Actualité de Nicolas de Hannappes

Le 18 mai 1291, la ville for­ti­fiée de Saint-Jean-d’Acre, ultime port croi­sé ayant résis­té aux assauts des Mame­louks, tom­bait sous les assauts des troupes du sul­tan Al Ash­raf Kha­lil. Cette chute mar­quait la fin de l’aventure des croi­sades en Orient. Par­mi les nom­breuses vic­times se trou­vait le patriarche latin de Jéru­sa­lem, Nico­las de Han­nappes, reli­gieux domi­ni­cain ori­gi­naire des Ardennes. Pen­dant toute la durée du siège il avait été héroïque, sou­te­nant le cou­rage et l’ardeur des com­bat­tants. À l’heure de la fin, il avait embar­qué à bord d’un navire mais, ne pou­vant se résoudre à aban­don­ner ses ouailles à leur triste sort, il avait exi­gé que l’on conti­nuât d’accueillir à bord de son embar­ca­tion les fidèles qui fuyaient la ville assié­gée. Le vais­seau sur­char­gé finit par som­brer, entraî­nant dans l’abîme et la mort son équi­page, les pas­sa­gers et le patriarche lui-même.

Prise_de_st_jean_d_acre.jpgEst-il incon­gru d’observer que le patriarche, ain­si mu par une com­pas­sion aus­si puis­sante que désor­don­née, n’avait fait, concrè­te­ment, qu’ajouter du mal­heur au drame en cours ? Quelles leçons tirer de ce tra­gique évé­ne­ment ?

La responsabilité des autorités politiques

À bord d’un navire, le res­pon­sable devant Dieu et les hommes en est le com­man­dant et pas l’aumônier ni le pas­sa­ger aus­si pres­ti­gieux et titrés soient-ils. C’est le com­man­dant qui connaît le nombre de per­sonnes que son embar­ca­tion peut embar­quer. Ana­lo­gi­que­ment ce sont les auto­ri­tés poli­tiques et non les auto­ri­tés ecclé­sias­tiques qui sont en charge de mesu­rer quelle part de « nou­veaux arri­vants » peuvent sup­por­ter les nations dont elles ont la res­pon­sa­bi­li­té. Le rôle de l’Église est sim­ple­ment d’exhorter à la géné­ro­si­té comme le fit par exemple Pie XII en 1948 s’adressant aux évêques amé­ri­cains : « La domi­na­tion de chaque nation bien qu’elle doive être res­pec­tée ne peut être exa­gé­rée au point que, si un endroit quel­conque de la terre offre la pos­si­bi­li­té de faire vivre un grand nombre d’hommes, on n’en inter­di­ra pas, pour des motifs insuf­fi­sants et pour des causes non jus­ti­fiées l’accès à des étran­gers néces­si­teux et hon­nêtes, sauf s’il existe des motifs d’utilité publique, à peser avec le plus grand scru­pule ».

La prudence, vertu politique

La pru­dence qui est l’appréciation rai­son­nable des faits est, par excel­lence, la ver­tu des chefs. Il n’est pas deman­dé à une idée d’être géné­reuse mais d’être juste, c’est-à-dire conforme à la réa­li­té des faits. Notre erreur, cruelle, serait de croire que la bêtise est inof­fen­sive. Concer­nant l’immigration extra-euro­péenne qui déferle sur notre conti­nent, la pru­dence recom­man­de­rait de ne lais­ser péné­trer sur notre sol que des popu­la­tions dis­po­sées à s’intégrer à notre civi­li­sa­tion, effec­ti­ve­ment vic­times de per­sé­cu­tion dans leurs pays et en nombre suf­fi­sam­ment faible pour qu’elles soient assi­mi­lables.

La prise de déci­sion juste n’est pas réduc­tible aux grands prin­cipes, si géné­reux soient-ils en appa­rence, décon­nec­tés de la réa­li­té. Le nombre de pas­sa­gers que peut embar­quer le navire dépend, aus­si, de l’état de la mer. Quand Nico­las Sar­ko­zy décla­rait à Sofia, le 5 octobre 2007 : « Chaque fois que quelqu’un est humi­lié, est per­sé­cu­té, est oppri­mé, il devient auto­ma­ti­que­ment Fran­çais », la conster­na­tion du lec­teur le dis­pu­tait alors à la com­mi­sé­ra­tion.

Nous sommes en guerre

De plus est-il utile de rap­pe­ler qu’une par­tie du monde musul­man, en par­ti­cu­lier sun­nite, nous a décla­ré la guerre ? Une réa­li­té s’impose : il n’est pas impos­sible que par­mi les réfu­giés musul­mans sun­nites issus du Moyen-Orient se soient glis­sés quelques ter­ro­ristes isla­mistes. Le sou­ci de cohé­rence exige que les actions suivent les décla­ra­tions et qu’après avoir pris acte de l’état de guerre dans lequel nous nous trou­vons les auto­ri­tés poli­tiques et ecclé­sias­tiques en tirent les consé­quences logiques.

Le caté­chisme de l’Église Catho­lique le rap­pelle jus­te­ment § 2241 : « Les nations mieux pour­vues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de la sécu­ri­té et des res­sources vitales qu’il ne peut trou­ver dans son pays d’origine. (…) Les auto­ri­tés poli­tiques peuvent en vue du bien com­mun dont elles ont la charge subor­don­ner l’exercice du droit d’immigration à diverses condi­tions juri­diques, notam­ment au res­pect des devoirs des migrants à l’égard du pays d’adoption. L’immigré est tenu de res­pec­ter avec recon­nais­sance le patri­moine maté­riel et spi­ri­tuel de son pays d’accueil, d’obéir à ses lois et de contri­buer à ses charges. »

Forts de cet ensei­gne­ment nous voi­là habi­li­tés à rap­pe­ler à tous les héri­tiers spi­ri­tuels, l’abnégation et le dévoue­ment en moins, de Nico­las de Han­nappes – ecclé­sias­tiques dévoyés ou idéo­logues déra­ci­nés –, que nous ne lais­se­rons pas le navire qui porte le beau nom de France être sub­mer­gé au-delà de ses capa­ci­tés d’accueil par des popu­la­tions qui, loin de fuir le joug isla­mique, en sont, aujourd’hui, trop sou­vent les com­plices.

Jean-Pierre Mau­gendre

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