La France va-t-elle disparaître ?

Quelle histoire ! Vladimir Volkoff aurait-il osé imaginer un tel roman ?

A un mois et demi d’une élec­tion pré­si­den­tielle par­ti­cu­liè­re­ment dis­pu­tée, un tueur « fou » sème la mort. En moins d’une semaine dans le sud de la France, trois para­chu­tistes d’origine magh­ré­bine sont froi­de­ment abat­tus par un tireur iso­lé. Quelques jours plus tard, dans une école juive c’est un rab­bin et trois enfants qui sont assas­si­nés. Existe-t-il un lien entre ces deux affaires ? Nul ne le sait. Les médias, immé­dia­te­ment, dénoncent le « cli­mat de haine et d’intolérance » qui serait à l’origine de telles hor­reurs. Les hommes poli­tiques de gauche et du centre mettent en cause la poli­tique du pré­sident sor­tant, porte-éten­dard de la droite libé­rale, fus­ti­geant sa récu­pé­ra­tion des thèmes de l’extrême droite sur l’identité natio­nale, le contrôle de l’immigration etc. Les juges explorent en prio­ri­té la piste d’anciens mili­taires accu­sés de sym­pa­thies néo-nazies. Une grande mani­fes­ta­tion est annon­cée à l’initiative des res­pon­sables des com­mu­nau­tés juives et musul­manes afin de pro­tes­ter contre ces actes indu­bi­ta­ble­ment racistes eu égard aux spé­ci­fi­ci­tés des per­sonnes assas­si­nées.

Pata­tras ! En quelques jours tout s’effondre.merah.jpgPar­mi les mili­taires tués il y a un kabyle conver­ti au chris­tia­nisme. L’unique tueur en série se révèle être un jeune Fran­çais d’origine algé­rienne qui après avoir fait ses classes au Pakis­tan et en Afgha­nis­tan a déci­dé de mener le dji­had à domi­cile. Iden­ti­fié puis cer­né par les forces de sécu­ri­té, le for­ce­né est abat­tu. Immé­dia­te­ment, la grande mani­fes­ta­tion pré­vue contre le racisme est annu­lée. Des intel­lec­tuels musul­mans s’évertuent à expli­quer que les moti­va­tions du tueur n’étaient abso­lu­ment pas reli­gieuses. Il s’agit uni­que­ment d’une réac­tion face à un cli­mat géné­ral de « mar­gi­na­li­sa­tion » et d’« injus­tice sociale » géné­ra­teur d’« anxié­té », dont est res­pon­sable la socié­té fran­çaise qui ne donne pas leur chance aux jeunes issus de l’immigration. L’ensemble de la classe poli­tique lance des appels au calme, à la digni­té, au refus de la stig­ma­ti­sa­tion de cer­tains en rai­son de leur reli­gion, met en garde contre d’éventuels amal­games entre un cri­mi­nel, certes musul­man, et l’Islam qui reste, fon­da­men­ta­le­ment, une « reli­gion de paix et d’amour. » Le père du tueur qui vit en Algé­rie, et ne s’est jamais occu­pé de son fils, se mani­feste et annonce d’une part qu’il va por­ter plainte contre la France et d’autre part qu’il sou­haite que l’enterrement de son fils n’ait pas lieu en France mais aux envi­rons de Médéa. Les vic­times juives sont quant à elles enter­rées en Israël.

La campagne électorale

Pen­dant ce temps la cam­pagne élec­to­rale se pour­suit. Aucune « mani­fes­ta­tion citoyenne » d’ampleur natio­nale n’est orga­ni­sée repre­nant des slo­gans anciens : « Un dra­peau, trois cou­leurs » fai­sant réfé­rence à la diver­si­té eth­nique des membres de l’Empire colo­nial fran­çais, ou actua­li­sés : « Isla­mistes hors de France ! » ; « chré­tiens, musul­mans, juifs, tous Fran­çais », etc. Vingt années aupa­ra­vant, une pro­fa­na­tion de sépul­tures juives au cime­tière de Car­pen­tras, déjà attri­buée à l’extrême-droite, avait jeté 200 000 per­sonnes, dont le pré­sident de la Répu­blique et le car­di­nal Lus­ti­ger, dans les rues de Paris. Le can­di­dat de la droite natio­nale, pas plus que celui de la droite libé­rale ne semblent, dans les son­dages, béné­fi­cier d’un sur­croît de faveurs. Le seul can­di­dat dont les inten­tions de vote pro­gressent sen­si­ble­ment est celui de l’extrême-gauche, mélange d’apparatchik socia­liste et de tri­bun révo­lu­tion­naire, allié au Par­ti com­mu­niste. Il excelle à flat­ter les pas­sions des foules qui le suivent : “tri­co­teuses” hai­neuses qui veulent faire payer les riches avant de les guillo­ti­ner, mili­tants révo­lu­tion­naires, mais employés de La Poste ou du Cré­dit Lyon­nais, nos­tal­giques du grand soir.

