Emmanuel Macron aux Invalides : des paroles ou des actes ?

Il incom­bait au pré­sident de la Répu­blique de rendre hom­mage, au nom de la nation, au sacri­fice héroïque du colo­nel Bel­trame égor­gé par un ter­ro­riste isla­miste le 23 mars der­nier. Dans le cadre majes­tueux de la cour d’honneur des Inva­lides, le chef de l’État a tenu un dis­cours empreint de gra­vi­té et d’émotion.

Un discours incorrect

Hommage au colonel Arnaud Beltrame par Emmanuel Macron, président de la RépubliqueRom­pant avec les ukases du poli­ti­que­ment cor­rect, il a dénon­cé « l’hydre isla­miste », « l’islamisme sou­ter­rain ». Il s’agit là d’un incon­tes­table retour à la réa­li­té. Par une de ces mani­pu­la­tions média­tiques qui laissent pan­tois, le dan­ger par­tout dénon­cé était jusqu’à peu celui de la « radi­ca­li­sa­tion », com­prise comme une forme d’intégrisme reli­gieux.

Le chef de l’État a tenu des pro­pos émou­vants sur « le ser­vice de la France », « les grands sol­dats fran­çais ». Il en a appe­lé aux mânes des guer­riers de Reims et de Patay, mêlant Jeanne d’Arc et le géné­ral De Gaulle dans un même élan au ser­vice de la France. C’est ain­si, en héri­tier d’une his­toire mil­lé­naire, qu’il s’est, cou­ra­geu­se­ment, posi­tion­né, rap­pe­lant que « la France mérite qu’on lui donne le meilleur de soi ». Dans ce sur­vol his­to­rique, cha­cun aura obser­vé qu’il ne fut guère ques­tion de la Répu­blique, citée à seule­ment deux reprises : une fois, en conclu­sion, dans la for­mule consa­crée : « Vive la Répu­blique. Vive la France » ; une fois dans une réflexion plus abs­conse d’essence stoï­cienne : « Le socle vivant de la Répu­blique, c’est la force d’âme ! » Autres man­tras absents du dis­cours pré­si­den­tiel : l’Europe, les droits de l’Homme, la démo­cra­tie, etc. En son temps, lors de la « grande guerre patrio­tique » contre l’Allemagne nazie, le maré­chal Sta­line avait mis en sour­dine les dis­cours fleuves sur la « patrie des tra­vailleurs » au béné­fice de la « sainte Rus­sie », réha­bi­li­tant, en par­tie, l’Église ortho­doxe.

Enfin, Emma­nuel Macron a pris des enga­ge­ments. S’adressant à la famille et au défunt, il a fait des pro­messes : « Nous vous devons qu’il ne soit pas mort en vain (…) Votre sacri­fice nous oblige, nous élève. Il nous dit ce qu’est la France ».

D’inexprimables non dits

Mal­gré cela, ce dis­cours laisse un cer­tain goût d’inachevé. Nous savons main­te­nant, grâce au chef de l’État, que le péril est isla­miste et que Mireille Knoll était juive. En revanche, concer­nant le colo­nel Bel­trame, les pro­pos deviennent sibyl­lins. Der­rière la men­tion du « res­sort intime de la trans­cen­dance qui le por­tait », il faut sans doute com­prendre qu’il était catho­lique : comme s’il était des mots que la laï­ci­té inter­di­rait de pro­non­cer de manière posi­tive. Le père Hamel, lui aus­si égor­gé par un isla­miste –une manie –, était ain­si deve­nu dans la bouche de Fran­çois Hol­lande, un « mar­tyr de la Répu­blique ». Accor­dons à Emma­nuel Macron qu’il nous a épar­gné ce genre de bille­ve­sées. Il semble cepen­dant que le sta­tut de majo­ri­té déchue, qui est celui de la reli­gion catho­lique, ne la mette pas sur un pied d’égalité avec les autres reli­gions his­to­ri­que­ment mino­ri­taires. Qui dou­te­ra que le même acte posé par un membre d’une autre reli­gion eut don­né lieu à un concert de louanges sur les mérites de la dite reli­gion ?

Exal­tant « l’esprit fran­çais de résis­tance » et fai­sant réfé­rence à « Jean Mou­lin, Pierre Bros­so­lette, les mar­tyrs du Ver­cors et les com­bat­tants des maquis », Emma­nuel Macron a, sans y prendre garde, révé­lé aux Fran­çais que, selon lui, notre pays était occu­pé. Nous aime­rions bien savoir par qui et quelles mesures il compte prendre pour libé­rer le pays. On n’ose ima­gi­ner à quel chef de l’État fran­çais d’un pays occu­pé par l’ennemi et cher­chant à s’en libé­rer, sans avoir tou­jours la liber­té de le dire, il pour­rait faire pen­ser…

Les défis à venir

Au-delà de ces bonnes paroles, le chef de l’État est confron­té à un défi gigan­tesque dont les trois dimen­sions essen­tielles semblent être les sui­vantes.

