Des difficultés de l’ultramontanisme conciliaire

« Roma locu­ta est. Cau­sa fini­ta est», Rome a par­lé, la cause est enten­due. Bien mal­heu­reu­se­ment, la fameuse sen­tence augus­ti­nienne est aujourd’hui deve­nue d’un usage plus déli­cat. C’est ain­si que le 24 octobre der­nier, la com­mis­sion pon­ti­fi­cale Jus­tice et paix ren­dait public un docu­ment sur la crise finan­cière actuelle en appe­lant, entre autres consi­dé­ra­tions, à une « auto­ri­té publique à com­pé­tence uni­ver­selle ». La nova­tion était de taille, en par­ti­cu­lier par rap­port à l’enseignement de l’encyclique Cari­tas in veri­tate. Cepen­dant, incon­tes­ta­ble­ment, ce docu­ment venait de Rome.

La tra­di­tion jour­na­lis­tique ultra­mon­taine qui fut celle de l’Univers de Louis Veuillot ou de La pen­sée Catho­lique de l’abbé Luc Lefèvre étant aujourd’hui essen­tiel­le­ment repré­sen­tée en France par le men­suel La Nef et le bi-men­suel l’Homme Nou­veau, l’éditorial de Phi­lippe Maxence sur le sujet (Homme Nou­veau n° 1504) était pour le moins cir­cons­pect : « Étran­ge­ment, consta­tant l’échec des super­struc­tures mon­diales, Jus­tice et Paix appelle à encore plus de mon­dia­li­sa­tion, certes tem­pé­rée par la sub­si­dia­ri­té ». En revanche La NefLa_Nef.jpg ne tarit pas d’éloges sous la plume de Chris­tophe Gef­froy : « Voi­là un bien beau pro­gramme dont les « réa­listes » de tout poil ne man­que­ront pas de moquer le carac­tère « uto­pique » comme sou­vent face à l’audace du vrai chris­tia­nisme » et sous celle de Jacques de Guille­bon : « Rome parle. Et quand Rome parle, c’est la voix de l’univers que l’on entend, une voix dans la tes­si­ture de laquelle les pauvres forment le chœur domi­nant. (…) texte révo­lu­tion­naire (…). Chris­tophe Gef­froy dans son édi­to­rial revient avec pré­ci­sion, minu­tie et intel­li­gence sur l’essentiel du pro­pos… Pour nous, en tant qu’il com­bat ces deux erreurs de la moder­ni­té (le libé­ra­lisme et l’État fort), ce texte nous convient par­fai­te­ment. » Voi­là qui vous a le panache d’un zouave pon­ti­fi­cal à la bataille de Cas­tel­fi­dar­do.

Pata­tras ! Le 4 novembre, le car­di­nal secré­taire d’État Ber­tone convo­quait au Vati­can une réunion désa­vouant le docu­ment et ordon­nant que désor­mais tous les textes publiés par la curie romaine lui soient sou­mis avant publi­ca­tion. Le même jour, dans l’Osservatore Roma­no, son édi­to­ria­liste éco­no­mique Ettore Got­ti Tedes­chi taillait en pièces le docu­ment du conseil pon­ti­fi­cal Jus­tice et Paix.

À trop vou­loir conci­lier les contraires on finit géné­ra­le­ment par se prendre les pieds dans le tapis. Dur, dur d’être le der­nier gro­gnard du Concile et de vou­loir appli­quer la grille de lec­ture de l’herméneutique de la conti­nui­té aux moindres écrits et res­crits romains. C’est le même zèle qui conduit le père Basile, tou­jours dans La Nef, à jus­ti­fier Assise_2011.jpgAssise I au moment où Benoît XVI éprouve jus­te­ment le besoin de le cor­ri­ger. « Au niveau pru­den­tiel, on peut esti­mer qu’il y a eu des bavures sous Jean-Paul II, et on peut aus­si se deman­der si le public a été suf­fi­sam­ment infor­mé et aver­ti du sens exact et de la jus­ti­fi­ca­tion morale d’une telle coopé­ra­tion à la prière des frères en huma­ni­té enga­gés dans des reli­gions mêlées de beau­coup d’erreurs » écrit le moine béné­dic­tin du Bar­roux. L’exposition de la sta­tue de Boud­dha sur l’autel de l’église Saint-Pierre d’où avait au préa­lable été reti­ré le Saint-Sacre­ment devient ain­si une simple « bavure ». Notre Sei­gneur Jésus-Christ est chas­sé d’une église qui a été construite pour célé­brer Son culte et est rem­pla­cé par une idole et cela dans l’indifférence géné­rale. On croit rêver ! Quant au « public insuf­fi­sam­ment infor­mé et aver­ti », l’argument com­mence à être écu­lé sous la plume des mêmes qui nous expliquent que, cin­quante ans après le concile, ce der­nier n’a tou­jours pas été com­pris ni appli­qué. S’il faut cin­quante années pour com­prendre un texte, au XXe siècle, c’est qu’il y a clai­re­ment une dif­fi­cul­té majeure dans l’énoncé même de ce texte. Il n’a pas fal­lu cin­quante années au concile de Trente pour pro­duire ses bons fruits.

L’ultramontanisme est une variante contem­po­raine de la légi­time roma­ni­té de toute intel­li­gence catho­lique : il n’interdit pas l’exercice de l’esprit cri­tique dans la fidé­li­té à la Tra­di­tion de l’Église.

Jean-Pierre Mau­gendre, le 17 novembre 2011

1 réponse

  1. Des difficultés de l’ultramontanisme conci­liaire
    Quand La Croix y va de sa petite désinformation habi­tuelle et nauséabonde dans un article inti­tulé « Le Vati­can fait entendre des voix diverses.  » Leurs pseu­do-jour­na­listes devraient vite s’abonner à Renais­sance Catho­lique !