La France est-elle vraiment en guerre ?

Depuis le car­nage du 13 novembre der­nier les auto­ri­tés de l’Etat ne cessent de le rap­pe­ler : la France est en guerre, il convien­drait donc que tous se ras­semblent, dans un grand mou­ve­ment d’union natio­nale, autour du gou­ver­ne­ment en charge de la sécu­ri­té des Fran­çais. L’état d’urgence est pro­cla­mé. Le congrès est réuni pour écou­ter les mâles décla­ra­tions du pré­sident de la Répu­blique. Des cen­taines de per­qui­si­tions sont effec­tuées per­met­tant la décou­verte de stocks consi­dé­rables d’armes de guerre. Com­ment se fait-il que tout cela laisse cepen­dant un goût amer d’inachevé voire de mani­pu­la­tion dans la bouche.

Sans avoir fait l’École de guerre cha­cun s’accordera à pen­ser que les condi­tions de la réus­site de toute action sont : un chef, une mis­sion, des moyens.

François Hollande chef de guerre ?

La res­pon­sa­bi­li­té propre du chef est de trai­ter les dif­fi­cul­tés du jour et d’anticiper celles de demain. Il est à la fois « un por­teur d’espérance » (Napo­léon), celui qui absorbe les incer­ti­tudes et vers qui on se tourne en situa­tion de crise car il ins­pire confiance. Per­sonne de sen­sé ne recon­naî­tra dans ce por­trait l’actuel loca­taire de l’Élysée dont une vidéo sur You­Tube il y a quelques mois com­pi­lait les mul­tiples inter­ven­tions autour du thème : « C’est pas facile. C’est dif­fi­cile ». La France en guerre aurait besoin à sa tête d’un Clé­men­ceau, elle est diri­gée par un « capi­taine de péda­lo » qui, au cœur de la « bataille contre le chô­mage », se condui­sait comme un gamin acnéique par­ta­gé entre toutes ses conquêtes fémi­nines.

On peut aus­si légi­ti­me­ment s’interroger sur les capa­ci­tés d’analyse et d’anticipation d’un res­pon­sable qui a com­mis au moins cinq erreurs poli­tiques majeures en quelques mois :

 se foca­li­ser dans le conflit syrien sur l’élimination de Bachar El Assad qui en aucun cas ne nuit, aujourd’hui, aux inté­rêts de la France

 sou­te­nir et armer, en Syrie, le front Al-Nos­ra, filiale d’Al-Quaida, qui vient de se féli­ci­ter publi­que­ment des atten­tats du 13 novembre- ne pas opé­rer de contrôles à nos fron­tières après les atten­tats contre Char­lie Heb­do

 pour­suivre le déman­tè­le­ment de nos forces armées déjà lar­ge­ment ini­tié par Nico­las Sar­ko­zy

 ne pas anti­ci­per les iné­luc­tables atten­tats à venir après ceux com­mis contre Char­lie Heb­do. La meilleure preuve que tout le monde pres­sen­tait les drames à venir est que la bourse de Paris n’a pas bou­gé lors de la cota­tion du lun­di sui­vant les atten­tats.

Le 2 octobre der­nier Manuel Valls annon­çait un plan de lutte contre l’insécurité rou­tière : ins­tal­la­tion de 500 radars sup­plé­men­taires et 10 000 leurres, uti­li­sa­tion de drones, etc. C’est ce qui s’appelle avoir le sens des prio­ri­tés.

Les pro­pos de mon­sieur de Bonald sont tou­jours d’une dou­lou­reuse actua­li­té : « L’ignorance des hommes d’État fait pitié plus encore que leur cor­rup­tion ne fait hor­reur ».

Fran­çois Hol­lande sou­hai­tait, lors de sa cam­pagne élec­to­rale, « Réen­chan­ter le rêve fran­çais ». Qu’en pensent les vic­times du Bata­clan ? Un des drames de notre époque est cer­tai­ne­ment que beau­coup de per­sonnes confondent l’élection avec la Pen­te­côte. L’élu, par ce qu’élu, devien­drait inves­ti de capa­ci­tés excep­tion­nelles refu­sées au com­mun des mor­tels.

Quelle mission ?

Cha­cun a noté que, lors de son inter­ven­tion immé­dia­te­ment après les atten­tats, Fran­çois Hol­lande a employé à de mul­tiples reprises le mot de France sans employer une seule fois le sub­stan­tif Répu­blique. Réflexe typi­que­ment sta­li­nien à la suite du « Petit Père des peuples » qui a l’heure de l’invasion alle­mande mit en sour­dine sa rhé­to­rique sur la dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat pour en appe­ler aux valeurs, plus pérennes, de la Sainte Rus­sie.

