Benoît XVI poserait-il problème aux journalistes et aux politiciens ?

En route vers Damas, où il a reçu mis­sion d’éliminer les dis­ciples du Christ, Saül est mis à terre de son che­val et une voix venue de la nuée l’interroge : “Saül, Saül pour­quoi me per­sé­cutes-tu ?”. Le Christ mani­feste ain­si que “de l’Église et du Christ c’est tout un” (sainte Jeanne d’Arc). Les céré­mo­nies litur­giques de la Semaine Sainte nous ont rap­pe­lé les souf­frances indi­cibles que le Christ a subies avant d’accéder à la gloire de sa Résur­rec­tion.

Glo­ba­le­ment, depuis le Concile et son dis­cours de clô­ture pro­non­cé par Paul VI, le 7 décembre 1965 : “Un cou­rant d’affection et d’admiration a débor­dé du Concile sur le monde humain moderne”, l’Église avait pris son par­ti d’être “inter­lo­cu­trice et non régente” selon Mgr Vil­net alors Pré­sident de la Confé­rence des évêques de France. à ce titre, il était admis qu’elle appor­tât sa note ori­gi­nale au concert média­tique, à condi­tion de savoir s’associer aux grandes causes natio­nales et inter­na­tio­nales : la lutte contre le racisme et l’antisémitisme ou contre le sida, la pro­mo­tion des Droits de l’homme…

Ce consen­sus a volé en éclat depuis quelques mois suite à trois évé­ne­ments de nature bien dif­fé­rente :

 la levée de l’excommunication des quatre évêques sacrés sans man­dat pon­ti­fi­cal par Mgr Lefebvre en 1988,

 le rap­pel, par l’ordinaire du lieu, des peines d’excommunication encou­rues par les parents et les méde­cins qui avaient pro­cé­dé à l’avortement d’une fillette de 9 ans, vio­lée par son beau-père à Recife (Bré­sil),

 l’affirmation par Benoît XVI, lors de son voyage en Afrique, que l’“on ne peut résoudre ce fléau (le sida) avec la dis­tri­bu­tion de pré­ser­va­tifs : au contraire le risque est d’accroître le pro­blème”.

L’inquisition média­tique s’est mise en branle. Les enne­mis tra­di­tion­nels de l’Église ont déchi­ré leurs vête­ments : “Il a blas­phé­mé” ! Lorsque l’abbé Pierre, sou­te­nant son ami Roger Garau­dy, auteur des Mythes fon­da­teurs de la poli­tique israé­lienne, avait tenu des pro­pos ana­logues à ceux de Mgr William­son, ceux-ci n’avaient, au regard du tsu­na­mi média­tique que nous avons connu, pro­vo­qué que de modestes vague­lettes. Est-il besoin de sou­li­gner que la noto­rié­té de l’évêque anglais et celle du prêtre fran­çais, vedette média­tique, sont sans com­mune mesure ?

Les “sau­cis­son­neurs” du Ven­dre­di Saint se sont scan­da­li­sés, d’abord de la levée avec tant de légè­re­té (selon eux) d’une excom­mu­ni­ca­tion ; ensuite de la rudesse de son rap­pel dans un autre cas. Comme si, pour eux, le fait de ne plus pou­voir appro­cher des sacre­ments était un sup­plice à l’égal du pal ou du bûcher. Hypo­crites !

Les faux dévots, les catho­liques mon­dains, y sont allés de leur petite fiente. Le Par­le­ment belge s’est inquié­té des “pro­pos dan­ge­reux et irres­pon­sables du pape”. Alain Jup­pé a décla­ré : “Ce pape com­mence à poser un vrai pro­blème”.

Le plus dou­lou­reux est sans doute, cepen­dant, dans ces cir­cons­tances, l’attitude de cer­tains évêques. L’épiscopat alle­mand s’est dis­tin­gué en évo­quant les “pannes irres­pon­sables” et en sou­hai­tant un “chan­ge­ment dans la stra­té­gie et la com­mu­ni­ca­tion romaine”. Le car­di­nal Leh­mann est allé jusqu’à décla­rer : “Le pape me fait mal”. à Paris, le car­di­nal Vingt-Trois a dénon­cé “les dys­fonc­tion­ne­ments évi­dents des ser­vices concer­nés” à pro­pos de l’affaire William­son. Les chantres du dia­logue et de l’œcuménisme envers les frères sépa­rés qui auraient dû se réjouir du geste fait pour recher­cher la “bre­bis per­due” n’ont au contraire par­lé que de “tris­tesse et de décep­tion” (car­di­nal Vingt-Trois, dis­cours inau­gu­ral de l’Assemblée de prin­temps de la confé­rence des évêques de France, le 31 mars 2009, à Lourdes).

Les offices de la Semaine Sainte nous ont don­né la clé de lec­ture de ces évé­ne­ments tra­giques. Alors que le Christ s’apprête à entrer en ago­nie au jar­din des Oli­viers, après avoir célé­bré la pre­mière messe de l’histoire de l’humanité et consa­cré les apôtres évêques, il quitte la soli­tude de la prière, se tourne vers ses dis­ciples et les trouve endor­mis, inve­nit eos dor­mientes. Dans quelques heures, Judas le tra­hi­ra, saint Pierre le renie­ra et, par­mi le col­lège apos­to­lique, seul saint Jean sera au pied de la Croix avec les saintes femmes.

