Être fidèle au Christ

Il y a tout juste 52 ans dans la tor­peur d’un été ana­logue à celui que nous vivons un mil­lion de chré­tiens d’Algérie étaient chas­sés de leur terre natale. Cette épu­ra­tion eth­ni­co-reli­gieuse s’accomplit dans le silence assour­dis­sant des bonnes consciences auto­pro­cla­mées, le mutisme des évêques de France à l’exception notable de Mgr. Rod­hain , pré­sident du Secours Catho­lique, et la com­pli­ci­té active des auto­ri­tés gaul­listes de l’époque qui ren­voyèrent en Algé­rie les sup­plé­tifs musul­mans qui avaient échap­pé au mas­sacre et réus­si à rejoindre la métro­pole.

Dans l’esprit du géné­ral De Gaulle il s’agissait, ayant recen­tré la France sur son pré car­ré ori­gi­nel et confor­té son homo­gé­néi­té eth­nique et reli­gieuse, de lui per­mettre, libé­rée du poids finan­cier et média­tique de ses colo­nies, de jouer, de nou­veau, un rôle inter­na­tio­nal de pre­mier plan. Le moins que l’on puisse dire est que la suite des évé­ne­ments n’a guère confir­mé les ana­lyses du chef de l’État qui crai­gnait, paraît-il, de voir Colom­bey-les-deux églises deve­nir Colom­bey-les deux mos­quées.

Aujourd’hui ce sont nos frères chré­tiens d’Irak et de Syrie qui doivent choi­sir entre la valise, le cer­cueil et la conver­sion à l’Islam. La com­mu­nau­té inter­na­tio­nale regarde ailleurs. Le capi­taine de péda­lo qui pré­side aux des­ti­nées de notre pays et qui sou­hai­tait inter­ve­nir mili­tai­re­ment pour sou­te­nir les insur­gés isla­mistes syriens « imite de Conrad le silence pru­dent », n’envisage abso­lu­ment pas d’intervenir mili­tai­re­ment en Irak, ce qui est objec­ti­ve­ment au-des­sus de ses moyens, et se pro­pose d’accueillir tous les réfu­giés qui le sou­hai­te­ront.

Le mon­dia­lisme liber­taire qui est l’idéologie de nos élites diri­geantes est au mieux étran­ger, au pire abso­lu­ment rétif au concept même de « Chré­tiens d’Orient. » « Le chris­tia­nisme voi­là l’ennemi » res­sentent plus ou moins confu­sé­ment tous les tenants du maté­ria­lisme hédo­niste, adeptes du métis­sage cultu­rel, eth­nique et reli­gieux sur fond de socié­té de consom­ma­tion et de liber­té des mœurs. Une ini­mi­tié irré­con­ci­liable existe entre ceux qui « ont fait pour Dieu leur ventre » (Phil III, 18) voire leur bas-ventre et les dis­ciples d’un Dieu cru­ci­fié qui, à leur tour, portent leur croix et prient pour leurs bour­reaux.

Que peuvent com­prendre à un atta­che­ment char­nel à une terre natale les « hommes nomades » loués par Jacques Atta­li, sans racines ni pas­sé, dont le rap­port à la patrie a été, depuis long­temps déjà, résu­mé par Féne­lon : « La patrie d’un cochon se trouve par­tout où il y a du gland » ?

En cet été 2014 puisse notre soli­da­ri­té avec les chré­tiens d’Irak, par la prière, le jeûne ou l’action exté­rieure, être un signe visible, par Dieu et les hommes, de l’universalité de l’Église : « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1 Cor XII, 26)Peut-être sera-ce éga­le­ment l’occasion de nous deman­der ce que nous a coû­té, jusqu’à aujourd’hui, notre fidé­li­té au Christ. Si la réponse est rien ou pas grand-chose est-ce vrai­ment une bonne nou­velle ?

Jean-Pierre Mau­gendre
Renais­sance Catho­lique