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Université d’été 2013 : Après la Chrétienté ?
L’université se déroulera du jeudi 11 au dimanche 14 juillet 2013, au Carrousel de Baronville (28 Béville-le-Comte), 20 km à l’Est de Chartres

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Renaissance Catholique n° 126


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Michel De Jaeghere : À quoi sert l’Histoire (...)

Revue Renaissance Catholique n° 121, mars-avril 2012

Michel De Jaeghere : À quoi sert l’Histoire ?

entretien avec Michel De Jaeghere

Vice-président de Renaissance Catholique, Michel De Jaeghere coordonne depuis 1992 les travaux de nos Universités d’été. Il nous explique le choix du thème de cette année. Il est le directeur de la rédaction du nouveau bimestriel Le Figaro-Histoire.

Pourquoi avoir choisi « À quoi sert l’Histoire ? » comme thème de la 21e Université d’été de Renaissance Catholique ?

Michel De Jaeghere : L’Histoire aujourd’hui est partout. Elle est au cœur des débats et des polémiques politiques, elle inspire la télévision, le cinéma, la littérature. La relecture des événements du passé est sans cesse instrumentalisée pour tenter de conditionner notre lecture de l’actualité et nos choix pour l’avenir. L’Histoire est partout, sauf peut-être à l’école, où elle a été l’une des grandes victimes de la pédagogie post soixante-huitarde. Nous assistons de ce fait à l’arrivée à l’âge mûr, celui où se prennent les décisions qui engagent le corps social, de générations aculturées et amnésiques, qui ne connaissent ni leur passé ni leur histoire nationale.

Le résultat est que l’immense majorité des Français de moins de quarante ans n’a qu’une vision très incertaine de sa civilisation, qu’elle ne sait pas d’où elle vient et, partant, où elle va, au moment où elle est soumise à un matraquage permanent qui vise tantôt à la culpabiliser pour lui faire haïr son passé national et mépriser ses parents, tantôt à lui faire craindre le retour de menaces imaginaires, tantôt à lui faire assimiler abusivement tel ou tel adversaire à tel ou tel modèle du passé. L’Histoire est devenue l’enjeu d’une bataille qui se déroule sur le terrain laissé vierge par la disparition de la culture générale. Il nous a paru nécessaire de faire le point sur ce double phénomène, dans la mesure où la concomitance de la disparition de la culture générale et de l’omniprésence de l’Histoire dans le débat politique et idéologique est la source et l’occasion de manipulations d’une efficacité sans précédent.

Que peut apporter de plus une Université d’été comme la nôtre, que la lecture de bons livres d’Histoire, l’écoute de bonnes émissions de radio, la vision de bonnes émissions de télévision ou de bons films ?

MDeJ : Nous avons conçu un programme extrêmement complet, qui va nous permettre de faire un tour d’horizon des méthodes de la manipulation historique telles qu’elles se manifestent dans la société contemporaine. Nous examinerons les raisons de cette déculturation générale, de la destruction de l’enseignement de l’Histoire à l’école et à l’université. Nous observerons les occasions où se manifeste cette manipulation avec un certain nombre d’exemples tirés de l’histoire de la Révolution française ou de celle de la Seconde Guerre mondiale. Nous nous attacherons également à étudier les procédés des médias qui supportent et diffusent ces manipulations : manuels scolaires, séries télévisées, films, revues de vulgarisation, etc. La réunion d’une douzaine d’historiens, de spécialistes et d’observateurs qui essaieront, en partant de leur spécialité, de réfléchir ensemble sur le phénomène, sur ses conditions et sur ses enjeux, est déjà une occasion assez exceptionnelle de mettre en commun des connaissances et des expériences pour en tirer un ensemble tout à fait original.

Nous avons, en effet, sollicité des spécialistes aussi différents que Jean Sévillia, François-Xavier Bellamy, Martin Peltier, Philippe Conrad, Jean-Marie Keroas, Nicolas Noël, Reynald Secher ou l’abbé Schaeffer, qui vont en quelque sorte écrire en direct un livre qui n’a jamais été écrit. Ce livre collectif sera composé en temps réel à l’occasion de cette Université d’été, puis publié ultérieurement sous la forme d’Actes (14 volumes ont déjà vu le jour). Pour les participants à l’université, ce livre s’écrira devant eux. Il s’agit déjà, en soi, d’une expérience exceptionnelle. On me dira peut-être qu’il vaut autant, dans ces conditions, attendre la publication de ce livre. Le risque est d’abord d’attendre un certain temps. Ensuite et surtout la participation à l’Université d’été offre une expérience beaucoup plus riche que la simple lecture d’un essai ou d’un livre d’Histoire. Les conférences sont en effet suivies de séances de questions/réponses au cours desquelles chaque participant peut demander à chaque orateur des éclaircissements, des précisions, ce qui n’est évidemment pas possible au simple lecteur d’un livre écrit une fois pour toutes. C’est donc un moyen qui est offert à chaque participant de contribuer, en quelque sorte, à la rédaction de ce “livre collectif”.

