Association Renaissance Catholique

Agenda

Répondre aux défis du monde moderne - Formation pour les 16 - 25 ans
du samedi 28 octobre au mercredi 1er novembre 2017

Nouveauté


Géographie pour les enfants


L'association

Renaissance Catholique est un mouvement de laïcs qui agit pour la défense de la vie et de la famille et œuvre pour la restauration des valeurs chrétiennes dans la société française.

Lettre d’informations

Adhésion

Abonnement

Don

Renaissance Catholique
13 avenue de la Paix
92130 Issy-Les-Moulineaux

Téléphone : 01 47 36 17 36

nous contacter

 


Revue, Août-Octobre 2013



Christianophobie

Quand nos officiers étaient fichés

L’information a circulé, avant l’été, que notre gouvernement socialiste était tenté de faire enquêter sur les militaires et gendarmes dont des parents et enfants ont été contrôlés lors des manifestations contre la dénaturation du mariage. Il nous a semblé intéressant de rappeler le précédent historique de ce genre, qui a lamentablement affaiblit notre pays il y a un peu plus de cent ans.

« T :. C :. F :. Vadecard, je vous adresse une longue série de noms d’officiers d’infanterie qui tous figurent au tableau d’avancement et sur lesquels il importe au plus haut point que nous soyons fixés le plus tôt possible. Le Général vous demande instamment de hâter autant que vous le pouvez l’arrivée des renseignements. » Cette lettre du capitaine Mollin (1), officier d’ordonnance du ministre de la Guerre, date du 31 octobre 1901. Sur papier à en-tête du ministère, elle est adressée au secrétariat du Grand Orient de France et résume à elle seule « l’affaire des fiches ». Pendant quatre ans, le ministère de la Guerre, sous la responsabilité du général André, a demandé au Grand Orient, principale obédience maçonnique française, des renseignements sur les officiers, avant de décider leur promotion. Pendant quatre ans, le Grand Orient a répondu à ces demandes. Près de 20 000 fiches ont ainsi été constituées avant que le scandale n’éclate en 1904, entraînant la chute du ministère Combes.

La mission du général André

_ Au lendemain de la guerre de 1870, l’heure est à la revanche contre l’Allemagne. L’Armée est populaire et l’intense propagande d’extrême gauche n’y change rien. L’époque est aux expéditions coloniales, aux défilés du 14 juillet à Longchamp, aux revues des troupes et aux grandes manœuvres, etc. Quand la gauche prend le pouvoir, elle retire prudemment de son programme « les articles jugés dangereux, la suppression des armées permanentes, l’internationalisme, le désarmement » (2). Mais, comme le dit François Vindé, « puisqu’on ne pouvait supprimer l’armée, restait la solution d’en faire un bastion de la Libre Pensée » (3).
Pour les radicaux, franc-maçons et libres penseurs, cela est d’autant plus nécessaire que le corps des officiers, et notamment celui des officiers généraux, demeure pour eux «  la citadelle de toutes les forces de la réaction » (4). La preuve ? Seuls 5 % des lieutenants portent des noms à particule, contre 20 % des généraux ! Ainsi, le général André, ministre de la Guerre en 1900, estime lui-même que sa «  tâche d’action républicaine est loin d’être achevée » (5), et le capitaine Mollin de citer, dans ses Mémoires, de nombreux exemples d’officiers persécutés par leurs camarades ou retardés dans leur avancement à cause de leurs opinions républicaines. La réalité est, on s’en doute, bien plus nuancée, comme le montre la carrière du général André lui-même. D’ailleurs, depuis 1870, l’armée avait fait la preuve de sa loyauté à tous les gouvernements. On se souvient que la tentative de Déroulède, en février 1899, auprès du général Roget avait tourné court.
Quoiqu’il en soit, « le général André [...], reçut avec le portefeuille de la Guerre, la délicate et difficile mission de républicaniser l’armée » (6) en favorisant les nominations et les promotions des officiers « républicains ». Le général André était incontestablement l’homme idéal pour accomplir cette tâche. Républicain, mais pas maçon, ancien directeur de Polytechnique, il avait pris l’habitude de classer les officiers qu’il rencontrait en fonction de leurs idées. Un classement fort simple d’ailleurs, avec une colonne « Corinthe » pour les officiers républicains, en référence à l’adage « il n’est pas donné à tout le monde d’aller à Corinthe », et une colonne « Carthage » pour les officiers qu’il fallait « détruire ». À son arrivée au ministère, pas moins de 800 officiers étaient ainsi répertoriés. Un système de fichage artisanal certes, mais qui ne demandait qu’à se professionnaliser et à s’étendre, avec l’aide de « toutes les bonnes volontés républicaines » (7).

