Article paru dans le n°114 de Renaissance Catholique
Enseigner en banlieue in caritate et veritate
Par Jean-François Chemain
Jean-François Chemain sera à la Fête du Livre, dimanche 12 décembre 2010
Nostalgique, comme moi, de la France chrétienne, vous pensez que notre pays est en danger d’islamisation galopante. Vous avez raison et êtes peut-être encore loin du compte !
Le compte, faisons-le : dans mon collège de banlieue, une large majorité des élèves porte un patronyme arabe assorti, comme il se doit, d’un prénom musulman. Il faut y ajouter les Turcs et les élèves originaires d’Afrique noire, quasiment tous musulmans. Rien d’original à cela. Ce qui l’est plus, c’est le nombre de noms européens accolés à des prénoms musulmans, tels Ibrahim Dupont, Djamila Martinelli, Youssef Lopez ou encore Mohamed Schmitt. Pères d’origine chrétienne, ayant abjuré pour une union –souvent éphémère– avec une disciple du Prophète. “Éphémère”, car la plupart de ces mariages mixtes, je le constate, se sont soldés par un échec saignant, mais le résultat en est là : des petits musulmans ! L’inverse est aussi fréquent, même si moins visible : on distingue moins aisément les enfants issus d’un père musulman et d’une mère chrétienne, car alors il n’y a plus la moindre trace, dans leur identité, de la partie chrétienne. Cela va bien plus loin qu’un prénom sur une carte d’identité. J’observe que ces élèves issus de mariage mixtes, même s’ils se sont soldés par une rupture, se définissent comme purement musulmans. La jeune Da Silva, élève de 4e, m’annonce que « bien sûr » elle va fêter l’Aïd et être absente le lendemain. Le petit Schmitt, en 6e, se présente comme « arabe » et, lorsque je lui fais remarquer qu’il a aussi des origines alsaciennes dont personne avant moi ne lui a jamais parlé, il se vexe et me demande de ne plus les évoquer. Il rêve d’être pâtissier, pour faire des pâtisseries orientales, bien sûr. Quant à Kristina Duval, de 3e, elle a porté le survêtement de l’équipe algérienne durant toute la coupe du monde de football. On pourrait multiplier les exemples.
Voilà pour l’observation “statique”. Si l’on y ajoute une perspective “dynamique”, il faut constater que nombre de mes élèves musulmans “de souche” ne sont pas en France depuis longtemps. Le flux n’est pas tari et pas seulement, tant s’en faut, pour des raisons de misère ou de persécution politique. La famille B. est venue de Tunisie, il y a seulement deux ans –le père, sous-officier, estimant l’avenir de ses trois fils plus assuré en France. Le plus jeune, fort sympathique, ne voit cependant pas pourquoi on compte ici les années depuis la naissance du Christ. Hichem D. est pour sa part originaire d’Algérie, où son père dirigeait une entreprise. Arrivé lui aussi il y a deux ans, il conteste nombre de mes enseignements, au nom de ce qu’on lui a appris dans son pays d’origine, et m’explique sans méchanceté que, chrétien, je suis promis à l’enfer, quelles que soient par ailleurs mes qualités personnelles, qu’il juge indéniables. J’ai récemment bénéficié d’une formation sur ces ENAF (élèves nouvellement arrivés en France), qui sont si nombreux que l’éducation Nationale a cru bon de créer pour eux ce bel acrostiche au bon goût de pâté (halal, bien sûr).
Dans un environnement aussi islamisé, l’espace laissé aux autres confessions est des plus réduit. Force est, de toute façon, de constater qu’à côté de l’islam, il n’y a rien. La petite Vanessa Durand, une élève de 5e que j’aide à faire ses devoirs, m’avoue avec émotion être la “petite amie” de Rachid, un autre de mes élèves. Il vient d’exiger d’elle qu’elle se convertisse. Cela lui pose quelques cas de conscience quoique, baptisée, elle n’ait jamais reçu la moindre formation catéchétique, ni mis les pieds dans une église. Thomas, élève de 3e, a de telles difficultés dans ma matière qu’il s’écrie, en me rendant sa copie : « Monsieur, si j’ai la moyenne, Champagne ! ». Ni une ni deux, le gentil Sofiane, avec ses oreilles en feuille de chou et son sourire distrait, lui rétorque : « Tu n’y penses pas, le Champagne, c’est péché ! Prends donc plutôt du Champomy ! ». A quoi Rachida ajoute que « de toute façon, le Champagne ce n’est pas bon avec le couscous ». Pour se préparer à son futur métier de
boucher, il a naturellement effectué son stage en entreprise dans une boucherie. halal, comme il se doit. J’ai, parmi mes élèves, un seul exemple de catholique fervent, en la personne de Tristan, un petit Indien, qui ne craint pas d’affirmer sa foi, à grand péril. Cela lui a valu cette remarque d’Aïcha : « Tu n’as qu’à te taire, parce que dans cette classe on est vingt musulmans sur vingt-quatre élèves ! ». Je l’ai vu tomber un soir dans un guet-apens à la sortie du collège, cinq de ses condisciples l’ayant attendu pour le rosser (la fameuse « hagra »), avant d’aller jeter des pierres dans les carreaux de sa maison.
