La démocratie sans le peuple

Les élec­tions euro­péennes de ce 25 mai ont été mar­quées par une débâcle sans pré­cé­dent du Par­ti socia­liste qui détient cepen­dant, encore, toutes les rênes du pou­voir. Avec un score de 14 % des votants et une abs­ten­tion de 56,5 %, le par­ti qui pré­side aux des­ti­nées de notre pays reçoit le sou­tien de 6 % des ins­crits – sans comp­ter que de nom­breux élec­teurs poten­tiels ne sont même pas ins­crits – soit 2,2 mil­lions de per­sonnes pour une popu­la­tion de 66 mil­lions d’habitants. L’écart est ver­ti­gi­neux ! Logi­que­ment, le Front natio­nal exige la démis­sion du gou­ver­ne­ment et une dis­so­lu­tion de l’Assemblée natio­nale que refuse obs­ti­né­ment, pour l’instant, Manuel Valls. Tout cela est-il bien démo­cra­tique ?

La démo­cra­tie selon la Révo­lu­tion fran­çaise

Lors de l’élection des dépu­tés aux États géné­raux de 1789, les 573 repré­sen­tants du tiers état se répar­tissent ain­si : 216 mar­chands et pro­prié­taires fon­ciers, 212 avo­cats, 102 offi­ciers de baillage, 18 magis­trats muni­ci­paux, 16 méde­cins, 12 gen­tils­hommes, 2 prêtres et 1 labou­reur « le bon­homme Gérard », seul pay­san à sié­ger alors que cette classe sociale devait repré­sen­ter 90% de la popu­la­tion fran­çaise. En même temps qu’elle pro­clame (article 1 de la Décla­ra­tion des Droits de l’homme) que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit », l’Assemblée deve­nue consti­tuante péren­nise l’esclavage et éta­blit un suf­frage cen­si­taire, réser­vé aux hommes, qui dis­tingue citoyens « actifs » et citoyens « pas­sifs ». Pour être citoyen actif il faut, selon la loi élec­to­rale du 2 décembre 1789, payer un cens, prê­ter le ser­ment civique, être ins­crit au rôle des gardes natio­nales et avoir un sta­tut social hono­rable qui exclut les domes­tiques comme les pauvres. Ain­si, dès son ori­gine, la Répu­blique, dans les faits et les textes, dis­tingue le peuple et le corps élec­to­ral ; quant aux « repré­sen­tants du peuple » ils sont, déjà, issus de cote­ries et de groupes de pres­sion mino­ri­taires essen­tiel­le­ment atta­chés à la défense de leurs inté­rêts maté­riels par­ti­cu­liers. Ain­si Hip­po­lyte Taine, dans ses Ori­gines de la France contem­po­raine, note-t-il que sur les neuf repré­sen­tants de la Ven­dée à la Conven­tion six sont régi­cides. De même, la vente des « biens natio­naux » ne met pas les biens de l’Église à la dis­po­si­tion de tous mais uni­que­ment des plus for­tu­nés en inter­di­sant le mor­cel­le­ment des domaines. Seule­ment 10% du corps élec­to­ral par­ti­cipe aux élec­tions à la Conven­tion du 21 sep­tembre 1792.

La démo­cra­tie moderne

Quand le résul­tat des élec­tions ne cor­res­pond pas aux espé­rances des maîtres du moment, le plus simple est alors d’invalider les élec­tions comme ce fut le cas pour 10 dépu­tés pou­ja­distes sur 52 élus en 1956.
L’ordonnance du 21 avril 1944 accorde, en France, le droit de vote aux femmes, droit qu’elles avaient per­du depuis la Révo­lu­tion puisque sous l’Ancien Régime les mères abbesses et les veuves ayant un fief par­ti­ci­paient aux élec­tions pour les États géné­raux.