Il s’agirait éga­le­ment, selon le Pré­sident de la Répu­blique, de faire la guerre au ter­ro­risme. S’agit-il de débap­ti­ser toutes les ins­ti­tu­tions (rue, lycées, col­lèges…) qui portent le nom du ter­ro­riste Robes­pierre ? On se perd en conjec­tures d’autant plus que le ter­ro­risme n’est pas une idéo­lo­gie ni une nation mais un simple moyen tech­nique d’imposer sa volon­té à ses adver­saires. Quel est donc l’adversaire contre lequel nous serions en guerre ? Daech ! Le mot est étrange et a l’immense avan­tage de ne pas faire expli­ci­te­ment réfé­rence à l’islam. La réa­li­té est que nous sommes en guerre contre une par­tie du monde musul­man et que nous n’osons pas le dire. Com­ment lut­ter contre l’Islam fon­da­men­ta­liste en res­tant l’allié de la Tur­quie, de l’Arabie Saou­dite et du Qatar ? Com­ment nier que si tous les musul­mans ne sont pas des ter­ro­ristes, tous les ter­ro­ristes sont des musul­mans ? Notre socié­té d’essence chré­tienne a un vrai pro­blème, vital, avec l’Islam. Qui ose­ra le dire et agir en consé­quence alors que tous les can­di­dats à l’élection pré­si­den­tielle savent que per­sonne, en France, ne peut désor­mais espé­rer être élu contre le vote mas­sif des musul­mans de natio­na­li­té fran­çaise ?

Quels moyens ?

Dans un sur­saut répu­bli­cain qui a fait trem­bler toute la mou­vance isla­miste de la val­lée de la Kapi­sa aux déserts de Syrie en pas­sant par l’adrar des Ifo­ghas Fran­çois Hol­lande a annon­cé qu’il gelait la défla­tion des effec­tifs de nos forces armées, ren­for­çant ceux de la gen­dar­me­rie et de la police. Le drame est que ce gou­ver­ne­ment, dans un état struc­tu­rel­le­ment en faillite, est coin­cé entre le désir, sans doute réel, d’augmenter le bud­get des forces armées et des dépenses sociales consi­dé­rables qui per­mettent d’acheter une paix pré­caire dans les ban­lieues.

Il est pro­bable que les seules balles que le chef de l’État ait jamais enten­du sif­fler à ses oreilles sont des balles de ten­nis, il y a long­temps…

Si nous avions vrai­ment conscience de la guerre qui nous est menée quelques mesures de bon sens auraient depuis long­temps été mises en œuvre :

 fer­me­ture des mos­quées sala­fistes et expul­sions de leurs imams étran­gers

 sup­pres­sion des aides sociales pour toutes les familles dont un membre serait iden­ti­fié comme ter­ro­riste ou com­bat­tant en Syrie

 inter­ne­ment de toutes les per­sonnes ins­crites au fichier S

 recon­duite effec­tive à la fron­tière de toutes les per­sonnes frap­pées d’une mesure d’expulsion, dont il sem­ble­rait que 93% des déci­sions ne soient pas appli­quées

 réta­blis­se­ment de la peine de mort pour les crimes ter­ro­ristes et de tra­hi­son. Cer­tains argu­men­te­ront que c’est juri­di­que­ment impos­sible. Je pré­fère la réponse du géné­ral De Gaulle : « Sou­ve­nez-vous de ceci. Il y a d’abord la France, ensuite l’Etat, enfin, autant que les inté­rêts majeurs des deux sont sau­ve­gar­dés, le droit ».

Qu’avons-nous à défendre ?

Ces dra­ma­tiques évé­ne­ments nous ren­voient aux rai­sons de la guerre qui nous est menée. Paris serait, selon Daech, la capi­tale des croi­sés. Il n’en est mal­heu­reu­se­ment rien. Pour sur­vivre une civi­li­sa­tion a un besoin abso­lu que cer­tains acceptent d’aller pour elle jusqu’au sacri­fice de leur vie ? Qui accep­te­ra de mou­rir pour sau­ver « Le mariage Pour Tous », la retraite à 60 ans, la GPA ou les concerts de hard rock Kiss the devil ? La socié­té libé­rale liber­taire va mou­rir. A nous de bâtir sur ses décombres la civi­li­sa­tion de l’amour et de la paix, de la véri­té- qui est le Christ- et de la joie. Nous pour­rons enfin démen­tir le triste constat de Ber­na­nos : « Des chefs que l’on aime­rait. Ce serait trop beau ».

Jean-Pierre Mau­gendre