Immigration toujours massive, mariages mixtes à sens unique, prosélytisme incessant, intolérance, l’islam envahit nos banlieues avec les mêmes gros bouillons que naguère l’eau de l’Atlantique les 3e classes du Titanic. Comme sur le paquebot qui allait sombrer, on danse sur le pont des premières. Tout est-il perdu ? Cela dépend de nous seuls. Pas du gouvernement, ni de l’Union européenne, ni de notre voisin. Non, de vous, de moi. Car il n’est pas difficile pour le croyant de voir à l’œuvre, dans cette pâte humaine d’apparence homogène, l’Esprit Saint qui pourrait bien faire des miracles. Certains vont me dire : « Vous êtes un utopiste, un doux rêveur qui vit dans ses illusions ». Ce à quoi je répondrai deux choses : d’abord, « je décris ce que je vois tous les jours » ensuite, « si vous avez une autre solution réaliste et compatible avec le christianisme que vous professez, je suis preneur ».
Il m’est quotidiennement donné de mesurer combien ces jeunes ont soif d’amour, d’en recevoir autant que d’en donner. Tout, pour eux, est placé sur le plan d’un affectif hyper-développé. Ils ont besoin de dire au professeur : « je vous aime », comme d’en recevoir des marques d’affection. On peut certes mettre cela sur le compte d’un naturel qui n’est souvent guère bridé par des contraintes reçues de l’éducation. Ils sont spontanés, c’est le moins qu’on puisse dire, aussi bien pour tutoyer l’adulte, voire l’insulter, que pour lui faire des déclarations d’amour. Mais plus profondément, on sent combien leur culture n’est pas celle de l’amour. Je suis frappé par le nombre de ces enfants issus de couples désunis. Cela ne leur est bien sûr pas réservé, car le
divorce est un fléau largement partagé, en banlieue autant que dans les « beaux quartiers », mais la violence dans les situations et les rapports, est ici exacerbée. Je manque de place pour en donner beaucoup d’exemples, et mentionnerai juste ce père divorcé venu “casser la gueule” de son ex-femme devant le portail du collège, mettant KO la sœur de cette dernière (il fallut appeler les pompiers), pendant que le fruit de cette union malheureuse –un de mes élèves de 6e– en profitait pour fuguer. Comment s’étonner des difficultés de couples qui, trop souvent, ne sont pas fondés sur l’amour ? Une de mes élèves de 3e, d’origine albano-algérienne, a été retirée du collège le jour de ses 16 ans, promise au mariage. Deux de ses camarades m’ont annoncé, guillerettes, qu’elles seraient pour leur part unies dès leurs 16 ans à un cousin du bled, choisi par leurs parents, et qu’elles n’avaient ni l’une ni l’autre encore jamais vu. C’est lui, on l’imagine, qui viendra en France. Violences en famille, donc. Mais aussi violences en classe, dans le quartier, avec cet enchaînement infini des insultes et des coups, dont on ne saurait plus dire qui a commencé, mais que la loi du talion, prescrite par le Coran, impose de poursuivre indéfiniment. Violences contre les camarades d’autres religions, les petits chrétiens, appelés « sale porc », ou « sale chien », les petits bouddhistes ayant plutôt droit à « sale singe » parce que, c’est bien connu, ils mangent du singe.
