Et après encore une élection manquée ?

En cette solen­ni­té de sainte Jeanne d’Arc, patronne secon­daire de la France, nous vous pro­po­sons quelques élé­ments de réflexion sur la récente élec­tion pré­si­den­tielle.


Ain­si donc les retrou­vailles de la France souf­frante et de la France mili­tante n’auront pas eu lieu. Sans doute eussent-elles hâté le retour de la France triom­phante !

Le ver­dict des urnes du second tour de l’élection pré­si­den­tielle est sans appel. Marine Le Pen a ras­sem­blé sur son nom onze mil­lions d’électeurs qui cor­res­pondent glo­ba­le­ment aux per­dants de la mon­dia­li­sa­tion, posi­tion­nés à l’Est d’une ligne reliant Rouen à Nice hor­mis les grandes agglo­mé­ra­tions. Des régions ancien­ne­ment indus­tria­li­sées frap­pées par les délo­ca­li­sa­tions, consé­quence iné­luc­table de la libé­ra­li­sa­tion des échanges et de l’abolition des bar­rières doua­nières.

Deux France à réconcilier

La can­di­date du Front natio­nal n’est pas par­ve­nue à séduire les classes moyennes qui avaient été le fer de lance des gigan­tesques mani­fes­ta­tions d’opposition à la déna­tu­ra­tion du mariage. Or cha­cun sait qu’Emmanuel Macron, en légi­time fils spi­ri­tuel de Fran­çois Hol­lande, pour­sui­vra l’œuvre entre­prise par son pré­dé­ces­seur de mar­chan­di­sa­tion du corps humain (pro­mo­tion de la PMA, de la GPA, etc.) et de des­truc­tion de la famille au nom d’un indi­vi­dua­lisme liber­taire dont l’omnipotence du lob­by LGBT est la mani­fes­ta­tion la plus évi­dente.

Par­don de rap­pe­ler ce truisme, mais on ne ras­semble les gens qu’autour de ce qu’ils ont en com­mun. Or l’essentiel de ce que les classes popu­laires et les classes moyennes ont en com­mun n’est pas l’économie. Elles ont en par­tage une langue, une his­toire, un mode de vie, un ima­gi­naire, des mythes fon­da­teurs, les restes sécu­la­ri­sés d’une reli­gion plus que mil­lé­naire… Elles sont confron­tées aux mêmes inquié­tudes sur l’insécurité, la per­pé­tua­tion de ce qui consti­tue leur iden­ti­té, l’islamisation de la France, le « grand rem­pla­ce­ment » qui n’est pas un phan­tasme mais une réa­li­té quo­ti­dienne.

Le Front natio­nal a fait le choix d’axer sa cam­pagne pré­si­den­tielle, puis le débat télé­vi­sé avec Emma­nuel Macron, sur les ques­tions éco­no­miques, pro­po­sant comme mesure phare la sor­tie de l’Euro. Or, il est mani­feste que qua­si­ment per­sonne ne maî­trise ce sujet, for­te­ment anxio­gène, à com­men­cer par sa prin­ci­pale pro­mo­trice. En outre, de nom­breuses mesures éco­no­miques sont appa­rues comme déma­go­giques aux classes moyennes. Citons le retour à la retraite à 60 ans, la non remise en cause des régimes spé­ciaux de retraite, le main­tien du sta­tut d’indemnisation des inter­mit­tents du spec­tacle… La rai­son pre­mière de la volon­té du Front natio­nal de sor­tir de l’Union euro­péenne et de l’Euro est-elle d’ailleurs fon­ciè­re­ment sou­ve­rai­niste ou n’est-elle pas d’abord la condi­tion de la per­pé­tua­tion d’un pré­ten­du « modèle social » – que per­sonne ne songe à imi­ter ! – désor­mais impos­sible à finan­cer dans le cadre de l’Union euro­péenne ? Quant aux envo­lées lyriques sur l’État-stratège, les récents déboires d’Areva devraient incli­ner à plus de modes­tie. Patrick Buis­son a su, lui, ras­sem­bler en 2007 sous la hou­lette de son can­di­dat, Nico­las Sar­ko­zy, ces deux France car il avait com­pris que « les mythes reli­gieux et poli­tiques sont le cœur bat­tant de l’histoire, pas l’économie ». Ce qu’est deve­nue la pré­si­dence Sar­ko­zy est une autre his­toire.

La vérité n’est pas le contraire de l’erreur

Marine Le Pen a fait le choix dans l’entre deux tours de s’adresser prio­ri­tai­re­ment à l’électorat de Jean-Luc Mélen­chon. C’est son droit le plus strict. C’est le nôtre de pen­ser qu’au-delà de l’erreur stra­té­gique, confir­mée par les faits, ce choix confirme aus­si une rup­ture avec le pro­gramme tra­di­tion­nel du Front natio­nal tel qu’il était par exemple expo­sé dans « 300 mesures pour la renais­sance de la France » en 1993. Bien sûr les temps ont chan­gé. Mais les maux dont nous souf­frons sont-ils fon­da­men­ta­le­ment dif­fé­rents ? L’heure serait à l’union des patriotes contre les mon­dia­listes. Certes. Cepen­dant nous sou­hai­te­rions en savoir un peu plus sur cette patrie. De quoi s’agit-il ? Féne­lon écri­vait en son temps : « La patrie d’un cochon se trouve par­tout où il y a du gland ». Ce n’est pas notre concep­tion de la patrie !

