À propos de la 20e Marche de prière pour la Vie

« Votre enga­ge­ment pour la défense de la vie, selon l’enseignement des papes Jean-Paul II et Benoît XVI, est un beau témoi­gnage d’espérance pour notre socié­té. C’est une belle œuvre que la và´tre et une conso­la­tion de voir le bon tra­vail que vous faîtes. En tant que pré­sident de l’Académie pon­ti­fi­cale pour la Vie, je ne peux que vous en remer­cier et vous encou­ra­ger dans cette voie ». (Mes­sage de sou­tien de Mgr Fisi­chel­la, pré­sident de l’Académie pon­ti­fi­cale pour la Vie, le 29 sep­tembre 2009, à  Renais­sance Catho­lique).


Renais­sance Catho­lique orga­nise le 16 octobre pro­chain sa 20e Marche de prière pour la Vie ! Pou­vez-vous nous rap­pe­ler son his­toire ?

Jean-Pierre Mau­gendre : Notre pre­mière Marche a eu lieu le 20 octobre 1991. Nous par­tions alors de Ver­sailles, le dimanche matin, et après une messe célé­brée à 12 h en plein air dans le Bois de Bou­logne, nous ache­vions notre par­cours par un Salut du Saint-Sacre­ment sur le par­vis de la basi­lique du Sacré-Cœur de Mont­martre. Dès le début, notre intui­tion était que le com­bat pour la défense de la Vie ne pou­vait pas ne revê­tir qu’une dimen­sion natu­relle. Qui a vu de ses yeux le com­por­te­ment des contre-mani­fes­tants lors des rosaires publics orga­ni­sés par SOS Tout-Petits et le doc­teur Dor, ne peut plus igno­rer le carac­tère sata­nique de ce défer­le­ment de la culture de mort. Il y a les tenants “pré­sen­tables” de cette contre-culture : Valé­ry Gis­card d’Estaing, Jacques Chi­rac, Simone Veil,… et les ner­vis anar­cho-trots­kystes, vêtus de noir, le blas­phème à la bouche char­gés de faire taire les oppo­sants par la vio­lence du « har­cè­le­ment démo­cra­tique», cher à Jean-Chris­tophe Cam­ba­dé­lis. Der­rière les flots de sang et les océans de larmes ver­sés depuis cin­quante ans, au nom de la libé­ra­tion de la femme –sur­tout libé­ra­tion de la bra­guette–, se cache, de plus en plus mal, « celui qui est homi­cide depuis le com­men­ce­ment ». Tout cela nous sem­blait exi­ger plus qu’une simple pro­tes­ta­tion publique, si légi­time fut-elle, mais en plus une expia­tion, une répa­ra­tion et une inter­ces­sion publiques. Il nous semble que s’applique à la Culture de mort ce para­graphe de l’Ecriture sainte : « Cette sorte de démon ne se vainc que par la prière et le jeûne » (Marc IX, 29).

En 1994, nous avons modi­fié notre dis­po­si­tif car la messe en plein air dans le Bois de Bou­logne, au mois d’octobre, était très éprou­vante pour les par­ti­ci­pants et le célé­brant, en rai­son des condi­tions cli­ma­tiques… Nous avons alors béné­fi­cié pen­dant six ans, de l’hospitalité de la paroisse Notre-Dame du Lys, à Paris, où la messe était célé­brée en fin de mati­née avant que nous ne rejoi­gnions le Sacré-Cœur que les auto­ri­tés du sanc­tuaire avaient mis à notre dis­po­si­tion depuis 1992, la seule contrainte étant que le Salut ne pou­vait pas avoir lieu trop tôt à cause des offices en fin de jour­née. En 2000, la Pré­fec­ture de Police nous a signi­fié que, pour des rai­sons de sécu­ri­té, il ne nous était plus pos­sible de fran­chir la Seine. Il nous a donc fal­lu trou­ver un point de départ sur la rive droite et c’est ain­si que le lieu de départ est aujourd’hui sur le par­vis de la basi­lique Notre-Dame des Vic­toires. Depuis dix ans, notre Marche prend la forme d’une pro­ces­sion aux flam­beaux, afin d’en rehaus­ser la tenue.

Cette Marche a-t-elle tou­jours sa rai­son d’être alors que celle de « 30 ans ça suf­fit !» en jan­vier, bien que plus récente que la vôtre, ras­semble sen­si­ble­ment plus de monde ?

