu­lière de nos finances publiques ou la mon­tée des « grognes » sec­to­rielles, cela ne change rien à l’affaire : l’avortement est rede­ve­nu un sujet dont on parle et c’est une bonne nou­velle.

La bataille séman­tique n’a pas été gagnée par les dés­in­for­ma­teurs. Si les élus socia­listes, bien for­ma­tés, ne parlent que d’« IVG », beau­coup de jour­na­listes et d’intervenants emploient le terme d’avortement qui cor­res­pond, lui, aux faits. En effet, le terme IVG est une mani­pu­la­tion de la réa­li­té car une inter­rup­tion (« nous vous prions de nous excu­ser pour cette inter­rup­tion momen­ta­née du son… ») n’est que momen­ta­née alors que l’avortement est, lui, défi­ni­tif.

Le dis­cours idéo­lo­gique mar­tèle que l’avortement est un droit des femmes, remis en cause par une mino­ri­té obs­cu­ran­tiste. Face à cela, le défen­seur de la vie le plus sol­li­ci­té par les médias, Jean-Marie Le Méné (pré­sident de la Fon­da­tion Jérôme-Lejeune) revient en per­ma­nence à la réa­li­té de l’enfant qui existe déjà et il par­vient géné­ra­le­ment à faire admettre à son inter­lo­cu­teur, ou le plus sou­vent inter­lo­cu­trice, qu’il s’agit en fait pour la femme d’avoir la liber­té de « gar­der ou non son enfant » (Axelle Lemaire, dépu­té socia­liste sur BFM-TV le 20 jan­vier). Face à ce fait – l’existence de l’enfant – l’argument est alors sou­vent qu’il faut « s’adapter aux réa­li­tés de la socié­té ». Dans ces condi­tions, il serait logique de léga­li­ser les règle­ments de compte entre truands à Mar­seille ou les tour­nantes en ban­lieue. Quand le fait crée le droit c’est qu’il n’y a plus de droit.

Où sont les pères ?

Un sujet demeure cepen­dant très lar­ge­ment occul­té dans ces débats : c’est la res­pon­sa­bi­li­té du père dans la concep­tion de l’enfant et, par­tant, son rôle ou plu­tôt son absence de rôle dans la prise de déci­sion d’avorter ou non. Il a été abon­dam­ment glo­sé sur les femmes pous­sées à l’avortement par le conjoint, la famille, les amis… C’est une réa­li­té qui en cache une autre, occul­tée celle-là : celle des pères qui auraient vou­lu gar­der leur enfant, car il s’agit aus­si de leur enfant, et qui en ont été empê­chés par la mère qui sou­hai­tait avor­ter. Juri­di­que­ment, les pères n’ont aucun droit sur la vie ou la mort de leur enfant déjà conçu ! Peut-être un amen­de­ment sur ce sujet, au nom de l’égalité homme-femme, eut-il été oppor­tun ?

Le poids de la pen­sée unique s’avère ter­ri­fiant. Lorsque Jean-Marie Le Méné ose affir­mer qu’il est pour l’avortement zéro dans tous les cas et toutes les cir­cons­tances, ses inter­lo­cu­teurs affirment en res­ter sans voix, avant de se remettre à débi­ter leur dis­cours idéo­lo­gique. En effet, qui peut s’arroger le droit de déci­der de la vie ou de la mort d’un autre être humain, inno­cent, déjà exis­tant ? Per­sonne ! On doit cepen­dant obser­ver qu’aucun dépu­té, hor­mis Jacques Bom­pard, n’imagine de reve­nir sur la loi Veil qui semble intou­chable. Nous ne sommes pas en Espagne où le gou­ver­ne­ment pré­voit de faire voter une loi de pro­grès au ser­vice de la défense de la vie.

Alors que toutes les cam­pagnes de pré­ven­tion rou­tière usent et abusent d’une stra­té­gie com­pas­sion­nelle mul­ti­pliant les témoi­gnages de vies bri­sées par un acci­dent de voi­ture, en ce qui concerne l’avortement il est inter­dit de men­tion­ner le cœur de l’enfant qui bat à par­tir de quatre semaines, soit bien avant le terme du délai légal d’IVG, ou le sort des embryons détruits. C’est la dif­fu­sion de ce type d’informations que sou­haite sup­pri­mer, par la loi, Najat Val­laud-Bel­ka­cem dans un déni de réa­li­té typi­que­ment orwel­lien.

Deux logiques incom­pa­tibles

En fait, deux logiques par­fai­te­ment incon­ci­liables s’affrontent.

D’une part une pen­sée réa­liste, confor­tée par les plus récentes décou­vertes scien­ti­fiques, qui prend acte que, dès la concep­tion, se déve­loppe dans le ventre de la femme non une tumeur ou une excrois­sance mais déjà un être humain, dont les poten­tia­li­tés ne ces­se­ront de s’affirmer au fil du temps.

D’autre part une idéo­lo­gie qui fait du droit à l’avortement une « liber­té impres­crip­tible » et une « conquête des femmes », ce qui relève de l’incantation, voire de la pen­sée magique. En rap­pe­lant qu’avorter c’est tuer nous ne bran­dis­sons pas une idée. Nous rap­pe­lons un fait. En effet, nous ne défen­dons pas des idées, nous essayons de prendre en compte la réa­li­té de la nature car nous savons que, si Dieu par­donne tou­jours et l’homme par­fois, la nature elle, ne par­donne jamais ce dont témoignent l’acuité et la recru­des­cence des syn­dromes post-avor­te­ments.

« On ne com­mande à la nature qu’en lui obéis­sant. » (Fran­cis Bacon).

Jean-Pierre Mau­gendre