À propos de la supplique filiale au pape François

1. Avec ce Synode, ne ver­rait-on pas se rejouer le drame de Vati­can II confis­qué par une mino­ri­té libé­rale ?

Le drame du concile, comme l’a admi­ra­ble­ment démon­tré le pro­fes­seur De Mat­tei dans son ouvrage : Vati­can II. Une his­toire à écrire est en effet qu’une mino­ri­té libé­rale, agis­sante et orga­ni­sée, a réus­si, avec la bien­veillance de l’autorité suprême, à impo­ser sa volon­té à une mino­ri­té conser­va­trice inor­ga­ni­sée et sur­tout à une majo­ri­té d’évêques dépas­sés par les enjeux. L’analogie entre le fonc­tion­ne­ment du synode et celui du concile semble donc légi­time sous deux aspects : d’une part la par­tia­li­té des ins­tances régu­la­trices, d’autre part les entorses au mode de fonc­tion­ne­ment régu­lier pré­vu ini­tia­le­ment. L’un des vice-pré­si­dents du Synode, a bien rele­vé cette ana­lo­gie : « Plu­sieurs pères syno­daux ont affir­mé avoir sen­ti l’esprit du Concile Vati­can II »

2. Nous avons assis­té à un véri­table gal­vau­dage des mots « misé­ri­corde » et « pas­to­rale ». Quels sont les enjeux de ce com­bat séman­tique ?

Si le mot misé­ri­corde est d’usage très ancien, celui de « pas­to­rale » semble bien plus récent et mar­qué par la phra­séo­lo­gie de l’Action Catho­lique du XXe siècle. Il y aurait d’une part la doc­trine, par nature intou­chable et éthé­rée, d’autant plus intou­chable qu’éthérée et d’autre part les réa­li­tés concrètes qu’il fau­drait prendre en compte sans juger aucune situa­tion ni per­sonne, seule devant être prise en compte la droi­ture de l’intention. C’est une vision dia­lec­tique que d’opposer ain­si la doc­trine à la pas­to­rale.

A la femme adul­tère le Christ affirme (Jn, I, 11) « Moi non plus je ne te condamne pas. Va et désor­mais ne pèche plus. » Il semble que cer­taines auto­ri­tés ecclé­sias­tiques n’aient rete­nu que la pre­mière par­tie de cette affir­ma­tion.

3. Car­di­nal Kas­per VS Car­di­nal Burke. Ce synode a mis au jour une vraie bataille doc­tri­nale. Qu’en pen­sez-vous ?Je crains que l’origine de ces désac­cords ne soit encore plus tra­gique que ce qu’il appa­raît. En effet la pen­sée tra­di­tion­nelle de l’Église prend en compte trois élé­ments que ne peuvent sup­por­ter ni la socié­té moderne ni les hommes d’Église qui veulent s’en accom­mo­der.

Le péché est une réa­li­té. Il existe des actes objec­ti­ve­ment bons et d’autres mau­vais indé­pen­dam­ment des inten­tions de leurs auteurs qui peuvent être des cir­cons­tances atté­nuantes ou aggra­vantes.

La grâce sacra­men­telle du mariage donne effec­ti­ve­ment aux conjoints les grâces actuelles néces­saires pour rem­plir les obli­ga­tions qui découlent de leur état.

Enfin il n’y a pas de vie chré­tienne sans croix. Le monde moderne refuse la croix du Christ, « scan­dale pour les Juifs, folie pour les païens » (1 co I, 23)

4. Selon le Car­di­nal Bal­dis­se­ri, le Pape Fran­çois a vu et approu­vé les docu­ments les plus contro­ver­sés du Synode avant leur publi­ca­tion… 