Il arrive bien souvent, à la lecture d’un livre, qu’on regrette que l’auteur n’ait pas développé tel ou tel aspect qui paraît trop brièvement traité ou un peu obscur. On peut également concevoir une objection à laquelle l’auteur semble ne pas avoir répondu. Eh bien, dans ce grand livre collectif en train de se faire qu’est l’Université d’été, il est offert à chaque participant de soulever l’objection, de poser la question, de demander l’éclaircissement, de susciter le développement. C’est donc une expérience tout à fait étonnante que nous proposons à ceux qui nous rejoindront à Villepreux du jeudi 12 au dimanche 15 juillet. Il ne s’agit pas uniquement d’assister à la déclamation d’un livre tout fait, mais de participer d’une certaine manière à sa composition en y apportant ses connaissances, son savoir, ses doutes et ses questions.

L’Université d’été n’est-elle qu’un cycle de conférences ?

MDeJ : Non, l’Université d’été n’est pas seulement un cycle de conférences où chaque orateur viendrait parler de son thème de prédilection, elle est aussi une réalité vivante qui suit le plan d’un livre à faire. Le travail intellectuel y est enrichi par un certain nombre d’activités annexes mais raccordées néanmoins au thème. Je pense en particulier aux précieux témoignages qui nous seront livrés en soirée. Nous recueillerons ainsi cette année celui, tout à fait capital, étonnant, passionnant, de Jean-François Chemain, professeur en ZEP, qui enseigne l’Histoire aux jeunes issus de l’immigration en tentant de leur faire aimer la France. C’est une personnalité extraordinaire que nous allons permettre aux participants de l’Université d’été de découvrir, de connaître et de rencontrer.

Dans un autre ordre d’idées, nous suivrons, en compagnie de Marie-Françoise Ousset, un pèlerinage virtuel Sur les chemins de Jeanne d’Arc, que notre conférencière animera avec l’enthousiasme et le brio que nous avons déjà eu l’occasion d’apprécier.

Enfin, à l’occasion du 50e anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie, nous projetterons le film Harkis, histoire d’un abandon, qui sera suivi d’une rencontre avec le général François Meyer. Cet officier, qui vient d’être élevé à la dignité de grand-officier de la Légion d’honneur, est parvenu, en 1962, contre les ordres du gouvernement français et en bravant les interdictions et les punitions, à rapatrier ses harkis en métropole. Ces témoignages et ces rencontres dépassent de très loin l’enrichissement que l’on peut obtenir en restant dans sa bibliothèque. Nos universités d’été sont toujours l’occasion de rencontres avec les conférenciers, avec lesquels il est possible de déjeuner, de dîner, auxquels on peut poser des questions complémentaires sur des aspects plus particuliers dont on n’aurait pas voulu parler en public mais qui peuvent être intéressants. N’oublions pas enfin les occasions de rencontres personnelles qui permettent de nouer des amitiés et de créer des liens qui se révèlent précieux à l’usage du temps. Des activités culturelles viendront compléter le programme proprement intellectuel, et des activités sportives seront spécialement proposées aux plus jeunes pour lesquels un tarif particulièrement attractif a été conçu.

Tout cela est un ensemble. L’idée est de ne pas proposer uniquement d’assister, de façon passive, à un cycle de conférences, mais de recréer pendant quatre jours une microsociété où règne une atmosphère d’amitié chrétienne, une micro-chrétienté savante qui s’instruise et se prépare aux défis de l’avenir de multiples façons. La messe sera célébrée tous les jours et des prêtres seront présents pendant toute la durée de l’université. Des forums permettront à nos universitaires de prendre contact avec différentes associations qui mènent également le bon combat. L’ensemble constitue un programme de quatre jours qui ne me paraît pas avoir d’équivalent

Propos recueillis par Yves Amossé