Dictature socialiste ?

Le slo­gan fait flo­rès depuis un an dans les mani­fes­ta­tions. Mais cor­res­pond-il à  la réa­li­té ou n’est-ce qu’une for­mule à  l’emporte-pièce de mili­tants excé­dés ? Obser­vons les faits.

Les quatre pouvoirs

Fran­çois Hol­lande, pré­sident de la Répu­blique, pro­cède aux nomi­na­tions de tous les fonc­tion­naires d’État du haut en bas de la pyra­mide hié­rar­chique : pré­fets, offi­ciers géné­raux, rec­teurs d’académie, magis­trats (après avis du Conseil supé­rieur de la Magis­tra­ture), etc. Par le biais du minis­tère de l’Éducation natio­nale, ins­ti­tu­tion unique au monde, hor­mis dans les pays com­mu­nistes, le gou­ver­ne­ment a, de plus, la haute main sur l’éducation, et pas seule­ment l’instruction, de la plus grande par­tie des enfants de France comme le mani­feste l’enseignement pro­gram­mé dans les éta­blis­se­ments sco­laires de la théo­rie du genre.

Le Par­ti socia­liste, avec ses alliés éco­lo­gistes et com­mu­nistes, dis­pose de la majo­ri­té abso­lue à l’Assemblée natio­nale et au Sénat.

Le pou­voir judi­ciaire est très lar­ge­ment entre les mains des socia­listes par le biais du Syn­di­cat de la magis­tra­ture qui repré­sente aujourd’hui un magis­trat sur quatre et règne en maître sur l’École natio­nale de la magis­tra­ture. Cela explique l’impunité dont béné­fi­cient les Femen et autre milices anti­fas, à l’opposé des paci­fiques mani­fes­tants de La Manif Pour Tous.

Le pou­voir média­tique est dou­ble­ment tenu par la gauche. D’une part, les jour­na­listes sont très majo­ri­tai­re­ment de gauche : ain­si lors de simu­la­tions de vote à l’occasion des der­nières élec­tions pré­si­den­tielles à l’École supé­rieure de jour­na­lisme de Lille les résul­tats ont été : Hol­lande : 31%, Mélen­chon et Joly cha­cun 25%, Sar­ko­zy : 3,5%, Le Pen : 0%.

D’autre part de nom­breux médias dépendent soit direc­te­ment du pou­voir poli­tique, parce que l’État en est pro­prié­taire (France 2, France 3, etc.), soit indi­rec­te­ment par l’achat d’exemplaires ou d’espaces publi­ci­taires par les minis­tères ou des socié­tés dont l’État est action­naire (France Tele­com, SNCF, Air France…). N’oublions pas les avan­tages réga­liens comme l’alignement du taux de la TVA de médias numé­riques comme Média­part sur celui de la presse papier ou les aban­dons de dette à L’Humanité.

Les contre-pouvoirs

Qu’en est-il de ce qu’il est conve­nu d’appeler les contre-pou­voirs ? Les orga­ni­sa­tions syn­di­cales, patro­nales ou de sala­riés, gèrent en par­te­na­riat avec l’État une par­tie impor­tante de l’activité de notre pays. Ain­si en est-il de la ges­tion pari­taire de la Sécu­ri­té sociale ou de l’assurance-chômage. La dif­fi­cul­té est que ces orga­ni­sa­tions syn­di­cales ne repré­sentent qu’elles-mêmes et ne vivent que des sub­ven­tions de l’État. Moins de 8% des tra­vailleurs sala­riés sont syn­di­qués et leurs coti­sa­tions repré­sentent glo­ba­le­ment 20% des reve­nus des syn­di­cats. Le reste des res­sources pro­vient de sub­ven­tions diverses, de dédom­ma­ge­ments de par­ti­ci­pa­tion à divers orga­nismes consul­ta­tifs ou de ges­tion. Fai­sons simple : aucune orga­ni­sa­tion syn­di­cale ne peut aujourd’hui faire l’impasse, pour son fonc­tion­ne­ment, sur les fonds octroyés par le pou­voir poli­tique.

Quant aux asso­cia­tions les plus connues, elles ne vivent que de sub­ven­tions publiques plus ou moins occultes, sans oublier les bien­faits de la réserve par­le­men­taire octroyée à chaque dépu­té.