C’est sans doute l’historien post­marxiste Fran­çois Furet qui, à l’époque contem­po­raine, a le mieux cer­né en une for­mule lapi­daire la vraie nature de la démo­cra­tie moderne : « Il y a dans tout pou­voir démo­cra­tique une oli­gar­chie cachée à la fois contraire à ses prin­cipes et indis­pen­sable à son fonc­tion­ne­ment » (in Pen­ser la Révo­lu­tion fran­çaise). Le rap­port de cette oli­gar­chie cachée au peuple a bien été expri­mé par Tal­ley­rand : « La poli­tique est l’art d’agiter le peuple avant de s’en ser­vir. » Manuel Valls défen­dra becs et ongles les inté­rêts de ceux qu’il repré­sente (fonc­tion­naires, mino­ri­tés sexuelles et eth­niques, bobos, élus socia­listes…). En appe­ler à la légi­ti­mi­té démo­cra­tique ou au bien com­mun de la France est d’une naï­ve­té sans nom car jamais dans l’Histoire une mino­ri­té pri­vi­lé­giée n’a renon­cé libre­ment à ses pri­vi­lèges. Lors de la fameuse nuit du 4 août 1789, cha­cun, en fait, pro­po­sa l’abolition des pri­vi­lèges de l’autre. Selon Phi­lippe Pichot-Bra­vard dans son pré­cieux ouvrage La Révo­lu­tion fran­çaise (Via Roma­na) : « Le vicomte de Noailles prit la parole contre la dîme. Mgr de Luber­sac, évêque de Chartres, se dres­sa contre le droit de chasse et Mgr de Bois­ge­lin, arche­vêque d’Aix, requit contre les pri­vi­lèges des pro­vinces. » Dès le len­de­main d’ailleurs, affo­lés par leur propre audace, les dépu­tés pro­po­sèrent que ces droits fussent décla­rés rache­tables.

Ins­tru­men­ta­li­sée dès ses ori­gines par des mino­ri­tés affai­ristes et idéo­logues, la Répu­blique en France nous est pré­sen­tée comme un bloc. C’est donc ce bloc que nous refu­sons pour la sur­vie de la France et la véri­table libé­ra­tion d’un peuple que des élites mon­dia­li­sées ont déci­dé de cor­rompre, déra­ci­ner et fina­le­ment rem­pla­cer par des popu­la­tions étran­gères à notre civi­li­sa­tion, notre reli­gion et notre His­toire.

Jean-Pierre Mau­gendre

1 réponse

  1. Anne Lys dit :

    La démocratie sans le peuple
    Une précision : la France compte à peu près 66 mil­lions d’habitants dont 3,8 mil­lions d’étrangers non naturalisés et donc n’ayant pas le droit de vote.

    Sur les 62,2 mil­lions de Français, un peu plus des trois-quarts ont plus de 18 ans. Soit envi­ron 47 mil­lions de majeurs ayant le droit de vote, ins­crits ou non.

    Et moins d’un sur vingt de ces citoyens français a voté pour le PS ! mais celui-ci n’en détient pas moins tous les rouages, tous les pou­voirs et contre-pou­voirs de l’Etat, sauf quelques grandes villes recon­quises contre lui en mars.

    Cher­chez l’erreur :

    Cette totale contra­dic­tion entre le pou­voir du PS et son sou­tien dans le peuple d’où, en théorie, découle ce pou­voir s’explique essen­tiel­le­ment par le men­songe, et par la crédulité dont une courte majo­rité d’électeurs a fait preuve, il y a deux ans, devant ce men­songe.

    M. Hol­lande avait pro­mis la prospérité, au prix de quelques efforts demandés aux plus riches. Un peu plus de la moi­tié des électeurs l’a cru et lui a conféré tous les pou­voirs et contre-pou­voirs.

    Il a obte­nu l’appauvrissement généralisé, payé non par les plus riches, qui ont les moyens de quit­ter un Etat prédateur, mais par les moins riches et même par les pauvres…

    Et comme les men­teurs tiennent la qua­si tota­lité des moyens de com­mu­ni­ca­tion (et veulent mettre sous tutelle celui qui leur échappe, inter­net), il est plus que pro­bable qu’à la pro­chaine occa­sion, M. Hol­lande et ses émules men­ti­ront à nou­veau, de gros et énormes men­songes, mais que les électeurs n’auront pas les moyens de détecter comme tels… l’électorat pour­rait même, avec une bonne pro­pa­gande, leur renou­ve­ler tous leurs pou­voirs !