La racine de toute cette violence me paraît être la conception d’un Dieu lui-même violent, aux antipodes de notre Dieu d’amour. Il est certes difficile, dans un collège public, d’en témoigner directement, mais je constate combien l’amour manifesté au quotidien, par de petits mots, de petits gestes anodins, peut bouleverser ces jeunes qui n’y sont pas préparés. Un converti de l’islam, très impliqué dans l’évangélisation de ses anciens coreligionnaires, m’a témoigné de ce que nombre de conversions prennent leur source dans l’attitude d’un adulte –et cela peut être un enseignant– qui dans leur jeunesse leur a fait éprouver la dimension d’amour de notre Dieu. Je ne nie pas que la violence, et notamment contre les chrétiens, est au cœur de la culture de ces jeunes, dont certains se retrouveront bientôt dans ces bandes qui nous conduisent à croire en l’imminence d’une guerre civile. Je veux toutefois témoigner de ma certitude que la France chrétienne, loin d’être un concept politique vide de sens, ne peut que résulter de l’effort commun de Français authentiquement chrétiens. Bien que nous en ayons, et au risque de passer pour un naïf, je suis certain que nous ne pourrons relever le formidable défi que nous lance l’islam, religion de haine et de violence, qu’en mobilisant les énormes ressources de notre foi. Le talon d’Achille de l’islam, c’est l’amour, et nous ne vaincrons qu’en aimant les musulmans, malgré leur violence, malgré leur haine à notre endroit.
C’est à cette certitude que m’amène chaque jour mon combat de première ligne. Je lisais récemment l’interview d’un haut responsable musulman parisien, qui assimilait l’évangélisation au terrorisme. Les dirigeants musulmans ont une peur bleue qu’on annonce à leurs ouailles le Dieu d’amour, alors ne nous gênons pas. De toute façon, il n’y a pas d’autre solution : caritas in veritate, l’amour dans la vérité.
Jean-François Chemain
Revue n°114 et Fête du Livre le 12 décembre
Belle et sainte fête de Noël !
Commentaires
Enseigner en banlieue in caritate et veritate
par Doc Carter, le 2010-12-17 23:43:27A Hamard Marie-Françoise, Excusez moi d’avance pour mon Français exécrable, mais je trouve que vous avez une vision des choses très gauchistes... Il est toujours facile de dire que quelque chose est bien lorsqu’on ne le vit pas. Moi, je suis Français de souche et de religion catholique, j’ai 17 ans et pour mon plus grand malheur je vis en banlieue. L’article vous a choqué ? Moi aucunement, des choses comparables j’en vis tous les jours voir même pire... Et juste une question sur votre commentaire. Est-ce que c’est parce que nos ancêtre ont fait des choses affreuses (croisade, guerre religion...) que l’on doit se laisser faire nous ? Un exemple : Est-ce parce que nos ancêtre ont colonisé l’Afrique et étaient racistes que l’on doit se laisser faire insulter de face de craies tous les jours ? « Bien sûr que non » vous devez penser en lisant cela et bien je vous invite à revoir votre position, nous sommes aux 21ème siècle même si les agissements des Chrétiens par le passé n’étaient pas exemplaires est-ce une raison pour devoir tolérer cela aujourd’hui ? Personnellement cette haine envers les « blancs chrétiens » (dont le racisme anti-blancs qui ne cesse d’augmenter en banlieue) n’est pas seulement une histoire de religion mais d’ethnie et de revendications nationalistes. Car ces « arabes » (je ne les appellent pas musulmans car certes il ne mangent pas de cochon mais boivent comme des Irlandais) ont été amené dans les cités comme on amène des animaux dans leurs cages par ce Monsieur Mitterrand. Aujourd’hui critiquer l’immigration est très mal vus mais moi je ne critique pas ce qui sont venus mais ceux qui ont fait semblant de les accueillir les socialistes. Comment voulez-vous faire intégrer des gens que l’on amène en paquet de 1000 et qu’on exclut dans les banlieues ? Si ces immigrés avaient été accueillis dans des conditions acceptables avec de vrai moyens d’intégration on aurait 15 fois moins de problèmes aujourd’hui. Ils ont été exclu et discriminé maintenant ils se vengent et c’est nous la jeune génération française qui en bavons le plus. Mes propos en ont peut être choqué plus d’un mais c’est la dure vérité alors avant d’aller critiquer des parti comme le FN ou l’ UMP aller faire un tour en banlieue voir un peu comment vous serez accueillis (j’ai envie de dire à la Française) et le résultat de la politique afférente du parti socialiste qui persiste encore aujourd’hui. Ps : Cet été les socialistes ont vivement défendu les Roms contre Sarko mais cela n’a pas empêché que la moitié du nombre des Roms expulsé l’a été par des communes socialistes...
