À propos de l’intégration par l’école

Face à la recru­des­cence du ter­ro­risme isla­mique la classe poli­ti­co média­tique croit avoir trou­vé la mar­tin­gale : il suf­fi­rait d’enseigner la laï­ci­té à l’école et ain­si, immu­ni­sés contre tous les extré­mismes, les dji­ha­distes poten­tiels se mue­raient en « bétail doux et poli » consti­tué de citoyens actifs et de répu­bli­cains zélés. Cette pers­pec­tive se heurte cepen­dant à deux dif­fi­cul­tés de taille.

Islamisme radical et niveau d’études

Tout d’abord les cavales san­glantes de Moha­med Merah, Amé­dy Cou­li­ba­ly, Ché­rif et Saïd Koua­chi, l’égorgement par Ryan, un enfant de 12 ans, d’un agent du Mos­sad, réel ou sup­po­sé, pré­sen­té en vidéo le 11 mars 2015 marquent l’échec cui­sant de l’école publique, laïque et obli­ga­toire dans le pro­ces­sus d’intégration, à défaut d’assimilation, de popu­la­tions nom­breuses et jeunes, étran­gères à notre civi­li­sa­tion. Ces assas­sins ne sont pas des mar­gi­naux. Ils ont sui­vi un cur­sus d’étude nor­mal qui ne les a pas dis­sua­dés de se radi­ca­li­ser. Tous les obser­va­teurs se montrent admi­ra­tifs devant les tech­niques de pro­pa­gande, en par­ti­cu­lier sur les réseaux sociaux, mises en œuvre par les mili­tants de l’État isla­mique. Or la maî­trise de telles tech­niques ne sau­rait être le fait de semi anal­pha­bètes ou de cha­me­liers famé­liques. Dans leur euro­péo-cen­trisme for­ce­né, nos élites diri­geantes estiment que, de même que Vic­tor Hugo croyait en son temps qu’« ouvrir une école c’est fer­mer une pri­son  », aujourd’hui, selon eux, l’extrémisme musul­man ne sau­rait être le fait que de brutes épaisses qu’il suf­fi­rait de faire béné­fi­cier des Lumières de la rai­son pour les rame­ner à un com­por­te­ment plus « éclai­ré ». Les faits sont têtus : on peut être ingé­nieur infor­ma­ti­cien et ter­ro­riste musul­man.

La laïcité est une religion

Autre dif­fi­cul­té. Alors qu’il était ministre de l’Éducation natio­nale Vincent Peillon a abon­dam­ment dis­ser­té sur le fait que la laï­ci­té était une véri­table reli­gion : « La laï­ci­té fran­çaise, son ancrage pre­mier dans l’école, est l’effet d’un mou­ve­ment enta­mé en 1789, celui de la recherche per­ma­nente, inces­sante, obs­ti­née de la reli­gion qui pour­ra réa­li­ser la Révo­lu­tion comme pro­messe poli­tique, morale, sociale, spi­ri­tuelle. Il faut, aus­si, pour cela une reli­gion uni­ver­selle : ce sera la laï­ci­té. Il lui faut aus­si son temple ou son église : ce sera l’école. Enfin, il lui faut son nou­veau cler­gé : ce seront les hus­sards noirs de la Répu­blique » (in Une reli­gion pour la Répu­blique). Ou encore : « C’est bien une nou­velle nais­sance, une trans­sub­stan­tia­tion qu’opère dans l’école et par l’école, cette nou­velle Église avec son nou­veau cler­gé, sa nou­velle litur­gie, ses nou­velles tables de la loi » (in La Révo­lu­tion fran­çaise n’est pas ter­mi­née). Vincent Peillon avait éga­le­ment fait adop­ter une charte de la laï­ci­té dont l’objectif était clai­re­ment annon­cé : « La nation confie à l’école la mis­sion de faire par­ta­ger aux élèves les valeurs de la Répu­blique ». Nous avons tous en mémoire les grandes litur­gies répu­bli­caines dont l’apothéose fut cer­tai­ne­ment la mani­fes­ta­tion du 11 jan­vier, en hom­mage aux vic­times de Char­lie Heb­do. Nous par­lons bien sûr des jour­na­listes assas­si­nés et pas des chré­tiens mas­sa­crés au Nigé­ria ou au Niger par des isla­mistes car assi­mi­lés aux blas­phé­ma­teurs du pro­phète de Char­lie Heb­do. Ce sont des vic­times de Char­lie Heb­do dont on parle moins.

Madame Bel­ka­cem com­met une lourde erreur d’appréciation si elle croit que les jeunes musul­mans vont accep­ter d’apostasier leur reli­gion et de se conver­tir à la reli­gion de la laï­ci­té. Ces popu­la­tions ont déjà une reli­gion et ne semblent guère enclines à en embras­ser une autre.

Faire aimer la France

L’école a été, en par­ti­cu­lier à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, un réel fac­teur d’intégration à notre com­mu­nau­té natio­nale, à l’instar de l’armée ou de l’Église pour les popu­la­tions catho­liques. Elle s’est ren­due inapte à jouer ce rôle en par­ti­ci­pant à la des­truc­tion de notre roman natio­nal et en fai­sant cho­rus avec les spé­cia­listes de la repen­tance uni­la­té­rale. Chris­tiane Tau­bi­ra a pu décla­rer dans L’Express du 4 mai 2006 qu’il ne fal­lait pas trop, en his­toire, évo­quer la traite négrière ara­bo-musul­mane afin que les « jeunes Arabes » « ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes ». On aime­rait qu’une telle atten­tion déli­cate s’exerce éga­le­ment à l’encontre des ancêtres des Fran­çais de souche. Plu­tôt que de chan­ter, en vain, les louanges d’une nou­velle reli­gion laïque dont la vacui­té n’est sur­pas­sée que par le carac­tère tota­li­taire, l’école ne pour­ra jouer son rôle d’intégration que si elle s’attache à faire aimer la France, « Mère des arts, des armes et des lois ». Il est cepen­dant à craindre que le logi­ciel des fonc­tion­naires du minis­tère de l’Éducation natio­nale ain­si que celui de la plu­part des ensei­gnants n’ait pas été pré­vu pour sup­por­ter une telle appli­ca­tion. Il va donc fal­loir chan­ger de logi­ciel !

Jean-Pierre Mau­gendre

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