JPM : Nous nous sommes effec­ti­ve­ment posé la ques­tion. Dès le début, nous avons appor­té notre sou­tien à cette Marche car nous fai­sons par­tie du Col­lec­tif qui l’organise. La démarche du Col­lec­tif se veut à la fois acon­fes­sion­nelle et apo­li­tique. Il est cepen­dant un fait que la seule ins­ti­tu­tion qui défende l’intégralité de la loi natu­relle conte­nue dans le déca­logue, est l’Eglise catho­lique, et sans doute, l’Eglise ortho­doxe. Les seuls pays où une oppo­si­tion vigou­reuse à la Culture de mort se mani­feste (Etats-Unis, Espagne, …) sont ceux dans les­quels la hié­rar­chie catho­lique s’est publi­que­ment inves­tie dans ce com­bat. De plus, n’oublions pas que l’immense majo­ri­té des mar­cheurs est catho­lique. Si cer­tains craignent la confes­sion­na­li­sa­tion du débat, d’autres redoutent la récu­pé­ra­tion poli­tique.

Notre démarche à nous est clai­re­ment confes­sion­nelle et poli­tique. Un prêtre bénit les mar­cheurs et leurs cierges au départ et nous ache­vons notre démarche par un Salut du saint-Sacre­ment dans la basi­lique du Sacré-Cœur de Mont­martre. Plu­sieurs car­di­naux, évêques ou supé­rieurs de com­mu­nau­tés reli­gieuses, ont rejoint le Comi­té d’honneur ou sou­tiennent la Marche. L’an der­nier Mgr Fisi­chel­la, alors pré­sident de l’Académie pon­ti­fi­cale pour la Vie, nous avait trans­mis un beau mes­sage d’encouragement.

11. La nuit tombe, les flambeaux et lumignons sont allumés

Tous les élus poli­tiques sans dis­tinc­tions sont les bien­ve­nus. Si ce sont des lois que nous déplo­rons et condam­nons, il nous paraît heu­reux que s’associent à notre pro­tes­ta­tion tous ceux qui d’une manière ou d’une autre tra­vaillent à l’élaboration des lois ou à leur appli­ca­tion à quelque éche­lon que ce soit : Union euro­péenne, France, région, dépar­te­ment, com­mune… On ne peut pas sou­hai­ter « Des élus pour la vie » et bou­der ceux qui se déplacent, en oubliant que l’état de l’opinion publique étant ce qu’il est en France, ces élus n’ont pas une voix à gagner dans cette démarche mais en ont beau­coup à perdre.

Cer­tains opposent le côté fes­tif et joyeux, musi­ca­le­ment très ani­mé, de la Marche de jan­vier à celui plus aus­tère, de celle d’octobre.

JPM : Nous assu­mons tout à fait ce que cer­tains peuvent consi­dé­rer comme « rin­gard » dans la réci­ta­tion du cha­pe­let. Heu­reu­se­ment, nous sommes en bonne com­pa­gnie dans cette « rin­gar­dise » : quelques saints, tous les papes,… De plus, pour être franc, la gra­vi­té des faits en cause et leur nature ne nous incitent guère à faire la fête : 200 000 avor­te­ments chi­rur­gi­caux annuels, sans comp­ter les vic­times de la pilule du len­de­main et du sté­ri­let, 1 mariage sur 2 qui se solde par un divorce, 1 famille sur 5 qui est mono­pa­ren­tale… Cette longue lita­nie des vic­times de la Culture de mort nous incite plus à la gra­vi­té et à la digni­té qu’aux mani­fes­ta­tions fes­tives. Il y a un temps pour tout ! D’ailleurs l’immense majo­ri­té de nos mar­cheurs sont des jeunes gens et des jeunes filles qui ont com­pris cela.

Notre foi conforte les véri­tés natu­relles, mais seules la prière et la péni­tence pour­ront vaincre « le père du men­songe ». La légi­ti­mi­té de notre Marche nous semble jus­ti­fiée par cette réflexion du Car­di­nal Ber­go­glio, arche­vêque de Bue­nos Aires, en juillet 2010, à l’occasion du vote par le par­le­ment argen­tin d’une loi auto­ri­sant le mariage homo­sexuel : « Ne soyons pas naïfs : il ne s’agit pas d’un simple com­bat poli­tique, c’est le pro­jet de détruire le plan de Dieu. Il ne s’agit pas d’un simple pro­jet légis­la­tif (celui-ci est seule­ment un ins­tru­ment), mais une manœuvre du père du men­songe qui pré­tend embrouiller et trom­per les enfants de Dieu ». Dans ce domaine, comme dans bien d’autres, la laï­ci­té est un piège.

Com­ment voyez-vous l’évolution du com­bat pour la Vie dans les années qui viennent ?

