In memoriam : lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, Honneur aux vertus militaires !

Le sacri­fice héroïque du lieu­te­nant-colo­nel Arnaud Bel­trame, le 23 mars près de Car­cas­sonne (11), rap­pelle à une France assou­pie ce que peut être l’honneur d’un sol­dat. Après avoir rem­pla­cé une otage, l’officier de gen­dar­me­rie a été égor­gé par le ter­ro­riste isla­miste fran­co-maro­cain Radouane Lak­dim.

Des vertus militaires à cultiver

Les ver­tus mili­taires existent ain­si, encore chez quelques-uns, enga­gés aujourd’hui dans les opé­ra­tions Bar­khane ou Sen­ti­nelle. Le gou­ver­ne­ment trouve nor­mal de pou­voir les mobi­li­ser à tout ins­tant, au doigt et à l’œil : ce sont pour­tant ces ver­tus que ce même gou­ver­ne­ment, en rai­son de ses propres prin­cipes, laisse décou­ra­ger et désho­no­rer par­tout dans la socié­té libé­rale et per­mis­sive. L’obéissance sans mur­mure ni hési­ta­tion ! Le sacri­fice sans exa­men préa­lable, sans large débat public ni contes­ta­tion et déci­sion col­lé­giale ! Les ver­tus mili­taires ne sont pas culti­vées parce qu’elles sont un obs­tacle évident au déve­lop­pe­ment du grand mar­ché mon­dial qui repose sur le déra­ci­ne­ment des peuples et leur réduc­tion au simple sta­tut de consom­ma­teurs fébriles.

Il faut néan­moins, pour qu’elles per­durent, comme toutes les autres ver­tus que les ver­tus mili­taires soient culti­vées, qu’elles soient exer­cées avec patience et éner­gie, qu’elles soient encou­ra­gées et hono­rées. Il faut, mais l’État ne s’occupe nulle part de le faire au niveau déci­sif : au niveau « cultu­rel », celui qui forme les intel­li­gences, les consciences, les sen­si­bi­li­tés. L’État ne le fait, sauf excep­tions raris­simes, ni dans ses écoles ni dans ses uni­ver­si­tés ni dans ses dis­cours à la nation. Qu’il sur­vive en France des ver­tus mili­taires tou­jours prêtes au ser­vice de la com­mu­nau­té par le sacri­fice de la vie cela résulte de l’initiative de plus en plus mar­gi­na­li­sée de quelques familles, de quelques écoles, de l’âme har­die de quelques farouches gar­çons en qui brûlent sour­de­ment la flamme de la pié­té natio­nale et la soif de ser­vir.

Ces sol­dats sont dans une voca­tion dont on ne parle plus avec hon­neur ou même avec ami­tié. Emma­nuel Macron a trai­té, naguère, le chef d’État-Major des Armées Pierre de Vil­liers, comme on ne traite pas un valet indé­li­cat, l’humiliant en public. Ni à l’école ni à la télé­vi­sion ni dans les dis­cours offi­ciels ne sont exal­tés ni même men­tion­nés les mots clés de la voca­tion mili­taire : Hon­neur, Patrie, Valeur, Dis­ci­pline, Fidé­li­té, Loyau­té, Sacri­fice, Ser­vice, Res­pect des Anciens, etc.

Un discours officiel décalé

Les dis­cours offi­ciels relèvent d’autres para­digmes entre maté­ria­lisme reven­di­qué et assu­mé : « Les jeunes Fran­çais doivent avoir envie de deve­nir mil­liar­daires » (Emma­nuel Macron, 7/​01/​2015), mépris de notre his­toire natio­nale et pru­rit de repen­tance « La colo­ni­sa­tion fait par­tie de l’histoire fran­çaise. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie bar­ba­rie » (Emma­nuel Macron à Alger, 13/​02/​2017), mou­lins à prière des appels à la lutte contre les dis­cri­mi­na­tions, les inéga­li­tés, le sexisme, le racisme, la trans­pho­bie, le natio­na­lisme, la gros­so­pho­bie, etc.

Ce mépris de la fonc­tion mili­taire et des valeurs que porte cet état est par­ti­cu­liè­re­ment bien mani­fes­té dans le fait qu’à ce jour aucun mili­taire n’est plus dépu­té, ministre ou membre de l’Académie fran­çaise. Quel signe !