Nous ne croyons pas que la véri­té soit le contraire de l’erreur. Ce n’est pas parce qu’Emmanuel Macron est sans conteste l’agent de la mon­dia­li­sa­tion sau­vage, de la des­truc­tion des iden­ti­tés natio­nales et le pro­mo­teur d’un liber­ta­risme hédo­niste que son oppo­sante prin­ci­pale incar­ne­rait auto­ma­ti­que­ment les ver­tus contraires. La remarque vau­drait d’ailleurs tout autant pour Fran­çois Fillon, vieux rou­tier de la poli­tique poli­ti­cienne, arti­san de la rati­fi­ca­tion du trai­té de Lis­bonne en 2007- contre la volon­té expri­mée par réfé­ren­dum des Fran­çais – pre­mier ministre de Nico­las Sar­ko­zy et donc soli­daire de sa poli­tique pen­dant cinq ans, etc.

Écri­vant cela nous ne met­tons en cause ni la bonne volon­té des uns et des autres ni n’oublions la gra­vi­té des maux dont notre pays est frap­pé. Nous savons que « celui qui veut, dans la socié­té civile, non seule­ment la jus­tice, mais toute la jus­tice et tout de suite, celui-là n’a pas le sens poli­tique. Il ne com­prend pas que la vie de la cité se déve­loppe dans le temps et qu’une cer­taine durée est indis­pen­sable pour cor­ri­ger et amé­lio­rer ; sur­tout il ne com­prend pas l’inévitable intri­ca­tion de bien et de mal à laquelle, de fait, la cité humaine se trouve condam­née, depuis le ban­nis­se­ment défi­ni­tif du Para­dis de jus­tice et d’allégresse. Vou­loir détruire immé­dia­te­ment toute injus­tice c’est déchaî­ner des injus­tices pires. » (R Th Cal­mel o.p. in Sur nos routes d’exil : les Béa­ti­tudes)

Nous obser­vons sim­ple­ment que le pro­jet de réforme intel­lec­tuelle et morale qui est le nôtre n’était, dans la der­nière élec­tion, por­té par aucun des pro­ta­go­nistes même si incon­tes­ta­ble­ment le pro­jet poli­tique de Marine Le Pen était moins mor­ti­fère que celui d’Emmanuel Macron. La Fon­da­tion de Ser­vice Poli­tique attri­buait ain­si à Marine Le Pen la note, moyenne, de 12/​20 et à Emma­nuel Macron celle, désas­treuse, de 4/​20.

Les bonnes élections ?

N’y a-t-il pas enfin une part d’enfantillage à croire que le salut pour­rait venir de « bonnes élec­tions » ? Les débats de ces der­niers mois ont été, c’est la loi du genre, une sur­en­chère de déma­go­gie finan­cière. Cha­cun a, par anti­ci­pa­tion, lar­ge­ment pro­mis de déver­ser à sa clien­tèle la manne éta­tique dont ne dis­pose mal­heu­reu­se­ment plus un État en dépôt de bilan vir­tuel. C’est trom­per les Fran­çais et igno­rer, en ce cen­te­naire des appa­ri­tions de Fati­ma, l’économie de la grâce que de croire que les erreurs et les crimes de ces der­nières décen­nies res­te­ront impu­nis. « Un peuple cou­ché, pour se rele­ver, doit d’abord se mettre à genoux » nous rap­pe­lait il y a déjà bien long­temps le fon­da­teur de l’abbaye béné­dic­tine du Bar­roux. Le redres­se­ment du Por­tu­gal à par­tir de 1926 a été ren­du pos­sible par une triple ren­contre. Celle d’un homme brillant amou­reux de sa patrie, le Dr Sala­zar, avec tout un peuple -ayant opé­ré au préa­lable une véri­table conver­sion, intel­lec­tuelle et morale, à la suite des appa­ri­tions de Fati­ma- à l’occasion de cir­cons­tances par­ti­cu­lières, en l’occurrence le coup d’état du géné­ral Car­mo­na met­tant fin à des décen­nies d’anarchie. C’est le lan­gage que nous aime­rions entendre de la part de nos évêques au lieu de les obser­ver hur­ler avec les loups, pour la plu­part, contre le racisme pré­su­mé du Front natio­nal. Demain comme hier, la prio­ri­té poli­tique est à la fidé­li­té per­son­nelle à notre patri­moine natio­nal et reli­gieux, à la réforme des intel­li­gences et des cœurs, à la trans­mis­sion de ce que nous avons reçu, dans l’amitié fran­çaise et l’espérance chré­tienne.

Jean-Pierre Mau­gendre