Tout d’abord, il convient de dési­gner clai­re­ment l’ennemi et de lui faire effec­ti­ve­ment la guerre. Le trip­tyque ter­ro­risme-islam-immi­gra­tion est inex­tri­ca­ble­ment lié. Or l’immigration mas­sive se pour­suit, les déci­sions de recon­duites aux fron­tières ne sont pas appli­quées et l’on vient d’apprendre que le gou­ver­ne­ment algé­rien a man­da­té cent imams pour aider ses citoyens vivant en France à faire un bon rama­dan. Cer­tai­ne­ment pour leur prê­cher l’amour de la France, de son his­toire et de son peuple ! Lors d’un débat à la Chambre, le 8 mars 1918, le radi­cal Cle­men­ceau, alors pré­sident du Conseil, avait conclu son inter­ven­tion par une for­mule choc : « Poli­tique inté­rieure : je fais la guerre. Poli­tique étran­gère : je fais la guerre. Je fais tou­jours la guerre ».

Le nor­ma­lien qui a pré­pa­ré le dis­cours du pré­sident aurait éga­le­ment pu rele­ver dans ce débat : « Il faut savoir défendre la Répu­blique autre­ment que par des ges­ti­cu­la­tions, par des voci­fé­ra­tions et par des cris inar­ti­cu­lés ». Les hommes ni les temps ne changent… Faire la guerre c’est aus­si, cer­tai­ne­ment, mettre en som­meil cer­tains aspects de l’État de droit. Quand il y a le feu au châ­teau, l’interdiction de mar­cher sur les pelouses devient caduque.

Il revient ensuite au chef de l’État de ras­sem­bler le pays. Il en a mani­fes­té l’intention invi­tant l’ensemble des par­le­men­taires, toutes ten­dances confon­dues, à l’hommage natio­nal ren­du aux Inva­lides. « En même temps », il mul­ti­plie pour­tant les ini­tia­tives cli­vantes ouvrant les débats sur la PMA pour tous et la GPA ; ou, plus ou moins impo­pu­laires, rédui­sant la vitesse sur les routes secon­daires en pro­vince à 80 km/​h, aug­men­tant la CSG pour les retrai­tés, etc. Concrè­te­ment, selon la for­mule attri­buée à Georges Pom­pi­dou, il conti­nue « d’emm. les Fran­çais ». Ce n’est pas le meilleur moyen de les ras­sem­bler contre l’ennemi com­mun.

Enfin, il fau­dra bien un jour s’interroger hon­nê­te­ment sur ce fait incon­tes­table : tous les ter­ro­ristes isla­mistes sont des enfants de l’école publique, matrice et cœur bat­tant de la laï­ci­té répu­bli­caine. Or le ministre de l’Éducation natio­nale a sou­te­nu une ini­tia­tive par­le­men­taire ren­dant plus com­plexe la créa­tion d’écoles hors-contrat. De même, comme l’a révé­lé la Fon­da­tion pour l’École, ses ser­vices mul­ti­plient les ins­pec­tions des écoles catho­liques ou Mon­tes­so­ri, délais­sant les écoles musul­manes. Aucun ter­ro­riste n’est pour­tant issu de ce type d’école. Tout se passe comme si l’on n’avait ain­si pas com­pris, au som­met de l’État, qu’il est vain de croire que l’on fera recu­ler l’islamisme en s’efforçant d’éradiquer, dans le même mou­ve­ment, le catho­li­cisme héri­té de nos pères. La « trans­cen­dance » qui ani­mait le colo­nel Bel­trame est une des aspi­ra­tions les plus fortes de l’âme humaine. La laï­ci­té à la fran­çaise, qui réduit le fait reli­gieux à une convic­tion per­son­nelle et pri­vée, mutile l’âme et donc l’homme. Au contraire, quand Emma­nuel Macron affirme : « Il (colo­nel Bel­trame) nous dit ce qu’est la France », incons­ciem­ment il mani­feste que la ren­contre avec la France est aus­si, iné­luc­ta­ble­ment, une ren­contre avec le chris­tia­nisme qui en a façon­né les mœurs et mode­lé les ter­roirs, ce dont témoigne la conver­sion du colo­nel.

Cour des Invalides colonel Beltrame

Éric Zem­mour l’a bien com­pris, obser­vant : « Arnaud Bel­trame est l’héritier des che­va­liers et des moines, pas des vedettes de la télé-réa­li­té ». La confron­ta­tion entre le cer­cueil du mili­taire mort dans l’accomplissement de sa mis­sion et le dis­cours de l’homme poli­tique a déjà été mer­veilleu­se­ment illus­trée par Alfred de Vigny, il y a près de deux siècles : « La parole, qui trop sou­vent n’est qu’un mot pour l’homme de haute poli­tique, devient un fait ter­rible pour l’homme d’armes ; ce que l’un dit légè­re­ment ou avec per­fi­die, l’autre l’écrit sur la pous­sière avec son sang » (Ser­vi­tude et gran­deur mili­taire).

Pour un pro­chain dis­cours sur le « vivre-ensemble », signa­lons enfin à l’hôte de l’Élysée l’émouvant poème, bro­dé sur un nap­pe­ron tri­co­lore, com­po­sé par une patriote fran­çaise de confes­sion juive, lors du rat­ta­che­ment de l’Alsace et de la Moselle à l’Empire alle­mand et pieu­se­ment conser­vé au Musée Alsa­cien de Stras­bourg :

À la France immor­telle
Nos cœurs pour l’aimer
Nos bras pour la défendre
Nos vies pour la ser­vir.

Jean-Pierre Mau­gendre

1 réponse

  1. Delestrac J dit :

    Alfred de Vigny :» Ser­vi­tude et gran­deur mili­taire »
    bra­vo,
    mer­ci
    deman­dons à tous les mar­tyrs d’intercéder pour la conver­sion des musulmans,pour notre salut,celui de nos enfants et petits enfants. Union de prière

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