Pauvre peuple de France !

Avi­li par la por­no­gra­phie.

Abru­ti par la télé­vi­sion.

Éner­vé, au sens éty­mo­lo­gique, par un sys­tème d’assistanat unique au monde.

Déra­ci­né par un ensei­gne­ment de l’histoire visant à for­mer un simple citoyen du monde.

Culpa­bi­li­sé par un pru­rit de repen­tance sans cesse renou­ve­lé.

Anes­thé­sié au point de ne plus même vou­loir assu­rer sa simple sur­vie phy­sique par une limi­ta­tion des nais­sances sui­ci­daire.

Gor­gé de biens maté­riels qui ne l’empêchent pas d’être le pre­mier consom­ma­teur mon­dial de psy­cho­tropes par habi­tant.

Préserver des « arches »

Drapeau-Carillon-Sacre-Coeur.jpgA vue humaine, tout paraît per­du, mais céder au déses­poir serait à la fois pécher contre l’espérance et négli­ger une par­tie de la réa­li­té. En effet qu’observons-nous ? La France est le pays :

 où la pas­sion de l’histoire et l’amour du patri­moine sont éle­vés au rang de phé­no­mène de socié­té avec, par exemple, le suc­cès d’un parc d’attraction popu­laire comme celui du Puy-du-Fou ;

 où s’est mani­fes­tée avec le plus de vigueur la résis­tance à la révo­lu­tion conci­liaire. Résis­tance qui n’a pas été qu’intellectuelle mais qui s’est incar­née dans des réa­li­sa­tions concrètes : pèle­ri­nages de Pen­te­côte, écoles créées, paroisses revi­ta­li­sées, etc. ;

 tou­jours fidèle à sa voca­tion uni­ver­selle, ce dont témoigne le rôle d’associations comme Méde­cins sans fron­tières, les French doc­tors, quoique l’on pense par ailleurs de cer­tains de leurs enga­ge­ments par­ti­sans.
Dans la dis­cré­tion et la dou­leur s’est recons­truit un chris­tia­nisme plus iden­ti­taire et décom­plexé, ras­sem­blant tra­di­tio­na­listes de dif­fé­rentes obé­diences, familles qui assument leurs choix reli­gieux et édu­ca­tifs contre « l’enfouissement » post-conci­liaire et le Moloch éta­tiste, Fran­çais de bonne volon­té à la recherche de leurs racines chré­tiennes, petits-enfants de Mai 68 en quête de cer­ti­tudes et de trans­cen­dance…

L’Histoire nous apprend que la nation fran­çaise du Qué­bec, aban­don­née par la France après le trai­té de Paris en 1763, a cepen­dant sur­vé­cu. Ras­sem­blé autour de ses paroisses et de ses écoles, fidèle à sa langue, à sa reli­gion et à ses tra­di­tions (la devise de la pro­vince est : « Je me sou­viens »), le peuple fran­çais du Qué­bec, sou­te­nu par une forte nata­li­té et une stricte endo­ga­mie, est res­té fidèle à son iden­ti­té, jusqu’au concile Vati­can II, au milieu d’un océan de popu­la­tions anglo-saxonnes et en butte à un pou­voir poli­tique qui avait pour objec­tif sa dis­pa­ri­tion ou son assimilation/​dilution. Notre situa­tion est, à cer­tains égards, com­pa­rable.

L’accession aux plus hautes res­pon­sa­bi­li­tés poli­tiques semble, à vue humaine, pour l’heure inac­ces­sible et d’ailleurs que serait-il pos­sible d’en faire au milieu d’un tel flot de popu­la­tions, au mieux étran­gères, à nos valeurs et à nos tra­di­tions ? Le com­bat poli­tique actuel est donc aujourd’hui d’abord condi­tion­né par la néces­si­té de sau­ve­gar­der ce qu’il sub­siste de chré­tien­té dans nos socié­tés. L’exemple qué­bé­cois mani­feste que c’est pos­sible, avec l’aide de Dieu, à condi­tion de le vou­loir et de s’en don­ner les moyens natu­rels et sur­na­tu­rels.

Jean-Pierre Mau­gendre

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Texte tiré de la revue Renais­sance Catho­lique n° 121 qui vient de paraître. A se pro­cu­rer pour 6 euros fran­co de port.

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