Bea­ti mites, “bien­heu­reux les doux, car ils pos­sé­de­ront la terre”. Ces “doux” repré­sentent le ser­vi­teur souf­frant d’Isaïe, l’agneau mené à l’abattoir, le Christ por­tant sa croix vers le Gol­go­tha mais aus­si le pape Benoît XVI au visage sou­riant et pai­sible.

Le dis­ciple n’est pas au-des­sus du maître. Ils m’ont per­sé­cu­té, ils vous per­sé­cu­te­ront aus­si, nous avait ensei­gné le divin maître.

L’ennemi de l’homme a com­pris que l’“admiration” de l’Église pour le monde moderne n’est plus de mise aujourd’hui. Ce qui est à l’ordre du jour, c’est Jésus-Christ et Jésus-Christ cru­ci­fié. La lutte sera impla­cable. Les évé­ne­ments récents ont pro­cé­dé à une redis­tri­bu­tion des rôles au sein même de l’Église. Comme l’a noté Jean Madi­ran, le drame de ce jour est qu’il existe un pape pour deux Églises ; la situa­tion ne date pas d’aujourd’hui, cepen­dant les lignes de par­tage se sont dépla­cées. à l’opposition, Église “conci­liaire” /​ Église “inté­griste”, se sub­sti­tue peu à peu une ligne de par­tage Église tra­di­tion­nelle /​ Église moder­niste. à une ligne de frac­ture juri­dique –“les excom­mu­ni­ca­tions”– se sub­sti­tue peu à peu une ligne de par­tage met­tant en jeu la foi et la morale et, peut-être plus pro­fon­dé­ment, les rela­tions de l’Église avec le monde pro­fane. Cette ligne de par­tage se mani­feste par­tout : dans les paroisses, par­mi les épis­co­pats, dans le Sacré-Col­lège, à la curie romaine…

Face au déchaî­ne­ment hys­té­rique de la meute média­tique, Benoît XVI sait que, dans la défense de la foi et de la morale, le sou­tien de l’ensemble des com­mu­nau­tés et des fidèles tra­di­tio­na­listes lui est acquis, ce qui est loin d’être le cas de l’ensemble du reste de l’Église, clercs et laïcs confon­dus. Cela ne suf­fit certes pas à résoudre les ques­tions doc­tri­nales, en par­ti­cu­lier sur le concile, qui res­tent à débattre, mais cela crée un autre cli­mat.

Notons que cer­tains publi­cistes, aux bonnes inten­tions évi­dentes, ont, à pro­pos de la levée des excom­mu­ni­ca­tions, évo­qué le geste du père accueillant l’enfant pro­digue et par­don­nant les fautes pas­sées. Cette ana­lo­gie ne me semble repo­ser sur rien de sérieux. Dans la para­bole évan­gé­lique, le père de famille s’occupe conscien­cieu­se­ment de son domaine avec son fils aîné pen­dant que le fils pro­digue part dila­pi­der sa part d’héritage dans les plai­sirs et la débauche. Assi­mi­ler la Fra­ter­ni­té sacer­do­tale Saint-Pie X à un fils indigne dila­pi­dant le patri­moine fami­lial pen­dant que le maître, fidèle à sa mis­sion, conti­nue­rait à gérer et à faire pros­pé­rer le domaine, est une ana­lo­gie qui n’a aucun lien avec la réa­li­té.

La juste para­bole me sem­ble­rait plu­tôt être celle d’un maître faible et sans auto­ri­té, qui laisse des foules de para­sites et de gens de mau­vaise vie enva­hir le domaine et “rava­ger les vignes du Sei­gneur”. Un fils se dresse contre cet aban­don, se heurte à son père et main­tient dans une par­tie du domaine les prin­cipes qui avaient fait la gran­deur de la mai­son. Le domaine dévas­té, le maître de famille se tourne vers son fils, fidèle aux tra­di­tions fami­liales mal­gré sa déso­béis­sance, pour l’aider à rele­ver la mai­son…

Dès son élec­tion, Benoît XVI nous avait pré­ve­nus : “Priez pour moi, afin que je ne me dérobe pas, par peur, devant les loups”. Les loups sont lâchés. Le fro­ment va être pas­sé au crible. La fidé­li­té au vicaire du Christ sera, comme tou­jours, depuis 2000 ans le véri­table révé­la­teur de la fidé­li­té au Christ.

L’élection de Barack Oba­ma à la pré­si­dence des États-Unis, l’incompréhension totale par Nico­las Sar­ko­zy de ce que peut être une famille natu­relle, les enjeux finan­ciers de l’industrie du sexe (pré­ser­va­tif, pilule, por­no­gra­phie…), la mon­tée en pres­sion conti­nue d’un islam “sûr de lui et domi­na­teur”, le renou­veau d’une laï­ci­té mili­tante et agres­sive sont quelques-uns des défis majeurs aux­quels l’Église sera confron­tée dans les années à venir.

Benoît XVI vient de mon­trer au monde qu’il ne sacri­fie­rait pas aux nou­velles idoles du rela­ti­visme éthique et de la pen­sée unique tota­li­taire. Dans l’Occident qui fut chré­tien, le temps des vexa­tions va sans doute lais­ser place à celui des per­sé­cu­tions. Le pape et l’Église ont besoin de nos prières, de nos sacri­fices, de nos fidé­li­tés, de nos témoi­gnages, de notre géné­ro­si­té. Sont-ils à la mesure de l’ampleur et des enjeux de la bataille en cours ? Sou­hai­tons-le !

Jean-Pierre Mau­gendre

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