Le système des fiches

En réalité, les « bonnes volontés républicaines » qu’évoque le général André seront principalement issues de la Franc-maçonnerie. Celle-ci ne demandait pas mieux. Depuis le début des années 1890, elle exprimait le vœu, par des motions votées en convent, « que les fonctions administratives de tout ordre, en particulier celles qui relèvent de l’administration centrale de la République, soient confiées à des républicains éprouvés, à l’exclusion des ralliés comme des réactionnaires » (8).
C’est donc un système fort simple et très efficace qui se mit en place peu après l’arrivée du général André au ministère. Le cabinet du ministre fit une demande au secrétariat du Grand Orient qui, à son tour, transmit à ses correspondants les demandes ministérielles. Les retours s’accomplirent de façon anonyme par le même canal.
François Vindé qui a étudié presque 3000 fiches (9) a pu se faire une idée précise de leur contenu. « Clérical » et « réactionnaire » sont les principales accusations. Le clérical peut être « violent », « sectaire », « nuisible » ou encore « incorrigible ». Il est parfois même « cléricalisant » ! Le réactionnaire est, quant à lui, « militant », « farouche », « hypocrite », etc. Bien entendu, on peut être à la fois clérical et réactionnaire ! Les habitudes religieuses de l’officier et souvent celles de son épouse peuvent être précisées, tout comme les écoles de ses enfants. Peuvent venir ensuite des descriptions plus personnelles comme « reçoit La Croix chez lui », « obsédé par la crainte de la Franc-Maçonnerie qu’il considère comme l’incarnation de Satan », ou encore « copie de la pétulante insolence des nobles de l’Ancien Régime ». La liste est longue, le vocabulaire riche et varié. Parfois même, les tares physiques sont détaillées !
C’est en octobre 1904 que le système des fiches sera dénoncé officiellement à la tribune de la Chambre par le député de Neuilly, Jean Guyot de Villeneuve. Ancien officier lui-même, Villeneuve avait reçu, au début de l’été, les confidences de Jean-Baptiste Bidegain, secrétaire-général adjoint du Grand Orient. Ce dernier, récemment converti, souhaitait dénoncer le système auquel il contribuait activement. Il avait donc subtilisé un certain nombre de fiches ainsi que des courriers à en-tête du ministère de la Guerre, portant le cachet d’entrée du secrétariat du Grand Orient. Empêtré dans une défense maladroite, giflé en séance publique par le député nationaliste Gabriel Syveton, le général André est contraint de démissionner en novembre 1904, avant que le ministère Combes ne tombe en janvier 1905.

Les conséquences du système

Néanmoins, ce qui deviendra « l’affaire des fiches » ne fut pas sans conséquence pour l’Armée. D’ailleurs, cette pratique ne s’arrêta pas avec le départ du général André. Jusqu’en 1912 encore, les préfets transmettront des rapports politiques sur les officiers subalternes. En outre, avec la suppression, au début du ministère André, des commissions de classement, composées uniquement de militaires et ayant pour mission de proposer nominations et promotions des officiers, le pouvoir du ministre de la Guerre s’était trouvé renforcé.
Comme le dit François Vindé, « toutes ces folies se payèrent durant les tout premiers mois de la grande guerre, au cours desquels les armées françaises passèrent à deux doigts du désastre par suite de l’insuffisance de nombreux chefs » (10). Ainsi, 180 des 425 officiers pourvus d’un poste à haute responsabilité furent mutés à Limoges, entre le 2 août et le 31 décembre 1914. C’est de là que provient le mot « limoger » ! Au contraire, d’autres, dont les carrières avaient été ralenties par le système des fiches, connurent un avancement très rapide. François Vindé l’illustre avec dix-neuf exemples d’officiers supérieurs qui « connurent un avancement foudroyant, franchissant deux grades en l’espace de cinq mois ». L’exemple le plus connu reste celui du colonel Pétain, commandant une brigade en août 1914 et un corps d’armée en décembre de la même année. En revanche, aucune étude n’a été conduite, à notre connaissance, pour savoir si les 180 généraux limogés dans les tout premiers mois de la guerre avaient bénéficié de promotions politiques et de fiches favorables.
Cette thèse est cependant contestée par certains historiens qui, pour expliquer le renouvellement rapide des chefs militaires, mettent en avant l’âge des généraux en poste à la déclaration de guerre. Trop âgés, ils auraient été incapables de résister physiquement à l’épreuve. Remarquons simplement que ces deux thèses ne sont pas forcément contradictoires.
Quoi qu’il en soit, il est clair que si l’affaire des fiches a marqué profondément l’Armée, l’opinion publique s’est très vite désintéressée du problème. Déjà, lorsqu’à la veille des élections de 1906, Jean de Villeneuve chercha à relancer le débat à ce sujet, il ne fut pas ou que peu suivi. L’actualité était la séparation de l’Église et de l’État, avec la crise des Inventaires.

Jean Vallier

(1) Le capitaine Mollin était le gendre d’Anatole France. (2) Georges Bernanos, La grande peur des biens pensants. (3) François Vindé, L’Affaire des fiches, Éditions universitaires, Paris 1989, page 17. (4) Jules Mollin, La Vérité sur l’affaire des fiches, Librairie universelle Paris 1905, page 20. (5) Louis André, Cinq ans de ministère, L. Michaud, Paris 1909, page 301. (6) Jules Mollin, op. cit., page 22. (7) Louis André, op cit., page 306. (8) Cité par François Vindé, op. cit., page 17 : Motion du convent du Grand Orient de France, 1895. (9) La plupart des fiches ont été détruites ou sont encore dans les archives du Grand Orient. (10) François Vindé, op. cit., page 187.






Article précédent :
Veilleurs à genoux
Article suivant :
L’objection de conscience ou le devoir de (...)






Mise à jour le 17 octobre 2013