JPM : Mal­heu­reu­se­ment, il fau­drait être aveugle pour ne pas obser­ver que la situa­tion est loin de s’améliorer et que, à cet égard, la droite par­le­men­taire joue un rôle tout aus­si néfaste que la gauche liber­taire. Les bat­te­ries d’acclamation saluant l’entrée sous la cou­pole de Simone Veil, le 18 mars der­nier, ont clai­re­ment mani­fes­té ce consen­sus mor­ti­fère. Ain­si Rose­lyne Bache­lot, ministre de la San­té, vient de dou­bler, à l’occasion de la Jour­née de la femme, le 8 mars der­nier le mon­tant du for­fait IVG qui passe pour les chi­rur­giens avor­teurs de 382 € à 625 € l’acte. La même décla­rait le 15 juin devant le Sénat : « L’IVG est pré­sen­tée comme un mal néces­saire. Je ne m’associe pas à cette pré­sen­ta­tion néga­tive (…) Je pré­fère, en sou­ve­nir de nos com­bats, conser­ver le mot « avor­te­ment » plu­tôt que cet IVG de bon ton (…) La gros­sesse non dési­rée est une souf­france, l’avortement est un moyen de dimi­nuer cette souf­france.» L’avortement fut d’abord une excep­tion, puis il est deve­nu un droit, il est main­te­nant un bien, une sorte d’analgésique ! Cepen­dant, dans le même temps, Mme Michèle André, pré­si­dente de la délé­ga­tion aux Droits des femmes et à l’égalité des chances, était bien obli­gée d’observer le 15 juin der­nier devant le Sénat : « Les pres­sions psy­cho­lo­giques exer­cées par les familles, mais aus­si par cer­tains élé­ments du corps médi­cal, rendent plus dif­fi­cile pour les femmes l’exercice de leurs droits. Enfin, cer­tains méde­cins sont encore réti­cents à accom­plir des actes d’IVG. »

La véri­té est que le réel, même effron­té­ment nié, refait tou­jours sur­face. Tous les acteurs du drame sont conscients à un moment ou à un autre qu’un avor­te­ment chi­rur­gi­cal, ce n’est pas une opé­ra­tion de l’appendicite. La média­ti­sa­tion du syn­drome post-avor­te­ment sera sans doute d’ailleurs un des axes majeurs du com­bat pour la vie dans les années à venir.

Nous fai­sons nôtre la récente décla­ra­tion de Mgr Cha­put, évêque de Den­ver : « L’avortement est le pro­blème fon­da­men­tal de notre temps (…) Le droit à la vie est à la base de tout autre droit de l’homme (…) Nous vivons à une époque où l’Église est appe­lée à être une com­mu­nau­té croyante de résis­tance (…) Nous ne devons pas nous ber­cer de l’illusion selon laquelle en nous asso­ciant aux voix du laï­cisme et de la déchris­tia­ni­sa­tion, nous pour­rions d’une façon quel­conque adou­cir ou chan­ger les choses. Seule la Véri­té peut rendre les hommes libres. »

À cet égard, l’attitude des évêques de France semble être en train d’évoluer. Ain­si, le Car­di­nal Ricard, arche­vêque de Bor­deaux, ancien pré­sident de la confé­rence épis­co­pale, décla­rait le 19 février 2010 : « Il faut don­ner leur juste place à ces marches pour la Vie (…) Elles attirent l’attention sur un pro­blème. Elles alertent l’opinion. Nos consciences ont besoin d’être réveillées. Je pense que les dif­fé­rentes marches pour la vie ont cette fonc­tion. Il est néces­saire qu’elles soient accom­pa­gnées tout au long de l’année par un patient tra­vail d’éducation et d’action sur les men­ta­li­tés et dans cer­tains cas d’interpellation de nos légis­la­teurs ».

Concrè­te­ment ?

JPM : Cette Marche aux flam­beaux est essen­tiel­le­ment une marche de prière, ouverte à tous ceux qui œuvrent pour le res­pect de la vie et de la digni­té de la per­sonne humaine. Elle se déroule à un rythme per­met­tant à tous d’y par­ti­ci­per. Nous tenons à remer­cier très sin­cè­re­ment tous ceux qui, par leur pré­sence, leur prière, leur aide maté­rielle ou finan­cière ont per­mis à cette Marche de durer depuis vingt ans.

Nous vous don­nons ren­dez-vous à 17 h 45 devant la basi­lique Notre-Dame-des-Vic­toires, place des Petits-Pères, Paris 2e (M° Bourse) pour la céré­mo­nie de départ. La Marche se ter­mine par un Salut du Saint-Sacre­ment, célé­bré à 20 h au Sacré-Cœur de Mont­martre (M° Anvers).

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