Il semble que ce soit effec­ti­ve­ment la réa­li­té des faits, le pape sou­hai­tant « ouvrir les débats… » Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’Église est à la fois un Miracle selon l’expression du père Ser­tillanges (o.p.) et un Mys­tère selon celle du père Clé­ris­sac (o.p.). Les com­por­te­ments de cer­tains hommes d’Église à tra­vers l’histoire, y com­pris le suc­ces­seur de Pierre, ont déjà plon­gé les fidèles dans des abîmes de per­plexi­té. Le com­por­te­ment du pape Libère lors de la crise arienne est encore main­te­nant, nous dirons déli­ca­te­ment, lar­ge­ment sujet à dis­cus­sion, les décla­ra­tions du pape Jean XXII (1316–1334) comme doc­teur pri­vé sur la vision béa­ti­fique après la mort étaient par­fai­te­ment hété­ro­doxes ; nous jet­te­rons un voile pudique sur le com­por­te­ment per­son­nel d’un cer­tain nombre de papes de la Renais­sance dont le plus célèbre fut Alexandre VI Bor­gia. Tout cela ne doit pas nous trou­bler mais nous confor­ter dans la néces­si­té de l’étude de l’enseignement constant de l’Église et la prière aux inten­tions du sou­ve­rain pon­tife. Comme le disait le car­di­nal Consal­vi à Napo­léon qui se van­tait de pou­voir détruire l’Église : « Non, vous ne le pour­rez pas. Nous-mêmes nous n’y avons pas réus­si. »

5. Le Car­di­nal Burke a affir­mé qu’il résis­te­rait si le Pape per­sis­tait dans cette direc­tion. Il a d’ailleurs, comme vous, signé une Sup­plique Filiale au Pape sur l’avenir de la famille. Pou­vez-vous nous pré­sen­ter ce texte ?

Ce texte s’adresse au pape Fran­çois. Il prend acte que depuis plu­sieurs décen­nies « le modèle chaste et fécond de famille prê­ché par l’Évangile et conforme à l’ordre natu­rel » a été atta­qué par de « puis­santes orga­ni­sa­tions et des forces poli­tiques et média­tiques. » Loin de confor­ter les fidèles à Demeu­rer dans la véri­té du Christ, pour reprendre le titre de l’ouvrage consa­cré à ces ques­tions par les car­di­naux Brand­mul­ler, Mul­ler, Caf­fa­ra, De Pao­lis et Burke, le synode sur la famille d’octobre 2014 a envi­sa­gé de per­mettre l’accès à la com­mu­nion des divor­cés rema­riés ain­si que l’acceptation des unions homo­sexuelles. Le risque semble exis­ter que ces « ouver­tures » soient ava­li­sées par le pro­chain synode sur la famille pré­vu en octobre 2015. Les signa­taires sup­plient à genoux le suc­ces­seur de Pierre d’être fidèle à sa mis­sion de « confor­ter ses frères dans la foi » (Luc XXII, 32) en rap­pe­lant solen­nel­le­ment l’enseignement de l’Église sur la famille et le mariage.

6. Selon vous, quelle peut être l’efficacité d’une telle démarche ?

Nous sommes les bre­bis du trou­peau qui inter­rogent res­pec­tueu­se­ment leur pas­teur. Nous ne pou­vons que nous réjouir du zèle qui anime le pas­teur qui part à la recherche de la bre­bis per­due pour la rame­ner dans le trou­peau (Lc, XV, 1–7). Cepen­dant comme l’écrivait Alain Besan­çon, peu sus­pect d’intégrisme catho­lique, dans sa pré­face à l’ouvrage du père Mous­sa­li La croix et le crois­sant : « Il a pu paraître beau et même sublime de se pro­cla­mer « évêque des autres ». « Évêque des siens », pour être moins sublime et plus humble est un éloge qui vaut la peine d’être recher­ché. » Nous ne sommes pas appe­lés à avoir du suc­cès, nous sommes appe­lés à être fidèles. Or cette fidé­li­té n’est pas acquise ad vitam aeter­nam. Elle est une accep­ta­tion de chaque ins­tant à la volon­té de Dieu sur nous, accep­ta­tion sou­te­nue par la vie sacra­men­telle et la prière qui a aus­si besoin des encou­ra­ge­ments et de la recon­nais­sance du Pon­tife Suprême. Il ne fau­drait pas que le trou­peau se dis­perse pen­dant que le pas­teur ne semble pré­oc­cu­pé que par la bre­bis per­due…

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