Vaincre la haine et la violence par l’amour ?
par Hélène, le 2010-12-16 16:49:54 - http://leugeniste.wordpress.com/J’ai lu avec plaisir cet article dont l’auteur me semble parfaitement éclairé sur la question de la menace que représente cette religion. Effectivement, nous le voyons, il s’agit d’une religion de haine et de violence dont le dieu s’oppose à celui des chrétiens. Certes, si je ne suis pas chrétienne, je voudrais défendre mes amis les chrétiens contre cette menace. Cependant et avec tout le respect qu’il mérite, l’auteur me paraît un doux utopiste en croyant pouvoir vaincre par l’amour cette violence terrible qu’est l’Islam. Concrètement ça se passe comment ? Une femme qui donne de l’amour à son mari qui le lui rend par des coups jusqu’à ce qu’elle en meure, nous démontre de quel coté va la force. Si nous donnons de l’amour à ces gens au mieux, les chrétiens seront tous massacrés, au pire, si vous connaissez l’histoire, ils se reconvertiront pitoyablement et perdront leur religion d’amour en revêtant le masque de l’Islam. Cela fait trente ans qu’ils reçoivent de notre amour et voyez le résultat, leur haine est encore plus profonde. En toute logique, à une action il faut une réaction proportionnée. Si quelqu’un me frappe, ce n’est pas avec un sourire, ni un baiser que je peux me défendre. L’heure est à la guerre. Ces musulmans qui nous attaqueront devront périr sous la force de notre glaive sinon, nous disparaîtrons. Peut-être alors, croyez vous chrétiennement en un paradis pour accueillir les chrétiens qui auront fort « aimé » mais ceux-ci, en ne se battant pas par « amour » laisseront aux générations futures une terre de désolation et de chaos. Alors concrètement, comment croyez vous vaincre cette violence par de l’amour alors que vous savez très bien la fermeture dont font preuve les musulmans ?
Enseigner en banlieue in caritate et veritate
par HAMARD Marie-Françoise, le 2010-12-15 17:42:47Je prends connaissance par une amie de l’article de Monsieur Chemain.
Merci à l’auteur pour un français bien agréable à lire. Cela est devenu assez rare pour mériter d’être souligné.
Ceci dit, il me semble que son témoignage mettra plus d’un lecteur mal à l’aise, hormis ceux qui sont déjà acquis à ses idées.
Car je trouve à cet agrégé d’histoire la mémoire un peu courte (à moins qu’elle ne soit sélective ?) pour affirmer que la seule chose que nous puissions faire, c’est « opposer notre Dieu d’Amour au Dieu violent des Musulmans » ! Je lui recommande vivement la lecture du petit opuscule « Tuez-les tous », qui lui remettra en tête la douceur des guerres que nous avons conduites à travers les siècles précisément au nom de ce « Dieu d’Amour », à commencer par le sort particulièrement amène que les Catholiques ont réservé aux Protestants (et inversement, mais dans une moindre mesure) pendant des décennies en France. Monsieur Chemain trouvera t-il quelque Musulman embusqué derrière ces conflits pour rejeter sur lui une responsabilité qui n’incombe qu’aux Français adeptes du Dieu d’Amour ? Par ailleurs, que propose t-il aux Français pour lesquels Dieu et Allah sont, si j’ose l’expression, à mettre dans le même sac ? Ne s’adressant qu’à ses co-réligionnaires, il est difficile de ne pas le suspecter quelque peu de partialité, ce qui conduit tout naturellement à atténuer un témoignage circonscrit, de surcroît, à quelques banlieues tristement célèbres il est vrai, dont la Courneuve et les Minguettes sont dans doute les fleurons. C’est un peu comme s’il nous conviait à visiter un service d’amputés pour nous convaincre que tous les médecins sont des ânes et qu’on ne leur échappera pas....
Le document que livre M. Chemain contribue à renforcer un « credo » que je ne suis pas seule à professer : toutes les religions conduisent immanquablement à d’obscènes conflits et à des tueries abominables au nom d’un Dieu qui s’en moque et qui, s’il existe, doit bien rire de la folie des hommes.
Marie-Françoise Hamard Diplomate retraitée, ancienne élève des Soeurs, élevée depuis la naissance dans la morale bourgeoise et la religion catholique, qui réfléchit depuis 40 ans au fondement des principes inculqués depuis l’enfance et s’autorise à les remettre en cause.
Mise à jour le 12 mars 2011