En 2009, selon les comptes publiés au Jour­nal offi­ciel, SOS-Racisme a ain­si tou­ché 579 000 € d’argent public, ce qui a cou­vert plus de 60 % de ses res­sources. L’UNAF (Union natio­nale des asso­cia­tions fami­liales), qui a le mono­pole de la repré­sen­ta­tion des familles en France, a tou­ché quant à elle, en 2010, 27 mil­lions d’euros de sub­ven­tions qui assurent, selon la cour des Comptes, 80% de ses res­sources de fonc­tion­ne­ment. On peut s’interroger sur sa liber­té d’action vis-à-vis des pou­voirs publics.

Nous sommes véri­ta­ble­ment en face d’un pro­ces­sus dic­ta­to­rial auquel toute oppo­si­tion semble inutile car il n’est pas néces­saire de recou­rir aux formes juri­diques de la dic­ta­ture pour exer­cer, en fait, un pou­voir abso­lu.

Notre résistance

Et pour­tant : « Si l’on consi­dère quels pri­vi­lèges le par­ti régnant assure à sa clien­tèle, si l’on prend garde que ceux qui votent pour un modé­ré (UMP, ndlr) se rangent dans une caté­go­rie d’inférieurs où ils doivent renon­cer d’avance à toute faveur, sinon à toute jus­tice, si l’on s’avise que les par­tis de gauche joignent à l’avantage de sus­ci­ter les pas­sions révo­lu­tion­naires celui d’apparaître revê­tus de l’autorité de l’État, de sorte qu’excitant les âmes hai­neuses, ils peuvent encore fas­ci­ner les âmes cré­dules, on s’émerveille qu’en dépit de ces condi­tions, sub­siste une masse d’électeurs modé­rés qui varie selon les cir­cons­tances sans dimi­nuer sen­si­ble­ment : il n’y a jamais rien pour don­ner du cœur à ces bonnes gens, ni dans les leçons des écoles, ni dans les dis­cours offi­ciels, ni dans les articles des grands jour­naux, ni sur­tout dans les pro­pos que leur tiennent les dépu­tés mêmes qui les repré­sentent. Cepen­dant ils ne se rendent pas, et quand on consi­dère leur obs­ti­na­tion, on ne peut s’empêcher d’y voir la pro­tes­ta­tion suprême d’un génie qui ne veut pas mou­rir…» (Abel Bon­nard, Les Modé­rés, Gras­set, 1936).

Écrits d’une brû­lante actua­li­té qui devraient faire plai­sir à M. Valls, tou­jours à ratio­ci­ner sur les ligues d’avant-guerre, dont il ne peut avoir qu’une connais­sance livresque, et les émeutes du 6 Février 1934, oubliant de rap­pe­ler que le résul­tat le plus immé­dia­te­ment per­cep­tible de ces évé­ne­ments fut l’élection de la chambre dite du Front popu­laire qui porte à son actif, quatre ans après son élec­tion, la plus cui­sante défaite que la France ait jamais connue dans son his­toire pour­tant bien longue. Il n’y a pas de quoi se van­ter !

Face à la dic­ta­ture socia­liste qui, sour­noi­se­ment, s’installe, notre résis­tance est d’abord inté­rieure. C’est le refus moti­vé d’appeler bien ce qui est mal, pro­grès ce qui est déca­dence, lumière ce qui est nuit, vie ce qui est mort. C’est la liber­té de l’âme faite pour décou­vrir le vrai et contem­pler le beau, l’acceptation sereine de notre dif­fé­rence reli­gieuse, fami­liale, édu­ca­tive, intel­lec­tuelle, ves­ti­men­taire…, la volon­té farouche de ne nous consi­dé­rer ici-bas que comme des « étran­gers et des voya­geurs » (He 11, 13), le sen­ti­ment assu­mé d’être des héri­tiers infi­dèles et des ser­vi­teurs inutiles, « l’héroïsme sans éclat des humbles fidé­li­tés domes­tiques » (R.P. Th. Cal­mel o.p.).

C’est, enfin, la for­mi­dable espé­rance de nous connaître pécheurs et de nous savoir sau­vés !

Jean-Pierre Mau­gendre

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