N’en dou­tons pas Emma­nuel Macron sera brillant, comme à son habi­tude, lors des obsèques natio­nales qui s’annoncent. Il trou­ve­ra les mots qu’il faut pour exal­ter des valeurs qui sont à la fois néces­saires à la sur­vie de toute socié­té et néan­moins aux anti­podes des vents domi­nants du poli­ti­que­ment cor­rect qui l’ont por­té au pou­voir. N’est-il pas frap­pant qu’en l’espace de quelques heures l’actualité ait vu se suc­cé­der des évé­ne­ments si divers. D’abord les défi­lés de fonc­tion­naires et de che­mi­nots gré­vistes en lutte pour la défense de leurs « droits », ensuite une cam­pagne média­tique menée contre le lycée mili­taire de Saint-Cyr-l’École ini­tia­li­sée par Libé­ra­tion et l’AFP, com­plé­tée par une attaque du Jour­nal Du Dimanche contre l’ESM de Saint-Cyr-Coët­qui­dan et, enfin, le sacri­fice du colo­nel Bel­trame ? Tous ces com­por­te­ments pro­cèdent, bien évi­dem­ment, de cultures très dif­fé­rentes voire anta­go­nistes. Iro­nie du sort ou clin d’œil de la Pro­vi­dence, le lieu­te­nant-colo­nel Bel­trame était ancien élève à la fois de Saint-Cyr-l’École et de Coët­qui­dan. La double peine en quelque sorte !

Notons enfin, cir­cons­tance aggra­vante pour la vul­gate média­tique, que la récente conver­sion au chris­tia­nisme du lieu­te­nant-colo­nel Bel­trame dans une abbaye de cha­noines régu­liers de Saint-Augus­tin atta­chés à la règle et à la litur­gie tra­di­tion­nelles, mani­feste clai­re­ment qu’il existe une affi­ni­té onto­lo­gique entre les valeurs mili­taires et celles du chris­tia­nisme. Les valeurs de don, de maî­trise et d’oubli de soi, de sacri­fice sont au cœur du métier mili­taire comme de la vie chré­tienne. Il semble que ce sont ces conver­gences qu’a décou­vertes le colo­nel Bel­trame, se pré­pa­rant à son pro­chain mariage reli­gieux, digne héri­tier d’Ernest Psi­cha­ri (1883–1914, l’auteur du Voyage du cen­tu­rion), venu à l’Église par l’amour de la France.

 

L’alliance de notre épée avec la croix

Les ver­tus mili­taires ne sont pas les seules qui soient néces­saires à la vie d’une nation. Mais elles sont au pre­mier rang des ver­tus indis­pen­sables. La réforme intel­lec­tuelle et morale dont la France a besoin consiste à redon­ner dans la socié­té, à l’esprit de sacri­fice, la place qu’il occupe for­cé­ment dans la vie mili­taire, où il est plus visible, plus écla­tant, ce qui a une valeur d’exemple. En quoi, ce qui nous reste d’armée, et tout par­ti­cu­liè­re­ment le témoi­gnage du colo­nel Bel­trame, nous donnent une grande leçon morale. Que pro­po­ser aujourd’hui à la jeu­nesse fran­çaise, sinon d’abord l’austérité, la dis­ci­pline, l’héroïsme mili­taire ?

Le rôle des pou­voirs cultu­rels est pré­ci­sé­ment de culti­ver les ver­tus intel­lec­tuelles et morales. Les pou­voirs cultu­rels de la Répu­blique macro­nienne cultivent les vices de la socié­té per­mis­sive. Ils cultivent l’esprit de reven­di­ca­tion à la place de l’honneur de ser­vir au péril de sa vie. Les ver­tus reli­gieuses sont aus­si mar­gi­na­li­sées, aus­si dis­qua­li­fiées que les ver­tus mili­taires. Ce sera, pour­tant, encore une fois, l’alliance des unes et des autres qui pour­ra un jour res­tau­rer le visage de la France, son âme et son hon­neur.

 

 

Jean-Pierre Mau­gendre, École navale -1976

En filial hom­mage à Pierre Mau­gendre, École Navale – 1948

 

Ces réflexions actua­lisent un article épo­nyme de Jean Madi­ran paru dans le sup­plé­ment-Vol­ti­geur de la revue Iti­né­raires en juin 1978 après l’opération de Kol­we­zi : « Nous sommes des nains per­chés sur des épaules de géants » (Ber­nard de Chartres).

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